Tech, Brésil et Chine: les principales convictions sur les émergents

Romain Thomas

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«Nous privilégions plutôt les fournisseurs asiatiques qui occupent des positions uniques et disposent d’un véritable pouvoir de fixation des prix», explique Bruno Vanier de Gemway Assets.

 

Dans un environnement marqué par les incertitudes géopolitiques et les interrogations autour de la trajectoire de l’intelligence artificielle, les marchés émergents offrent des opportunités d’investissement attractives. Pour Bruno Vanier, fondateur et président de Gemway Assets, qui répond aux questions d’Allnews, la technologie et le Brésil constituent les deux principales convictions d’investissement sur les marchés émergents, tandis que la Chine et l’Inde offrent des relais potentiels de performance à moyen terme.

Quelles sont vos convictions d’investissement aujourd’hui sur les pays émergents?

Nos deux principales convictions portent sur la technologie et le Brésil. La technologie représente environ 45% de notre portefeuille émergent, contre 42% pour notre indice de référence, à savoir le MSCI Emerging Markets. Nous restons donc légèrement surpondérés sur ce secteur, même si notre conviction n’est pas extrêmement forte.

Le Brésil constitue notre autre grande conviction du moment. Nous anticipons qu’un changement politique pourrait ouvrir la voie à une baisse significative des taux d’intérêt au cours des douze prochains mois, ce qui serait favorable au marché actions.

Nous suivons également deux marchés qui pourraient offrir des opportunités dans les mois à venir: la Chine domestique et l’Inde. En effet, ces deux marchés accusent un retard par rapport à l’indice MSCI Emerging Markets. En effet, mes perspectives commencent à s’améliorer en Inde, tandis que nous attendons encore des signes plus convaincants en Chine, potentiellement à partir de 2027.

Comment appréhendez-vous l’exposition à l’intelligence artificielle dans vos portefeuilles?

L’intelligence artificielle (IA) est aujourd’hui un moteur majeur des marchés, et nous cherchons à nous positionner sur les entreprises qui rendent son développement possible. Notre approche consiste à identifier les goulets d’étranglement dans la chaîne de valeur, en particulier en Asie, où se concentre une grande partie de la production de composants et d’équipements nécessaires à l’IA.

Nous ne cherchons pas à investir directement dans les grands bénéficiaires américains de cette révolution, qui ne font pas partie de notre univers de gestion. Nous privilégions plutôt les fournisseurs asiatiques qui occupent des positions uniques et disposent d’un véritable pouvoir de fixation des prix.

La Corée du Sud joue notamment un rôle important dans la mémoire, tandis que Taïwan est essentiel pour la fabrication des semi-conducteurs les plus avancés. Nous restons ainsi très présents sur des sociétés comme TSMC, qui bénéficie d’une position particulièrement forte dans la production des puces les plus sophistiquées.

Notre objectif est donc moins de miser directement sur les applications de l’IA que d’identifier les entreprises incontournables au déploiement de ses infrastructures.

La Corée du Sud peut-elle constituer une alternative aux valeurs technologiques américaines?

Oui, les valeurs technologiques coréennes peuvent constituer une alternative, mais il faut tenir compte de leur profil particulier. Elles sont principalement exposées aux mémoires DRAM (Mémoire vive / RAM) et NAND Flash (Mémoire de stockage), ainsi qu’aux mémoires à haute bande passante (HBM), qui sont essentielles au développement de l’intelligence artificielle.

Ces entreprises bénéficient actuellement d’une demande soutenue et de prix élevés, ce qui leur permet de dégager des profits importants. Toutefois, la mémoire est l’un des segments les plus cycliques de la chaîne de valeur de l’IA.

Le principal risque réside dans l’augmentation des capacités de production, en Corée du Sud comme en Chine. Aujourd’hui, le marché reste en situation de sous-capacité, mais les fabricants investissent pour répondre à la hausse de la demande. A terme, cette augmentation de l’offre pourrait coïncider avec un ralentissement de la demande, notamment à l’horizon 2028 ou 2029.

