Le vilain petit canard de la cote depuis le 6 octobre, l’indice SOX des semi-conducteurs, démarre sa séance de lundi pétri de bonnes intentions. Décollage en règle à destination du nord dès la cloche d’ouverture, on se sent mieux en ce début de séance. Le dead cat bounce dure précisément une heure, puis les démons du moment ressortent du placard et les ours reprennent fermement les choses en mains. Les investisseurs restent manifestement préoccupés par le financement des dépenses d’investissement liées à l’IA et par les attentes de plus en plus élevées qui les entourent. La grande rotation vers des secteurs jugés moins chers et moins sportifs se poursuit, au détriment des indices SOX et Nasdaq100 (NDX), ce dernier entre officiellement en territoire de correction en clôture, il a désormais perdu plus de 10% depuis son récent top et termine sa piteuse journée pile sur sa moyenne mobile à 200 jours, ambiance… Le SOX, qui avait réalisé un superbe rebond technique il y a dix jours en s’appuyant sur sa propre 200 jours pour ce faire, la traverse sans vergogne hier. Plus inquiétant encore, il se trouve désormais pile sur le bas de son canal haussier entamé début avril 2025, juste après l’annonce des tarifs douaniers par le président des Etats-Unis. Techniquement s’il poursuit son repli et casse de ce fait cet important support, la pression vendeuse pourrait s’intensifier rapidement, le SOX n’est pas du tout survendu, pas encore.
L’indice S&P500 (SPX) ne parvient pas à défendre sa propre 100 jours, son podium du jour se compose de la consommation discrétionnaire, des materials et des biens de consommation de base. Le breadth du jour est positif sur le SPX (rotation) et légèrement négatif sur le NDX, dans des volumes d’échanges en bonne hausse, tandis que l’indice S&P500 équipondéré (SPW) progresse de 0,73% sur la séance contre -0,51% au SPX, une nouvelle illustration d’un marché qui fait le tri sans paniquer, quoique la volatilité soit en train de se réveiller, le VIX avance de 9% et clôture à 21,15, c’est bien, pas assez mais c’est bien, on relèvera un sourcil à partir de 30 et au-dessus.
Le pire moment de l’histoire pour lancer une acquisition de taille 100% en actions? Marvell annonce le rachat de Lumentum pour environ 80 milliards de dollars, entièrement en actions; les deux titres chutent respectivement de 13% et 19%, sur fond de craintes concernant notamment la dilution des actionnaires de Marvell. En parallèle, Anthropic révèle des engagements d’achat et de location totalisant environ 895 milliards de dollars, ainsi qu’un chiffre d’affaires trimestriel de 17 milliards, contre 1,4 milliard un an auparavant.
Côté monnaies et marché obligataire c’est plutôt calme, la paire EUR/USD se stabilise autour de 1,1200 tandis que le 10 ans US fait de même légèrement au-dessus de 4,90%, ces deux-là attendent probablement le résultat de l’élection de mi-mandat aux Etats-Unis, qui se tient aujourd’hui, nous connaitrons les résultats demain, du moins on l’espère.
En revanche ça balance pas mal côté pétrole, le baril de Brent recule significativement hier, de près de 118 dollars vendredi soir à 103,28 dollars au plus bas hier, pour rebondir à 106,39 dollars ce matin. La chute observée hier est due à une conviction montant dans les salles de marchés que l’administration américaine privilégierait la voie diplomatique dans le conflit qui l’oppose à l’Iran. Le rebond de ce matin est à attribuer à l’agence Reuters, qui indique que les Etats-Unis et l’Iran «restent loin d’un accord pour mettre fin à la guerre». Bref, personne ne sait où ce dossier va nous mener et en même temps la cherté absolue de l’or noir alimente une dame inflation qui n’en demandait probablement pas autant.
On se penche sur LE résultat trimestriel de ce lundi. Apple publie un chiffre d’affaires trimestriel en hausse de 12% à 114,5 milliards de dollars et un bénéfice de 2,10 dollars par action, tous deux supérieurs aux attentes, grâce notamment à la solidité de l’iPhone et du Mac. Pour le trimestre des fêtes, le groupe prévoit une croissance des ventes de 7% à 10%, contre 6,1% attendu, mais une marge brute limitée à 45–46%, contre 47% anticipé, sous l’effet du renchérissement de la mémoire et des coûts du nouvel assistant Siri intégrant l’IA. Des contraintes d’approvisionnement pourraient également freiner les ventes des nouveaux produits. Malgré une progression de 21%, les revenus en Chine déçoivent, tout comme ceux de l’iPad et des accessoires et objets connectés. Dans un contexte d’attentes élevées après la forte hausse du titre, ces pressions sur la rentabilité éclipsent les bonnes perspectives commerciales: l’action recule d’environ 3% après clôture, à l’occasion des premiers résultats publiés sous la direction de John Ternus.
