SMI Equal Weight: la carte «pondération» enfin jouée par SIX Group

Gérard Reber

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«Cette approche limite l’influence de quelques grandes entreprises sur la performance globale de l’indice», explique Damian Burkhardt chez EFG.

 

Réduire le poids des géants de la cote pour mieux répartir l’exposition aux actions suisses: c’est l’objectif du SMI Equal Weight, lancé par SIX Group le 1er avril 2026. Cette déclinaison du principal indice boursier suisse attribue à chacune de ses vingt valeurs une pondération de 5%, réajustée chaque trimestre. Elle vise ainsi à limiter le risque de concentration et à répondre à la demande des gestionnaires d’actifs et des fournisseurs de produits financiers pour des solutions d’investissement plus diversifiées. On débat de l’importance de ce modèle avec Damian Burkhardt, responsable des portefeuilles d'actions suisses et gestionnaire de portefeuille senior chez EFG

Pour quelles raisons la création de ce SMI Equal Weight est-elle devenue nécessaire?

La création du SMI Equal Weight vise d’abord à atténuer la domination des «trois géants» de la Bourse suisse. Dans le SMI traditionnel, pondéré en fonction de la capitalisation boursière, Nestlé, Novartis et Roche représentent à eux seuls près de 50% de l’indice. Dans cette version équipondérée, chacune des vingt entreprises se voit attribuer une pondération de 5% lors de chaque rééquilibrage trimestriel, ramenant ainsi le poids cumulé de ces trois groupes à 15%.

«Le lancement du SMI Equal Weight répond ainsi à une demande des gestionnaires d’actifs, des banques et de leurs clients.»

Cette approche réduit le risque de concentration et limite l’influence de quelques grandes entreprises pharmaceutiques et de biens de consommation sur la performance globale de l’indice. Elle donne parallèlement davantage de poids aux plus petites valeurs du SMI ainsi qu’aux entreprises plus cycliques, notamment dans l’industrie, le luxe et la finance. Ces sociétés contribuent ainsi de manière plus équilibrée à l’évolution quotidienne de l’indice.

Le lancement du SMI Equal Weight répond ainsi à une demande des gestionnaires d’actifs, des banques et de leurs clients, qui souhaitaient disposer d’une alternative transparente pour créer des fonds indiciels et des ETF offrant une répartition plus équilibrée entre les grandes valeurs suisses.

Le modèle du SMI Equal Weight a-t-il répondu aux attentes des investisseurs?

Avec une pondération de 5% pour chacune des vingt grandes valeurs suisses qui le composent, le SMI Equal Weight répond à la volonté des investisseurs de diversifier davantage leurs placements. Le poids réduit des biens de consommation courante et de la pharmacie permet une répartition sectorielle nettement plus équilibrée. L’écart était particulièrement marqué fin septembre, lorsque les titres du secteur de la santé représentaient à eux seuls 40% du SMI traditionnel.

Dans quel contexte de marché cette pondération peut-elle être attractive sur le plan de l’investissement?

Cette répartition rend le portefeuille plus cyclique. Les secteurs de la santé et des biens de consommation de base y occupent une place nettement plus faibles, tandis que l’industrie et la chimie bénéficient de pondérations plus élevées. Le SMI Equal Weight est donc davantage exposé aux fluctuations conjoncturelles que le SMI traditionnel. Son bêta, qui mesure sa sensibilité aux variations des marchés mondiaux, atteint ainsi 0,74 par rapport au MSCI World, contre 0,58 pour le SMI.

Le SMI Equal Weight réagit donc un peu plus fortement aux mouvements des marchés mondiaux, tout en conservant une sensibilité inférieure à celle du MSCI World. En période de crise, les deux indices suisses restent généralement plus stables que les indices plus cycliques ou axés sur la technologie, grâce à la présence de grandes valeurs défensives.

A l’inverse, lors de phases de hausse marquée, le SMI traditionnel accuse souvent un retard, ses poids lourds défensifs profitant moins des tendances économiques et technologiques. Dans ce contexte, la place accrue accordée aux valeurs cycliques peut constituer un atout pour le SMI Equal Weight.

Pour éviter les écarts de pondération propre au SMI, n’existait-il pas déjà d’autres instruments financiers permettant de les éviter?

Rappelons que le SMI représente l’indice de référence pour les produits dérivés tels que les contrats à terme et les options spécifiques. Sa version Equal Weight crée surtout un nouveau sous-jacent. Car d’autres alternatives existaient déjà pour réduire la concentration du marché suisse. Lancé en 2007, le SLI regroupe les trente plus grandes valeurs suisses et plafonne la pondération des quatre premières à 9% chacune, contre 4,5% pour les autres. Pendant des décennies, les investisseurs institutionnels ont utilisé le SLI comme principal outil de diversification plutôt qu’un tracker à pondération égale.

Ces dernières années, ceux qui recherchaient une pondération identique pour chaque titre pouvaient également se tourner vers des fournisseurs d’indices tiers. MSCI proposait ainsi son indice Switzerland Equal Weighted dès 2013. Les investisseurs institutionnels n’ont donc pas attendu que la Bourse suisse développe sa propre solution pour accéder à ce type d’exposition. La création du SMI Equal Weight permet à SIX de standardiser son offre et d’unifier l’écosystème de produits autour d’un indice conçu en interne.

La plupart des places boursières dans le monde (CAC 40, Nasdaq, MSCI World, etc) possèdent leur version “Equal Weight” dont certaines depuis des années. Pourquoi cette version n'arrive-t-elle que maintenant en Suisse?

L’arrivée tardive de cette version en Suisse s’explique notamment par les coûts liés à sa gestion. Tous les trois mois, le retour à une pondération de 5% pour chacune des vingt sociétés impose de vendre une partie des titres ayant progressé et de renforcer ceux qui ont moins bien évolué. Sur le marché suisse, où des géants boursiers côtoient des entreprises de taille nettement plus modeste, ces ajustements réguliers entraînent des frais de transaction et des coûts fiscaux qui peuvent peser sur la performance.

Les fournisseurs de produits n’ont donc poussé à la création de ce cadre officiel que lorsque la demande des clients pour des stratégies passives et automatisées de type «smart beta» est devenue suffisamment forte pour prendre le pas sur ces préoccupations de coûts.

Sur le long terme, serait-il avantageux que les versions «à pondération égale» finissent par remplacer les indices traditionnels?

Les indices pondérés en fonction de la capitalisation boursière auront toujours leur place, car ils constituent de meilleurs repères pour les stratégies de gestion active. En accordant une place identique pour chaque titre de l’indice, les versions «Equal Weight» offrent une autre approche: un géant technologique y exerce la même influence qu’une petite entreprise de services publics. Si cette répartition réduit le risque de concentration, elle présente aussi des inconvénients liés à son rééquilibrage mécanique.

Pour maintenir des pondérations identiques, les gestionnaires des fonds qui répliquent ces indices doivent régulièrement vendre une partie des titres ayant progressé (les «gagnants») renforcer ceux qui ont moins bien évolué (les «perdants»). Ces ajustements entraînent une rotation élevée du portefeuille, des frais de transaction supplémentaires et, potentiellement, des coûts fiscaux liés aux ventes répétées des valeurs gagnantes. Ils réduisent également la possibilité de bénéficier d’un effet de capitalisation des gains. Une bonne analogie serait de dire que cela revient à couper systématiquement les fleurs pour arroser les mauvaises herbes.

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