«Les facteurs structurels qui soutiennent l’or restent présents»

Romain Thomas

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Alexandre Carrier, gérant principal du fonds DNCA Invest Strategic Resources, reste positif sur l’or et les métaux industriels pour la seconde partie de l’année 2026.

 

Entre tensions géopolitiques, transition énergétique et inflation persistante, les matières premières restent au cœur des enjeux d'investissement au second semestre 2026. Alexandre Carrier, gérant principal du fonds DNCA Invest Strategic Resources, répond aux questions d’Allnews sur ces différents enjeux.

Quelles sont vos perspectives sur le pétrole au second semestre 2026?

Je pense que nous nous dirigeons progressivement vers un nouvel équilibre sur le marché pétrolier. Même si le contexte géopolitique reste tendu, nous semblons davantage nous rapprocher d’une phase de stabilisation que d’une aggravation durable des conflits. Cela ne signifie pas que la volatilité va disparaître, mais plutôt que le marché devrait progressivement retrouver des repères plus stables.

Du côté de l’offre, je m’attends à une normalisation graduelle de la production mondiale, notamment avec les augmentations de volumes annoncées par certains producteurs. Du côté de la demande, la situation est plus nuancée. Les prix plus élevés de l’énergie et un ralentissement modéré de la croissance mondiale pourraient limiter quelque peu la consommation. La Chine joue également un rôle important dans cet équilibre, puisqu’elle a récemment réduit ses importations en s’appuyant sur les stocks constitués au cours des dernières années.

Je ne crois toutefois pas que nous reviendrons aux niveaux de prix observés avant les récents conflits. À mes yeux, le pétrole devrait se négocier à des niveaux supérieurs sur la seconde partie de l’année 2026, avec un baril évoluant plutôt dans une fourchette comprise entre 70 et 80 dollars.

La prime géopolitique sur le pétrole peut-elle disparaître durablement?

Je ne pense pas que cette prime puisse disparaître à court terme. D’ailleurs, je préfère parler de prime de sécurité d’approvisionnement. Aujourd’hui, de nombreux États sont prêts à payer davantage pour garantir un accès stable et sécurisé à l’énergie.

Nous avons déjà observé ce phénomène après la guerre en Ukraine, lorsque l’Europe a progressivement remplacé le gaz russe par du gaz naturel liquéfié plus coûteux. Cette logique de sécurisation des approvisionnements continue de soutenir les prix de l’énergie.

À mon sens, cette prime restera présente au cours des prochains mois. Il est difficile d’en mesurer précisément l’impact, mais elle pourrait représenter entre 5 et 15 dollars par baril. Compte tenu des tensions persistantes au Moyen-Orient et des incertitudes géopolitiques actuelles, je considère qu’elle devrait continuer à influencer le marché au moins sur le second semestre 2026.

«Le pétrole devrait se négocier à des niveaux supérieurs sur la seconde partie de l’année 2026.»

La baisse de l’or est-elle une opportunité ou la fin du cycle haussier?

La baisse récente de l’or s’apparente davantage à une correction au sein d’un marché haussier de long terme qu’à la fin du cycle. Depuis plusieurs mois, l’intérêt pour les métaux précieux avait atteint des niveaux particulièrement élevés, notamment via les ETF et les investisseurs plus spéculatifs. Une phase de correction me semblait donc inévitable.

Cette baisse s’explique principalement par deux facteurs. D’un côté, le contexte géopolitique a généré des besoins de liquidités qui ont poussé certains investisseurs à vendre des actifs ayant fortement progressé, comme l’or. De l’autre, la hausse des taux d’intérêt réels a réduit l’attractivité du métal jaune, qui ne verse ni intérêt ni revenu.

Je rappelle également que ce type de correction est fréquent dans les grands marchés haussiers. Historiquement, l’or a déjà connu des reculs importants avant de repartir à la hausse. À mes yeux, une grande partie de l’ajustement a déjà eu lieu et nous nous rapprochons probablement de niveaux plus intéressants.

