L’adoption de l’Intelligence Artificielle (IA) a été fulgurante: plus de 75% des entreprises l’utilisent, et OpenAI revendique plus de 500 millions d’utilisateurs par semaine. Des recommandations de produits personnalisées au diagnostic médical, l’IA est omniprésente et transforme notre quotidien comme l’ensemble de l’économie. Les gouvernements investissent massivement pour soutenir cette croissance — programme Stargate aux Etats-Unis, plan IA en Europe – et les géants de la tech développent à grande vitesse serveurs et infrastructures d’IA.
Au-delà d’être un moteur de croissance, l’IA bouleverse le monde du travail et soulève des préoccupations environnementales et éthiques majeures. Elle doit être développée de manière responsable pour éviter des risques à long terme, pour la société comme pour les portefeuilles des investisseurs.
L'IA pour le bien commun
L’IA est un outil puissant pour relever certains des plus grands défis environnementaux et sociaux dans le monde. Elle permet une gestion plus efficace des réseaux électriques, l’optimisation des trajets, la réduction de la pollution et l’amélioration des rendements agricoles et de l’utilisation des énergies renouvelables.
De plus, ses nombreuses applications dans la santé (détection des maladies, traitements personnalisés, développement de médicaments), l’éducation (apprentissage personnalisé, feedback en temps réel) et l’inclusion financière (nouvelles méthodes de notation de crédit) contribuent aux Objectifs de Développement Durable de l’ONU.
Des dérives
La montée en puissance rapide de l’IA entraîne aussi des défis majeurs qui, s’ils ne sont pas maîtrisés, peuvent se transformer en risques financiers. Les modèles d’IA consomment énormément d’eau et d’électricité – avec à la clé des risques de pollution, de pénuries, et de potentielles sanctions réglementaires pour les entreprises. La matérialisation des risques de durabilité liés à l’IA a un impact multiple : économique/ financier, environnemental - et également social: l’un des principaux étant la disruption du marché de l’emploi, avec l’automatisation de nombreux postes, qui, en l’absence de programmes de reconversion et de transition professionnelle, pourrait aggraver les inégalités.
Par ailleurs, le paysage géopolitique devient de plus en plus fragmenté, les pays se livrant une concurrence féroce pour dominer le secteur de l’IA.
Réglementation et gouvernance
Le cadre réglementaire évolue. L’UE a pris le leadership avec l’IA Act, mais la régulation aux États-Unis reste fragmentée en l’absence de cadre fédéral unifié. Face au rythme de l’innovation, les initiatives issues de l’industrie de l’IA jouent un rôle essentiel pour définir des pratiques d’IA responsable1. Tandis que divers cadres mondiaux (OCDE, ONU…) promeuvent un développement de l’IA compatible avec les principes de durabilité, les droits humains et la responsabilisation des acteurs, de plus en plus d’entreprises reconnaissent que l’IA éthique constitue à la fois un impératif de gouvernance et un potentiel avantage concurrentiel.
Développer une approche ESG de l’IA
Un cadre analytique ESG peut être un outil précieux pour évaluer de manière robuste et structurée la manière dont les entreprises gèrent les risques liés à l’IA. Ce cadre doit être adapté et flexible, en raison de la diversité des applications de l’IA et des types d’exposition des entreprises à cette technologie. Au-delà de savoir si une entreprise utilise l’IA, les investisseurs doivent s’attacher à comprendre comment elle l’utilise, quelles structures de gouvernance elle a mises en place pour gérer les risques potentiels (adoption des principes d’IA responsable, transparence quant à l’évaluation des risques pour les droits humains) — et comment ces principes se traduisent concrètement dans la prise de décision de la société, ses chaînes d’approvisionnement et ses interactions avec les clients.
L’engagement actionnarial constitue un levier puissant pour encourager, par le dialogue actif, les initiatives collaboratives, ou l’exercice du droit de vote, une plus grande transparence sur les risques liés à l’IA et les mesures mises en place pour les encadrer.
Il permet également de mieux comprendre les pratiques de gouvernance des entreprises lorsque les informations publiques sont insuffisantes.
L'IA pour un monde meilleur?
En tant que détenteurs du capital, les investisseurs ont un rôle à jouer dans les orientations de l’IA, en promouvant activement des pratiques responsables et en contribuant à maîtriser les défis environnementaux et sociaux qu’elle soulève. Le prisme ESG peut les aider à s’assurer que le potentiel de l’IA est exploité pour le bien commun, génère de la valeur à long terme et contribue à un monde plus durable.
1 L’IA responsable désigne le développement et l’utilisation de l’intelligence artificielle de manière éthique, transparente, équitable et responsable, en donnant la priorité à la protection des données des utilisateurs, en minimisant les biais et en prévenant les impacts néfastes
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