Les Bourses asiatiques se sont repliées vendredi, dans un climat d’incertitudes sur les négociations commerciales en cours avant l’imposition de surtaxes américaines au 1er août, avec un oeil sur la Réserve fédérale américaine (Fed).
Bourses minées par les incertitudes douanières
A la Bourse de Tokyo, l’indice vedette Nikkei a reculé en clôture de 0,88% à 41.456,23 points, et l’indice élargi Topix de 0,86% à 2951,86 points.
La Bourse de Sydney a perdu 0,49%, Taipei a cédé 0,04%, et l’indice hongkongais Hang Seng abandonnait 1,12% vers 06H45 GMT. Seul Séoul a résisté (+0,18%) au lendemain de l’annonce d’une croissance économique plus forte qu’attendu.
Les investisseurs continuaient de digérer l’accord commercial conclu cette semaine entre Tokyo et Washington, qui ramènent à 15% les surtaxes américaines dites «réciproques» en échange de 550 milliards de dollars d’investissements nippons aux Etats-Unis.
«Le diable se cache certainement dans les détails. On ignore pour l’instant qui financera ces investissements, la viabilité des projets, et qui assumera précisément les risques», prévient Michael Wan, de la banque MUFG.
«Point crucial pour des pays comme la Corée du Sud, encore en pourparlers: les dernières informations suggèrent que Washington et Séoul ont aussi discuté de la création d’un fonds similaire pour investir dans des projets américains», relève-t-il.
Après l’euphorie du marché tokyoïte mercredi dans la foulée de l’annonce de l’accord, la fébrilité ressurgissait, alimentée notamment par des déclarations du secrétaire au Trésor Scott Bessent.
«Nous évaluerons (l’application par le Japon) chaque trimestre et si le président (Donald Trump) n’est pas content», les surtaxes «pourraient revenir comme un boomerang à 25%, sur les voitures comme sur le reste», a-t-il averti sur Fox News.
D’autres pays d’Asie, de l’Inde à la Corée du Sud, intensifient leurs négociations pour tenter d’échapper aux surtaxes douanières massives que leur promet l’administration Trump au 1er août.
Par ailleurs, les marchés digéraient une entrevue tendue entre M. Trump et le président de la banque centrale américaine (Fed) Jerome Powell, à qui il a demandé à nouveau de baisser les taux. Mais la Fed repousse jusqu’ici l’idée d’une baisse dans un contexte rendu incertain par l’offensive protectionniste, qui pourrait renchérir les prix.
Mitsubishi dégringole, Toyota faiblit
Le constructeur automobile Mitsubishi a plongé de 7,87% à la Bourse de Tokyo.
Le groupe a vu son résultat d’exploitation s’effondrer de 84% sur un an au premier trimestre (avril-juin) de son exercice décalé, bien pire qu’attendu, plombé par une faiblesse des ventes -- notamment en direction des Etats-Unis. L’entreprise a cependant maintenu ses prévisions de bénéfice annuel.
«Nous constatons toujours un risque élevé que l’entreprise n’atteigne pas ses prévisions. Les perspectives en Asie du Sud-est, le principal marché de l’entreprise, restent très incertaines», observent les experts de Nomura.
De son côté, Toyota, premier constructeur mondial, qui s’était envolé de quelque 14% mercredi après l’accord américano-japonais, perd depuis une partie de ses gains: il a reculé de 2,02% vendredi.
S’il salue l’accord conclu par Tokyo, qui ramène les droits de douane américains sur l’automobile à 15%, Toyota a indiqué jeudi qu’il espérait «de nouvelles réductions des taxes douanières».
Yen volatil sur fond d’incertitude politique
La monnaie japonaise se stabilisait (-0,05% à 147,09 yens pour un dollar) vers 06H45 GMT, dans un marché volatil suspendu aux incertitudes politiques à Tokyo, où les rumeurs s’intensifient sur une possible démission du Premier ministre Shigeru Ishiba.
«Le gouvernement actuel a fortement influencé la politique accommodante de la Banque du Japon (BoJ). Or, compte tenu de la situation» après une débâcle électorale, «Ishiba pourrait être contraint de quitter ses fonctions», constate Elior Manier, analyste chez Market Pulse.
De surcroît, «l’accord commercial avec les Etats-Unis semble renforcer les anticipations du marché quant à une hausse des taux de la BoJ d’ici la fin de l’année», abonde Francesco Pesole, de ING.
Mais «les marchés sous-estiment les risques d’un nouveau Premier ministre qui favoriserait potentiellement une approche plus prudente en matière de hausse des taux. Le yen a peut-être épuisé ses munitions haussières à court terme» après avoir réagi à l’accord commercial et aux élections sénatoriales de dimanche, estime-t-il.
Pétrole ferme
Le marché pétrolier progressait vers 06H45 GMT: le baril de WTI nord-américain gagnait 0,73% à 66,51 dollars, et celui de Brent de la mer du Nord de 0,72% à 69,68 dollars.