- Un manque annuel d’environ 1100 milliards de dollars empêche la transition vers des modèles de production durables et résilients.
- De nouveaux modèles de financement – plateformes multipartites, crédits ciblés, initiatives à impact – permettent de lever les obstacles à l’investissement.
- Cinq axes d’action montrent comment concilier rendement financier et impact durable.
Pour assurer d’ici 2030 la transition vers des systèmes agricoles et alimentaires durables et résilients, créer des emplois et respecter les objectifs de l’Accord de Paris, le monde a besoin d’investissements annuels de l’ordre de 1100 milliards de dollars. Or à ce jour, les flux de capitaux atteignent à peine 5% de ce montant. C’est ce que révèle l’étude «Putting Food on the Balance Sheet: Financing Strategies to Scale Investment in Food Systems Transformation» menée par le cabinet de conseil international Bain & Company en collaboration avec le World Economic Forum (WEF). Pour combler cet écart, des mécanismes de financement innovants sont indispensables.
Les régions les plus vulnérables restent sous-financées
Actuellement, les investissements privés dans les systèmes alimentaires se concentrent principalement en Europe et en Amérique du Nord, laissant de côté les régions les plus exposées – Asie-Pacifique, Afrique et Amérique latine – qui continuent de faire face à un manque criant de capitaux.
«La transformation des systèmes alimentaires est à la fois une nécessité écologique et une opportunité économique pour les institutions financières. Les acteurs du secteur agroalimentaire ont tout intérêt à améliorer le profil de risque de leur clientèle et à explorer de nouvelles sources de revenus», explique Dr. Christian Graf, associé chez Bain, responsable du pôle Durabilité et Responsabilité pour la région EMEA au sein de la pratique Services financiers. «Ces investissements permettent également de répondre à des exigences de durabilité de plus en plus strictes et d’honorer les engagements pris envers les parties prenantes.»
Parmi les principaux défis identifiés figurent:
- des perspectives de rentabilité floues,
- un secteur morcelé, composé de nombreuses petites exploitations hétérogènes,
- un manque de transparence sur l’impact réel des investissements,
- une faible coordination le long de la chaîne de valeur.
Face à ces obstacles, il est crucial de repenser les approches de financement pour canaliser efficacement les capitaux vers la transformation durable des systèmes alimentaires. Cette réorientation offre aux investisseurs des opportunités prometteuses: accès à de nouveaux marchés, modèles de revenus supplémentaires, portefeuilles plus robustes, résilients et porteurs de croissance à long terme.
Des modèles de financement novateurs ouvrent la voie
Compte tenu de la diversité des systèmes alimentaires et des structures financières en place, aucune solution universelle ne s’impose. L’étude met l’accent sur le rôle central du crédit dans la transformation, tout en soulignant la pertinence d’instruments complémentaires comme les assurances. Les modèles présentés se répartissent en trois grandes catégories:
- financement direct des agriculteurs,
- prêts accordés par l’intermédiaire d’entreprises,
- plateformes multipartites favorisant une mutualisation des risques.
Ces approches illustrent l’éventail des innovations possibles, qu’il s’agisse de structuration des marchés, de diversification des matières premières agricoles ou de stratégies de réduction des risques. Elles témoignent d’une dynamique nouvelle capable de transformer durablement le paysage financier du secteur alimentaire.
Des initiatives comme Aceli Africa, Project Acorn, le programme d’agriculture régénératrice de McCain, ou encore la plateforme IFACC (Innovative Finance for the Amazon, Cerrado and Chaco) montrent qu’il est possible d’allier fonds publics, capitaux privés et philanthropie pour générer un impact à grande échelle. Leur succès repose sur une coordination étroite entre tous les maillons de la chaîne de valeur: agriculteurs, entreprises, investisseurs, décideurs politiques et plateformes de données.
Cinq leviers stratégiques pour les investisseurs
L’étude identifie cinq axes d’action clés pour accélérer la transformation des systèmes alimentaires:
- Définir des objectifs d’investissement clairs et repérer des modèles économiques viables et évolutifs, en adéquation avec le portefeuille existant et les compétences internes.
- Nouer des partenariats stratégiques sur toute la chaîne de valeur – de la production agricole aux institutions financières – pour générer des synergies et maximiser l’impact.
- Développer des mécanismes de financement innovants et à faible risque, en mobilisant de nouvelles sources de capitaux.
- Maîtriser les risques de crédit, notamment en exploitant des données climatiques précises et des outils d’analyse avancés.
- Garantir l’engagement à long terme de la direction générale, indispensable pour inscrire durablement ces enjeux dans les priorités stratégiques des organisations.
«La transformation des systèmes alimentaires offre aux investisseurs privés des perspectives uniques, telles que l’accès à de nouveaux marchés, des revenus additionnels et des portefeuilles plus résilients », souligne le Dr. Graf. «Mais pour concrétiser ces investissements à grande échelle, il est essentiel de définir une stratégie sur mesure, alignée sur les forces propres à chaque institution, son niveau d’exposition au risque et ses ambitions en matière de durabilité.»