Tarifs: l’économie chinoise est plus résiliente que prévu

Emmanuel Garessus

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Cette confiance à l’égard de la technologie, un écosystème riche et le soutien des autorités peuvent stimuler le marché chinois des actions, selon Manuel Maleki, chez Edmond de Rothschild.

Le marché chinois se porte très bien depuis l’automne dernier. En 2025, même si la demande des consommateurs reste assez terne, les actions poursuivent leur progression. Mais il faut distinguer entre les titres cotés à Hong Kong, en hausse de 25%, et ceux traités à Shanghai et Shenzhen, en hausse d’environ 5%. Manuel Maleki, Directeur adjoint de la recherche chez Edmond de Rothschild, répond aux questions d’Allnews:

Est-ce que vous vous attendez à la poursuite des tendances du premier semestre en Chine?

La dynamique est en effet différente entre les valeurs de la bourse de Hong Kong et celles du «Continent» (Mainland China). Hong Kong est un marché dominé par les investisseurs internationaux alors que Shanghai et Shenzhen le sont par les investisseurs locaux.

J’ajoute que la performance économique ne se traduit pas directement par une performance équivalente en bourse. Le comportement des marchés financiers chinois dépend avant tout de la politique économique.

«Le gouvernement n’a pas changé de stratégie. Il espère que le marché financier rendra l’économie plus dynamique et il prend au besoin diverses mesures pour accroître la demande.»

Un signal positif a été transmis par les autorités au marché en septembre dernier, à travers un bouquet de mesures de soutien, et lorsqu’ils ont indiqué que le marché des actions pouvait améliorer le sentiment des consommateurs et soutenir la croissance. En principe, le gouvernement n’affiche pas ses vues sur les marchés financiers, mais en septembre il a clairement exprimé son espoir d’une tendance positive. Et il a d’ailleurs facilité l’acquisition d’actions par la population locale. Le gouvernement n’a pas changé de stratégie. Il espère que le marché financier rendra l’économie plus dynamique et il prend au besoin diverses mesures pour accroître la demande.

Préférez-vous l’indice de Hong Kong ou l’indice CSI?

La réglementation fait de Hong Kong la porte d’entrée naturelle sur le marché chinois. De plus, les entreprises cotées à Hong Kong sont plus ouvertes sur l’international et sont plus directement en compétition avec le reste du Monde que les entreprises qui constituent le CSI. Hong Kong devrait continuer d’attirer les investisseurs internationaux plus que les places financières de Chine continentale. Cela s’explique aussi par la politique de contrôle de capitaux, Les investisseurs internationaux n’ont pas accès facilement aux actions domestiques chinoises (Mainland China) et sont ainsi incités à privilégier Hong Kong. La Bourse de Shanghai est, elle, plus dépendante des mesures économiques du Gouvernement. Pour notre part, nous considérons que les deux indices ont des avantages et des inconvénients que nous exploitons en fonction des opportunités et des risques associés. Par exemple, actuellement, d’un point de vue valorisation, les deux places ont des PER assez proches, environ 10 pour l’indice de Shanghai, 12 pour Hong Kong. Ainsi, notre préférence est le fruit d’une approche multidimensionnelle qui s’appuie sur des éléments structurels mais aussi conjoncturels.

Les marges des entreprises sont en recul dans le sillage de la baisse des prix. Prévoyez-vous un changement de tendance?

Nous ne prévoyons guère de changement à court terme. Nous avons récemment écrit une étude à ce sujet. Le Gouvernement tente de limiter la concurrence féroce qui règne entre les entreprises de certains secteurs et qui conduit à cette baisse des prix. Sa stratégie s’inscrit dans le long terme. Et il faudra du temps pour que cela porte pleinement ses fruits.

Qu’attendez-vous de la prochaine rencontre du Bureau politique du parti?

Un meeting aura lieu au troisième trimestre, mais il faut savoir que des rencontres se produisent en dehors du calendrier officiel. Très récemment, une réunion inattendue s’est produite pour traiter du développement urbain, de la qualité environnementale des villes et du marché immobilier. Je serai très attentif aux détails qui en ressortent.

Est-ce que les prix de l’immobilier continuent de baisser?

