L’avenir appartient à ce qui reste pertinent

Karsten-Dirk Steffens, Aberdeen Investments (Schweiz) AG

2 minutes de lecture

Un thème d’investissement doit résister à plus d’un cycle boursier. Idéalement, jusqu’à la prochaine génération.

 

L’avenir nous fascine peut-être précisément parce qu’il échappe à notre connaissance. Nous pouvons élaborer des scénarios, calculer des probabilités et tenter d’identifier les gagnants de demain. Mais nous ne pouvons pas savoir ce qui nous attend.

Sur les marchés financiers, nous l’oublions parfois. Il arrive que l’on ait l’impression que l’avenir peut être mesuré et traduit en chiffres.

Je crois que nous devrions faire preuve d’un peu plus d’humilité.

L’avenir commence là où s’arrête la certitude

Nous ne savons pas quelles entreprises connaîtront le succès dans 15 ou 20 ans. En revanche, nous pouvons identifier des évolutions qui dépassent largement le prochain cycle économique : le vieillissement de la population, les progrès de la médecine, la transformation des chaînes d’approvisionnement, la raréfaction des ressources ou encore la manière dont nous vivrons et travaillerons demain.

Ces thèmes m’occupent professionnellement depuis de nombreuses années. Mais je les considère de plus en plus sous un angle personnel. Je pense à mes enfants. Parmi les questions qui nous préoccupent aujourd’hui, lesquelles seront encore d’actualité pour eux dans 20 ans? Et parmi les tendances que nous jugeons aujourd’hui majeures, lesquelles seront depuis longtemps oubliées?

Cette réflexion a changé ma façon d’envisager les investissements d’avenir.

L’attention est éphémère

En bourse, nous avons tendance à confondre nouveauté et potentiel d’avenir. Une technologie suscite l’enthousiasme, les capitaux affluent, les attentes augmentent – et très vite, un grand récit se construit.

Mais tout ce qui est nouveau ne dure pas. Les populations vieillissent et auront besoin de soins médicaux. Les entreprises continueront d’avoir besoin de chaînes d’approvisionnement résilientes. Et notre manière de vivre et de travailler continuera d’évoluer.

C’est précisément là que réside, à mes yeux, la différence : une tendance se nourrit de l’attention. Un thème d’avenir se nourrit de sa pertinence. Et cette pertinence doit pouvoir traverser les décennies.

Penser en générations plutôt qu’en trimestres

Dans le secteur financier, nous parlons beaucoup de long terme. Pourtant, je trouve frappant de constater à quel point ce «long terme» est parfois court. Trois ans. Cinq ans. Peut-être dix.

Je préfère donc me poser une autre question: mes enfants parleront-ils encore de ce sujet lorsqu’ils auront mon âge?

Ce n’est pas un modèle d’investissement. C’est un exercice de réflexion qui permet de prendre ses distances avec le bruit du moment. Car les marchés ont la mémoire courte. Les générations, elles, s’inscrivent dans un horizon long.

Un bon thème ne fait pas forcément un bon investissement

Identifier un thème d’avenir ne signifie pas pour autant en connaître les gagnants. Un secteur peut croître tandis que certaines entreprises échouent. Une technologie peut transformer notre société et les investisseurs peuvent néanmoins payer trop cher pour ceux qu’ils considèrent comme ses futurs gagnants.

C’est pourquoi, lorsqu’il s’agit de thèmes d’avenir à long terme, je privilégie une approche active. Non pas parce que quelqu’un serait capable de prédire l’avenir. Mais précisément parce que personne ne le peut.

Les entreprises et les valorisations évoluent, les avantages concurrentiels disparaissent. Pour moi, investir à long terme ne signifie donc pas s’accrocher coûte que coûte à une décision. Cela signifie avoir une conviction tout en restant prêt à remettre en question ses propres hypothèses.

C’est aussi, à mes yeux, une forme d’humilité.

Qu’est-ce qui demeure?

Au fond, investir dans les thèmes d’avenir va au-delà des prévisions de rendement. Il s’agit de notre rapport au temps.

Nous ne savons pas quelles entreprises feront partie des gagnants en 2040. Mais nous pouvons nous demander quels défis seront probablement encore pertinents à cette date.

Peut-être devrions-nous moins considérer l’avenir comme quelque chose qu’il nous faut prédire, et davantage comme quelque chose dont nous cherchons à comprendre l’importance à long terme.

Lorsque je veux savoir si un thème a réellement de l’avenir, je ne pense donc pas d’abord au prochain cycle boursier. Je pense à la prochaine génération.

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