L’or n’y arrive plus. L’once recule à nouveau ce matin, à 3908 dollars. La faiblesse actuelle de la relique barbare tient probablement aux anticipations de taux durablement élevés, entretenues par les pressions inflationnistes liées au pétrole, qui réduisent l’attrait d’un actif sans rendement. Parallèlement, la correction des valeurs technologiques pousse certains investisseurs à vendre de l’or pour couvrir leurs pertes ou répondre aux appels de marge, faisant temporairement passer sa liquidité avant son rôle de valeur refuge. La rupture de seuils techniques, notamment autour de 4000 dollars l’once, a probablement aussi fait sa part, faisant monter la pression vendeuse, malgré le soutien des achats des banques centrales.
FOGO (Fear Of Getting Obliterated), un nouvel acronyme à la mode? Elliott Investment Management, qui gère 80 milliards de dollars, estime que presque tous les signaux annonciateurs d’un important marché baissier sont réunis, comparant l’endettement et l’euphorie technologique actuels aux années 1920. Le fonds pointe les déficits américains, l’inflation persistante, les risques du crédit privé et la spéculation, mais surtout les investissements croisés dans l’IA et les dépenses financées par la dette. Selon lui, une déception sur les prix des produits d’IA ou sur l’ampleur des investissements pourrait déclencher une correction majeure et autoentretenue, faisant passer les investisseurs de la peur de manquer la hausse (FOMO) à celle de se faire laminer (FOGO).
La Banque de réserve d’Australie (RBA) relève son taux directeur de 25 points de base, à 4,85%, son plus haut niveau depuis 18 ans. La décision est adoptée par six voix contre trois, révélant des divergences au sein du comité. La gouverneure Michele Bullock laisse toutefois entrevoir une probable pause dans le resserrement monétaire, ce qui pèse sur le dollar australien malgré la hausse des taux.
Aux États-Unis, le menu macro-économique du jour prévoit à 16h00 la publication de l’enquête JOLTS sur les offres d’emploi et des commandes à l’industrie, puis à 22h30 celle des variations hebdomadaires des stocks de pétrole brut estimées par l’API.
Bayer relève ses perspectives après une progression de ses ventes et de son EBITDA trimestriels, tandis que Hugo Boss réduit ses prévisions annuelles. Philips dépasse les attentes et maintient ses objectifs, alors que Lufthansa améliore son résultat opérationnel ajusté de 6%, à 1,4 milliard d’euros. Shell prévoit de céder sa participation dans le projet gazier australien North West Shelf pour 1,45 milliard de dollars, Novartis abandonne un programme de recherche et Barclays pourrait indemniser des clients victimes de ventes abusives de financements automobiles. Selon l’agence Bloomberg, Disney envisagerait plusieurs milliers de suppressions de postes et demanderait à ses dirigeants de viser 20% d’économies, tandis qu’Oracle préparerait une levée de fonds de 10 milliards de dollars à 116 dollars par action. Salesforce négocierait le rachat de Cresta pour 2,7 milliards de dollars, selon The Information. Par ailleurs, les autorités commerciales américaines clôturent une enquête visant notamment Samsung, Google et Nvidia. Saudi Aramco publie un bénéfice net ajusté trimestriel de 31,2 milliards de dollars, LG Energy Solution accuse une perte malgré la hausse de ses ventes et Mitsubishi cède sa participation minoritaire dans LNG Canada pour 3,1 milliards de dollars. Parmi les publications du jour figurent Ferrari, Philips, AMD, Pfizer, Shopify et Booking.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo est fermée, Hong Kong grappille 0,34%, Shanghai perd 0,82%, Séoul glisse de 3,59% et le Nifty50 monte de 1,09%. Les futures SPX et NDX perdent 0,2% respectivement traitent autour de l’équilibre pendant que l’Europe ouvre en nette baisse de plus de 1%.