Surtout, les facteurs structurels qui soutiennent l’or restent présents. Les déficits publics demeurent élevés dans de nombreuses économies développées, les niveaux d’endettement continuent de progresser et les gouvernements rencontrent toujours des difficultés à réduire durablement leurs dépenses. Ces éléments constituent selon moi un soutien fondamental au marché de l’or, les monnaies fiduciaires devraient continuer à s’éroder au fil du temps.

À court terme, la volatilité pourrait néanmoins rester élevée tant que les incertitudes autour de l’inflation, des taux d’intérêt et de la géopolitique ne seront pas levées. Mon scénario central repose sur une inflation qui ralentirait progressivement après les tensions actuelles tout en restant plus élevée que celle observée au cours de la dernière décennie. Dans ce contexte, je considère que la correction actuelle représente davantage une opportunité qu’une remise en cause de la tendance de fond.

«Le cuivre demeure l’une de nos principales convictions.»

L’offre de cuivre pourra-t-elle suivre la demande liée à la transition énergétique?

Le principal défi du marché du cuivre est aujourd’hui un problème d’offre bien plus qu’un problème de demande. Pendant plus de dix ans, le secteur minier a souffert d’un manque d’investissements dans de nouveaux projets, notamment parce que les prix n’étaient pas suffisamment attractifs pour encourager le développement de nouveaux gisements.

Le développement d’une nouvelle mine est un processus extrêmement long. Entre la découverte d’un gisement et sa mise en production, il peut s’écouler entre dix et vingt ans. Les contraintes réglementaires sont devenues plus importantes, les coûts ont fortement augmenté et les projets nécessitent désormais des capitaux considérables.

Par ailleurs, de nombreuses grandes mines arrivent à maturité. Les teneurs en minerai diminuent progressivement, ce qui oblige les producteurs à investir davantage pour maintenir leur niveau de production. Cette réalité limite fortement la capacité de l’offre à répondre rapidement à la demande.

Dans le même temps, les besoins continuent de progresser. Les énergies renouvelables, les réseaux électriques, les véhicules électriques, les infrastructures numériques et les centres de données nécessitent tous des quantités importantes de cuivre. C’est pourquoi je considère que le marché devrait rester sous tension pendant plusieurs années, avec une offre qui aura du mal à suivre la croissance de la demande.

«Le nickel fait également partie des matières premières que je privilégie.»

Quelles matières premières offrent le plus de potentiel au second semestre 2026?

Le cuivre demeure l’une de nos principales convictions. Malgré sa bonne performance récente, je considère que le potentiel reste important car le marché est toujours confronté à un déficit structurel à venir entre une offre insuffisante et une demande en constante progression. Les besoins liés à l’électrification de l’économie et au développement des infrastructures numériques continuent de soutenir cette thématique.

Le nickel fait également partie des matières premières que je privilégie. Après plusieurs années de faiblesse des prix liées à la forte montée en puissance de la production indonésienne, l’environnement devient plus favorable. La demande bénéficie de la croissance du marché des véhicules électriques tandis que l’offre pourrait être davantage encadrée par les quotas de production mis en place en Indonésie.

Enfin, je reste positif sur l’or pour la seconde partie de l’année. Une fois les inquiétudes liées à l’inflation et aux taux d’intérêt mieux intégrées par les marchés, je pense que les investisseurs se recentreront sur les enjeux structurels de long terme, notamment les déficits budgétaires et le niveau croissant de l’endettement mondial. Les banques centrales demeurent un moteur structurel et récurrent de la demande d'or, notamment de la part de la banque centrale chinoise.

En résumé, mes principales convictions pour le second semestre 2026 restent le cuivre, le nickel et l’or, avec une préférence particulière pour le cuivre en raison des déséquilibres persistants entre l’offre et la demande.

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