Oui, mais les mégapoles, que l’on appelle les Tier 1 Cities, comme Pékin, Shanghai et Guangzhou, sont plus résilientes que les autres. Nous prévoyons que le marché trouvera son plancher d’ici un an. Le nombre de transactions devrait également atteindre son point bas en 2026. Le Gouvernement sait que c’est un secteur clé pour l’ensemble de l’économie. Il cherche à éviter de créer les bases d’une nouvelle bulle immobilière et il essaie de gérer le retour à un équilibre entre l’offre et la demande.

«D’un point de vue valorisation, les deux places ont des PER assez proches, environ 10 pour l’indice de Shanghai, 12 pour Hong Kong.»

Quelle est l’attitude des investisseurs étrangers à l’égard des actions chinoises?

Depuis septembre dernier, les investisseurs internationaux sont plus présents en Chine à des fins de diversification. Mais le marché est volatile en raison de la guerre commerciale et de l’incertitude liée aux droits de douane. La tendance devrait rester favorable, mais volatile. C’est un marché qui offre des opportunités mais dont les particularismes font que certains investisseurs peuvent être réticents

Quel est l’impact des droits de douane américains sur la Chine?

Nous observons une forte diminution des exportations chinoises vers les Etats-Unis, mais les exportations chinoises totales continuent de présenter une croissance assez impressionnante. Les exportations restent un pilier majeur de la croissance économique chinoise. Nous étions préoccupés à cet égard au début de l’année, mais le scénario du pire été évité. Nous pensons que, sans l’intervention du Gouvernement, les droits de douane sur la Chine auraient réduit le PIB sur l’année d’environ 1%. La Chine s’est préparée de longue date à cette situation et a su diversifier ses partenaires tout en mettant en place des mesures de soutiens intérieurs faisant que l’impact sur la croissance chinoise des droits de douane américains devrait être négligeable. L’économie chinoise s’est montrée plus résiliente qu’on pouvait le penser.

Les marchés chinois semblent ignorer les risques de ce que l’on appelle les sanctions secondaires sur la Russie. Êtes-vous très optimiste sur le marché chinois?

Sur le plan technologique la Chine est de plus en plus extrêmement performante comme l’a montré la percée de Deepseek en début d’année. Cette confiance à l’égard de la technologie, le développement d’un écosystème riche et diversifié et le soutien apporté par les autorités sont des éléments susceptibles de stimuler le marché des actions, même si des chocs sont naturellement aussi possibles.

Pour l’instant, pourquoi la confiance demeure si basse en dépit de ses avancées technologiques?

La Chine est un grand pays avec une économie très diversifiée. La technologie ne fait pas tout, même si ce secteur se développe, le pays doit aussi compter avec une correction du marché de l’immobilier. Or, la majeure partie de l’épargne des ménages est sous forme immobilière, dès lors, la correction des prix, les incertitudes post-covid, un marché du travail compliqué pour les jeunes pèsent sur le moral des ménages. De plus, les progrès dans la technologie peuvent mettre beaucoup de temps avant d’avoir un impact sur le quotidien et de stimuler la confiance des ménages. De plus, il faut garder à l’esprit qu’actuellement les mesures de confiance des acteurs économiques sont complexes à interpréter et cela dans beaucoup de pays dans le monde, il semblerait que la pandémie de covid ait impactée les référentiels de beaucoup d’agents économiques.

L’évolution des actions bancaires est souvent un indicateur de la qualité du crédit. Qu’en est-il des actions bancaires chinoises?

Les banques sont effectivement un instrument important dans la mise en oeuvre des politiques gouvernementales. La performance des actions bancaires cotées à Hong Kong a été très bonne ces derniers mois.

Est-ce que la monnaie chinoise baisse dans le sillage du dollar?

Le taux de change est l’un des principaux indicateurs utilisés par la Banque de Chine (PBOC). Le renminbi s’est légèrement apprécié contre le dollar récemment. Si la Fed baisse ses taux directeurs en septembre, la Banque de Chine pourrait aussi les réduire, sachant que l’inflation est très basse. Mais comme les taux sont bas, elle n’a pas envie de trop peser sur les marges des banques.

Quels secteurs boursiers privilégiez-vous en Chine?

Notre politique et nos processus d’investissement nous amène à rechercher et cibler les actions qui offrent les meilleures opportunités avec un fort contrôle du niveau de risque, dès lors, nous avons une approche flexible qui privilégie les actions de qualité avec un fort potentiel de croissance et ce dans tous les secteurs de l’économie.

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