Malgré la montée des tensions, la croissance mondiale a bien résisté en début d’année et l’inflation a continué de se normaliser. Mais en bousculant l’ordre économique établi, en fragilisant la confiance des ménages comme des entreprises, la politique économique de Trump pourrait finir par peser sur l’activité économique.
Chine: entre épargne excessive et guerre commerciale
La croissance est restée solide en début d’année, mais les enquêtes PMI signalent un ralentissement. Le chômage des jeunes – surtout diplômés – reste élevé, et six ménages sur dix préfèrent épargner plutôt que consommer ou investir dans l’immobilier, une proportion en nette hausse par rapport à la décennie précédente1. Les pressions déflationnistes persistent. L’immobilier reste plombé par les excès de construction des années passées, tandis que les surcapacités industrielles freinent l’investissement des entreprises. La croissance chinoise dépend encore largement du commerce extérieur.
Dans ce contexte tendu, cette dépendance aux exportations devient problématique. La Chine tente d’exporter depuis des pays tiers ou de diversifier ses débouchés, mais se heurte à la résistance de partenaires commerciaux, eux-mêmes sous pression américaine. La trêve commerciale de 90 jours avec les Etats-Unis offre un répit, mais Pékin devra renforcer ses mesures de soutien à la consommation pour se rapprocher des 5% de croissance visés en 2025.
Au-delà des mesures purement conjoncturel, une réforme plus structurelle - comme le développement de systèmes de santé ou de retraite plus généreux - réduirait l’épargne de précaution. Un tel choix marquerait une inflexion majeure vers une croissance plus autonome et plus résiliente face aux chocs géopolitiques.
Etats-Unis: une croissance encore robuste jusqu’à quand?
La demande intérieure reste dynamique, mais les créations d’emplois ralentissent. Les indicateurs d’enquête se retournent: confiance des ménages en baisse, intentions d’investissement en repli, commandes à l’exportation en chute.
Nos prévisions d’un ralentissement marqué de l’activité (un peu en deçà de 1% en 2026) reposent sur des droits de douane stables autour de 15% – un niveau supérieur à aujourd’hui mais inférieur à celui du «Liberation Day» - et aussi sur un budget stimulant peu l’activité (0,3 point de PIB en 2026).
Dans ce contexte flou, la Fed devrait rester patiente et n’abaisser ses taux qu’en fin d’année, une fois le ralentissement avéré.
A plus long terme, la politique menée par Trump engage l’économie sur une pente glissante: déficit public proche de 6,5% du PIB, politique migratoire pesant sur le potentiel de croissance, volonté de faire baisser le dollar risquée. Si leur déficit public reste élevé et que la Chine et l’Europe réorientent leur épargne chez elles, la prime de terme sur les obligations du Trésor américain pourrait durablement remonter. Cette stratégie d’agitation tous azimuts a peu de chances de produire les effets attendus… sauf peut-être la baisse du dollar.
Zone euro: au défi de l’Administration Trump…
Le fort rebond du PIB de la zone euro au premier trimestre (+2,5% en rythme annuel2) s’explique surtout par une envolée du PIB irlandais (+45% sur le trimestre en rythme annuel), dopée par une explosion des exportations pharmaceutiques anticipant des hausses de droits de douane américains. Hors Irlande, la croissance sur un an reste modeste, sous les 1%. La consommation reste atone, et l’investissement des entreprises manque d’élan. L’assouplissement monétaire engagé depuis un an pourrait toutefois favoriser un redémarrage de l’investissement résidentiel.
La suite dépendra largement des négociations commerciales avec les Etats-Unis. Le contenu en valeur ajoutée des exportations de produits manufacturés de la zone euro vers les Etats-Unis atteint près de 2 points de PIB: à leur niveau actuel, les droits de douane américains retireraient 0,5% à la croissance de la zone. Une tentative de la Chine d’augmenter sa présence en Europe ajouterait à la pression. Le plan allemand et l’effort d’investissement européen dans la défense pourraient amortir une partie des chocs, mais en cas d’escalade des tensions commerciales avec les Etats-Unis, la BCE pourrait baisser ses taux à 1,5% en fin d’année.
Même si la croissance ralentit, la politique de Trump a eu le mérite de réveiller l’Europe. L’Allemagne, longtemps tirée par une énergie bon marché, a négligé ses infrastructures. Résultat: depuis 2019, son PIB stagne. Le tournant budgétaire impulsé par le chancelier Mertz et le plan ReArm EU vont dans le bon sens, mais restent insuffisants.
Le rapport Draghi est clair: l’Europe doit investir 800 milliards d'euros par an (5 points de PIB) pour rester compétitive, en particulier dans le numérique. L’idée d’une dette commune pour financer ces biens publics européens – énergie, défense, innovation –reste pourtant difficile à accepter pour une partie des Etats membres. Le défi est autant économique que politique.
1Source: Banque Centrale de Chine.
2Source: Eurostat.
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