Marchés émergents: au-delà de l’IA

Amy Leishman, Baillie Gifford

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La consommation, la mobilité et les besoins énergétiques révèlent d’autres moteurs de croissance durables au sein des marchés émergents.

 

Si vous avez lu des commentaires sur les marchés émergents ces six derniers mois, vous aurez sans doute constaté que les mêmes termes reviennent sans cesse: intelligence artificielle, semi-conducteurs, concentration. Un petit nombre d’entreprises technologiques spécialisées dans le hardware représentent désormais une part toujours plus importante de l’indice MSCI Emerging Markets.

Cependant, comme souvent lorsque certains thèmes dominent les marchés, il est facile de perdre de vue la situation dans son ensemble.

Selon les prévisions démographiques mondiales, la population devrait augmenter d’un demi-milliard de personnes d’ici 2035, pour atteindre près de neuf milliards d’habitants. A l’horizon 2050, elle devrait approcher les 10 milliards.

L’Asie, moteur de la prochaine vague de consommation

Plus de 80% du prochain milliard de personnes qui rejoindront la classe moyenne mondiale vivront en Asie. D’ici 2030, la région devrait ainsi représenter nettement plus de la moitié de la consommation de la classe moyenne mondiale.

Les marchés émergents présentent certaines des dynamiques de demande les plus fortes et les plus durables au monde.

Au Vietnam , des dizaines de millions de personnes voient leur quotidien se transformer.

Il s’agit  donc de prendre du recul et de s’intéresser aux transformations structurelles déjà à l’œuvre ou qui commencent tout juste à émerger, aux pays qui évoluent et progressent et, surtout, aux entreprises qui portent ces changements.

Quel meilleur point de départ qu’une économie qui vise une croissance du PIB d’environ 10%, où les ventes au détail progressent nettement plus vite que la moyenne des marchés émergents, où le crédit augmente d’environ 20% par an et qui engage des réformes d’une ampleur inédite depuis 40 ans?

Au Vietnam , des dizaines de millions de personnes voient leur quotidien se transformer. Et peu de choses illustrent mieux cette évolution que la manière dont les familles font leurs courses .

Aujourd’hui, le Vietnam compte environ 70 commerces alimentaires modernes pour un million d’habitants, contre respectivement 300 et 500 en Thaïlande et à Singapour. Ne serait-ce que rejoindre le niveau de la Thaïlande supposerait une multiplication par quatre du commerce alimentaire organisé, portée par une population dont le pouvoir d’achat augmente chaque année.

Des entreprises telles que Mobile World sont bien placées pour tirer parti de cette opportunité.

Après s’être imposé comme l’enseigne de référence pour l’électronique auprès d’une population de plus en plus connectée, Mobile World cherche désormais à exploiter les mêmes avantages patiemment construits (une structure de coûts plus légère, une logistique fiable et une marque qui inspire confiance) sur un marché bien plus vaste: celui des courses alimentaires du quotidien .

Un nouveau modèle de mobilité

Certaines tendances sont toutefois bien plus préoccupantes que la modernisation du commerce de détail. Chaque année, environ 1,2 million de personnes perdent la vie dans des accidents de la route, tandis que des millions d’autres sont blessées.

Un véhicule qui ne se fatigue pas, ne boit pas, ne consulte pas son téléphone et ne conduit pas de manière imprévisible pourrait contribuer à réduire certains de ces risques. En Chine, les robotaxis pourraient assurer près de 10% des quelque 70 millions de trajets effectués chaque jour d’ici 2030, ce qui représenterait environ un demi-million de véhicules autonomes sur les routes dans les cinq prochaines années.

Il s’agit déjà d’un marché considérable, mais la question la plus intéressante est de savoir qui est le mieux placé pour en devenir l’acteur central. DiDi bénéficie à cet égard d’une position particulièrement favorable. En Chine, près de sept trajets de VTC sur dix sont déjà effectués via sa plateforme, ce qui lui confère une masse critique importante, de vastes données sur les trajets et une solide expérience opérationnelle acquise dans de nombreuses villes. DiDi développe par ailleurs ses activités dans la conduite autonome depuis dix ans.

Accompagner la transition énergétique

Avec un peu de recul, une Asie plus riche et plus mobile, où les déplacements sont appelés à augmenter plutôt qu’à diminuer, ne semble guère compatible avec une baisse de la demande énergétique.

En novembre dernier, l’Agence internationale de l’énergie a rétabli un scénario qu’elle avait initialement écarté en 2019. Selon celui-ci, la demande de pétrole, au lieu de culminer à la fin de la décennie, continuerait de progresser jusqu’en 2050, passant d’environ 100 millions de barils par jour aujourd’hui à quelque 113 millions au milieu du siècle.

Précisons qu’il ne s’agit que d’un scénario parmi plusieurs, et qu’il reste contesté. Il n’en demeure pas moins que les énergies conventionnelles continueront à jouer un rôle pendant la transition énergétique.

La région de Vaca Muerta, en Argentine, compte parmi les zones pétrolières les plus productives au monde, avec des seuils de rentabilité compris entre 36 et 45 dollars le baril, inférieurs à ceux de nombreux bassins de schiste américains. Vista Energy, l’une des principales compagnies pétrolières indépendantes d’Argentine, dispose d’actifs particulièrement productifs au sein d’une région qui l’est déjà fortement.

Les puits de Vista sont environ 20% plus productifs que la moyenne du bassin et quelque 50% plus productifs que leurs équivalents dans le bassin permien. Ceux forés entre 2018 et 2024 ont été rentabilisés en moins de deux ans.

En termes simples, si le monde doit encore dépendre du pétrole pendant une génération, les actifs les plus attractifs seront ceux capables de produire les barils les moins coûteux, les plus rapidement rentables et les moins intensifs en carbone.

Ce que l’indice ne voit pas

Qu’ont en commun un distributeur, une plateforme de VTC et une compagnie pétrolière? Aucun de ces trois acteurs ne figure dans le MSCI Emerging Markets. Pour des raisons diverses, ils évoluent tous en dehors de cet indice de référence.

Alors qu’il reste largement dominé par les valeurs liées à l’IA et aux semi-conducteurs, le MSCI Emerging Markets laisse de côté un vivier d’entreprises exposées à certaines des tendances structurelles de long terme les plus solides.

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