Atténuer et s'adapter: le double impératif climatique des investisseurs

Hugo Bonnard & Elias Galand, Indosuez Wealth Management

2 minutes de lecture

Face à des catastrophes climatiques toujours plus coûteuses, investir dans l'atténuation et l'adaptation devient une nécessité.

 

Ces dernières années, les phénomènes météorologiques extrêmes sont devenus plus fréquents, plus intenses et plus coûteux. L'été 2026 en offre une illustration saisissante.

Selon les Nations unies, près de 6 millions d'hectares ont brûlé en Europe et en Amérique du Nord depuis le début de la saison, dont plus de 434'000 hectares en Europe. Le Financial Times estime à plus de 3 milliards d'euros le coût des incendies sur le seul continent européen. A cela s'ajoutent des sécheresses qui pèsent sur les rendements agricoles et fragilisent les infrastructures fluviales, ainsi que la multiplication des inondations.

Ces événements confirment un dérèglement climatique désormais bien documenté. Dans son dernier bulletin climatique, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) estime à 91% la probabilité que la température moyenne mondiale dépasse temporairement de plus de 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels (1850-1900), pendant au moins une année, d'ici à 2030. Par ailleurs, les Nations unies évaluent le coût réel des catastrophes naturelles à près de dix fois les estimations habituelles, soit environ 2'300 milliards de dollars par an. Dans ce contexte, il devient essentiel d'orienter les investissements autour de deux piliers complémentaires: l'atténuation et l'adaptation.

Atténuation: s'attaquer aux causes

L'atténuation s'attaque aux causes profondes du changement climatique en limitant le réchauffement planétaire, ce qui réduit les risques de transition et favorise une trajectoire climatique et économique plus ordonnée. Parmi les priorités d'investissement, les énergies renouvelables restent au cœur de la transition: l'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime les besoins à plus de 4'500 milliards de dollars par an. Les opportunités s'étendent aux infrastructures connexes, comme les réseaux intelligents et le stockage d'énergie, indispensables pour accroître la part des énergies renouvelables intermittentes.

L'efficacité énergétique, à travers l'optimisation des bâtiments, des procédés industriels et des transports, constitue un autre levier majeur, souvent compétitif sur le plan des coûts et source d'économies substantielles. Enfin, la décarbonation des secteurs fortement émetteurs, comme l'industrie lourde et l'agriculture, stimule l'innovation dans l'hydrogène vert, les carburants alternatifs, les matériaux bas carbone ainsi que le captage et le stockage du carbone. L’atténuation offre également des opportunités d’investissement susceptibles de renforcer la résilience à long terme en réduisant l’exposition aux risques de transition.

Adaptation: faire face à des effets déjà visibles

L'adaptation, en revanche, vise à renforcer la résilience des populations, des actifs et des infrastructures face aux effets physiques du dérèglement climatique qui se font déjà sentir. Elle ouvre aussi un large éventail d'opportunités d'investissement, dans les infrastructures, les technologies et les services.

La gestion de l'eau s'impose comme un domaine clé car l'intensification des sécheresses et des inondations accroît les besoins en infrastructures consacrées au traitement, au recyclage et à l'optimisation des ressources hydriques. Selon le World Resources Institute, 4 milliards de personnes vivent dans des zones soumises à un stress hydrique élevé. Ce contexte favorise le développement de solutions technologiques spécifiques, comme la détection des fuites, les compteurs intelligents, la réutilisation des eaux usées ou l'irrigation agricole de précision.

Le secteur du bâtiment constitue un autre axe important, avec des opportunités dans l'isolation, les matériaux à forte inertie thermique et les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation (CVC). Les technologies de refroidissement, bien que parfois énergivores, sont indispensables pour faire face à la hausse des températures. C'est pourquoi nous devons nous montrer sélectifs et privilégier les systèmes à haute efficacité énergétique ainsi que les fluides frigorigènes à faible potentiel de réchauffement global.

Les infrastructures résilientes complètent le tableau, avec la modernisation des réseaux électriques pour absorber les pics de demande et des systèmes avancés de drainage urbain. L'ampleur des besoins est considérable: l'OCDE estime que les investissements mondiaux nécessaires pour les infrastructures atteindront 6'900 milliards de dollars par an d'ici à 2030. Enfin, la prévention et la gestion des catastrophes forment un segment en pleine expansion, porté par les technologies de détection des incendies, les systèmes d'alerte précoce et les outils d'analyse climatique. De nombreux projets d'adaptation reposent en outre sur des contrats de long terme, ce qui offre aux investisseurs des flux de trésorerie relativement prévisibles.

Une double lecture pour l'investisseur

Appréhender cette double dynamique suppose pour les investisseurs d'associer l'analyse financière traditionnelle à de solides analyses de scénarios climatiques et à une évaluation rigoureuse des risques physiques. Le défi consiste à concilier les besoins immédiats d'adaptation et les tendances de plus long terme liées à l'atténuation. Face à des risques climatiques devenus systémiques, ces thématiques s'imposent comme des moteurs essentiels de création de valeur durable.

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