Le secteur des biotechnologies vient de traverser l’une des phases les plus difficiles de son histoire. Depuis le pic atteint en 2021, alimenté alors par une conjoncture exceptionnelle liée à la pandémie, la hausse des taux d’intérêt entraîné une augmentation du coût du capital et les attentes démesurées envers des technologies telles que l’ARNm ou l’édition de gènes ont entraîné un net ralentissement. Les petites et moyennes entreprises ont particulièrement souffert des pertes boursières, rendant les levées de capitaux nettement plus difficiles. Cette restructuration du marché a entraîné la disparition de nombreux modèles économiques, tandis que les capitaux sont désormais utilisés de manière plus disciplinée et plus ciblée. Il en résulte un environnement dans lequel la qualité, la fiabilité des données et les approches différenciées reprennent de l’importance.
Des valorisations à des niveaux historiquement bas
La situation en matière de valorisation constitue actuellement l’un des aspects les plus intéressant du secteur biotechnologique. De nombreuses petites capitalisations se négocient à un niveau proche, voire inférieur, à leur trésorerie nette, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis l’ère post-dotcom. Les moyennes capitalisations se négocient également bien en dessous de leur moyenne à long terme. Dans l’ensemble, le secteur biotechnologique se trouve à son plus bas niveau depuis 20 à 30 ans.
Pour les investisseurs, cela signifie que l’écart entre les progrès scientifiques et les prix du marché est plus important que jamais. Historiquement, de telles configurations ont souvent marqué le point de départ de réévaluations à long terme. BB Biotech se négocie aussi avec une décote d’environ 10% par rapport à sa valeur intrinsèque.
Les acheteurs stratégiques sont actifs
La récente vague de fusions-acquisitions témoigne de la solidité structurelle du secteur. Des acheteurs stratégiques tels que Johnson & Johnson, Sanofi et Merck & Co. ont investi des milliards dans des innovations biotechnologiques au cours des derniers mois. Le rachat d’Intra-Cellular Therapies par Johnson & Johnson (14,6 milliards de dollars), l’offre de Sanofi pour Blueprint Medicines (jusqu’à 9,5 milliards de dollars) ou l’offre d’achat de Merck & Co. pour Verona Pharma (10 milliards de dollars) montrent que les grands laboratoires pharmaceutiques sont prêts à payer des primes substantielles pour des technologies différenciées.
L’innovation, principal moteur de performance
Le deuxième trimestre a démontré de manière impressionnante à quel point l’innovation scientifique continue d’être un moteur de croissance. Plusieurs de nos participations ont franchi des étapes réglementaires et cliniques majeures: Argenx a obtenu l’autorisation de mise sur le marché de Vyvgart Hytrulo sous forme de seringue préremplie pour injection sous-cutanée, une avancée majeure pour une utilisation simplifiée et une meilleure acceptation par les patients. Alnylam Pharmaceuticals a obtenu l’autorisation de mise sur le marché européen pour Amvuttra dans le traitement de la cardiomyopathie ATTR, élargissant ainsi le potentiel commercial bien au-delà de l’indication initiale.
Des avancées ont également été réalisées dans le domaine des essais cliniques: Ionis a obtenu l’autorisation de la FDA pour le Donidalorsen dans le traitement prophylactique de l’angio-œdème héréditaire (AOH) chez les adultes et les adolescents à partir de douze ans et a par ailleurs publié début septembre les résultats novateurs de la phase III pour l’Olezarsen dans le traitement de l’hypertriglycéridémie sévère (sHTG). De plus, Vertex a annoncé des résultats prometteurs dans le domaine du diabète de type 1 avec la thérapie cellulaire VX-880, une innovation au potentiel disruptif.
L’incertitude réglementaire reste un risque
Au-delà du marché et des valorisations, l’environnement réglementaire influence également le secteur. Aux Etats-Unis, le modèle de prix de la «nation la plus favorisée», qui lierait les prix des médicaments aux prix des médicaments aux niveaux les plus bas pratiqués à l’international, fait actuellement l’objet d’intenses discussions. Comme environ 80% des bénéfices pharmaceutiques mondiaux sont réalisés aux Etats-Unis, une telle mesure aurait des répercussions considérables: une pression sur les prix sur le marché le plus important au monde, le risque de restriction des médicaments en Europe et un équilibre délicat entre la garantie des marges mondiales et l’accès équitable à l’innovation.
Je ne m’attends pas à une évolution qui remettrait fondamentalement en question l’accès au marché. Pour le marché commercial non réglementé par Medicare ou Medicaid, la Constitution américaine garantit de facto la libre fixation des prix. Dans le pire des cas, les entreprises pourraient lancer leurs nouveaux médicaments exclusivement aux Etats-Unis et garantir leurs marges. Neurocrine en est un exemple: avec un médicament distribué presque exclusivement aux Etats-Unis, l’entreprise réalise un chiffre d’affaires d’environ trois milliards de dollars, malgré les incertitudes réglementaires. Ce modèle illustre que même dans un environnement plus difficile, il est possible de mettre en œuvre des stratégies commerciales attractives. Pour les investisseurs, cela signifie que les interventions politiques constituent un risque, mais qu’elles ne changent pas grand-chose à la force d’innovation structurelle du secteur.
Perspectives: le pipeline comme moteur au second semestre
Au second semestre, nous attendons de nombreuses impulsions, tant du côté des autorisations de mise sur le marché potentielles que des études cliniques revêtant une importance décisive. Quatre décisions d’autorisation importantes sont encore attendues cette année: Scholar Rock avec l’Apitegromab, Agios attend une décision concernant le mitapivat et Biohaven est en cours d’examen prioritaire avec le Troriluzole. Chez Ionis, l’Olezarsen passe au premier plan: après la présentation en septembre des données de phase III sur l’hypertriglycéridémie sévère (sHTG), le dépôt de la demande d’autorisation (sNDA) est prévu cette année. Par ailleurs, des données d’étude importantes sur l’innovation PI3K RLY-2608 de Relay Therapeutics sont attendues.
Les succès enregistrés par les sociétés de notre portefeuille cette année sont plus que de simples événements isolés: ils confirment que les progrès scientifiques resteront le principal moteur de croissance du secteur biotechnologique en 2025 et que la sélection ciblée sera récompensée. Le second semestre 2025 devrait être marqué par des avancées décisives et déterminer quelles entreprises réussiront à passer la phase du développement à celle de la commercialisation.