Même si nous restons confiants dans ces entreprises, mais nous avons réduit quelque peu notre exposition à la thématique de la mémoire. Le marché anticipe ces évolutions très en amont: même si le risque de surcapacité ne s’est pas encore matérialisé, il pourrait influencer les valorisations bien avant que l’équilibre entre l’offre et la demande ne se détériore effectivement.

A l’approche de l’élection présidentielle brésilienne et dans l’hypothèse d’une victoire de Flávio Bolsonaro, comment envisagez-vous l’évolution du marché brésilien?

Le Brésil constitue aujourd’hui l’une de nos principales convictions, notamment en raison du potentiel de baisse des taux d’intérêt. Les taux réels y demeurent très élevés, autour de 8 points de pourcentage selon notre estimation, ce qui pèse sur l’activité et les valorisations.

Dans l’hypothèse d’une victoire de Flávio Bolsonaro, nous estimons qu’une orientation budgétaire plus restrictive pourrait donner davantage de marge de manœuvre à la banque centrale pour assouplir sa politique monétaire. Les taux réels pourraient alors revenir vers des niveaux de 4 à 5%, contre environ 8% actuellement, selon notre scénario.

Une telle évolution serait susceptible de favoriser un mouvement des investisseurs domestiques des obligations d’Etat vers les actions. Aujourd’hui très investis en dette souveraine, ils pourraient alors être incités à rechercher de meilleurs rendements sur le marché actions.

Notre conviction reste toutefois conditionnée au résultat électoral. Si Flávio Bolsonaro ne remportait pas l’élection, nous serions amenés à revoir à la baisse notre appréciation du potentiel du marché brésilien.

Quelle place accordez-vous aujourd’hui à la Chine dans vos allocations? Préférez-vous les actions cotées à Hong Kong, les actions A ou les sociétés chinoises cotées à l’étranger?

La Chine représente environ 22% de notre portefeuille émergent, soit une pondération légèrement supérieure à celle de l’indice MSCI Emerging Markets. Nous ne sommes pas particulièrement optimistes à court terme: nous estimons que le risque de baisse est limité, mais que le potentiel de hausse reste pour l’instant incertain.

Plusieurs éléments pourraient néanmoins améliorer les perspectives en 2027. L’économie chinoise repose aujourd’hui sur deux dynamiques différentes: un secteur exportateur très performant et une demande intérieure qui demeure faible. Si les exportations ralentissaient, Pékin pourrait être amené à soutenir davantage la consommation et l’investissement par des mesures fiscales ou économiques. De telles initiatives pourraient être favorablement accueillies par les investisseurs.

Nous restons donc dans une position d’attente, tout en identifiant la Chine domestique comme une source potentielle d’opportunités.

Concernant les marchés de cotation, nous n’avons pas de préférence systématique pour Hong Kong par rapport aux places continentales comme Shanghai ou Shenzhen. Nous privilégions avant tout les entreprises elles-mêmes, indépendamment de leur place de cotation. Nous pouvons investir sur ces trois marchés et, lorsque plusieurs cotations existent, retenir celle qui nous paraît la plus intéressante.

Nous préférons généralement ces marchés locaux aux cotations à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, d’autant que de nombreuses entreprises chinoises cotées à New York disposent également d’une cotation à Hong Kong.

Quels événements pourraient vous conduire à revoir vos convictions actuelles?

Le premier facteur de risque concerne l’intelligence artificielle. Nous surveillons notamment l’évolution des capacités de production de semi-conducteurs et de mémoire, ainsi que la possibilité d’un ralentissement de la demande. Une accélération des investissements industriels pourrait modifier l’équilibre entre l’offre et la demande et peser sur les entreprises de la chaîne d’approvisionnement.

Nous suivons également la rentabilité des grands acteurs de l’IA, notamment Anthropic et OpenAI. Il est essentiel que leur modèle économique démontre sa viabilité et que leur croissance des revenus se traduise progressivement par une rentabilité durable.

Un autre risque concerne les fournisseurs de services cloud et les acteurs dits «neocloud», dont certains sont fortement endettés. Si les conditions de financement se durcissaient ou si des défauts de paiement survenaient, les conséquences pourraient s'étendre à l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA, notamment aux marchés émergents de Taïwan, de Corée du Sud et de Hong Kong.

En Chine, l’élément déterminant sera l’évolution du moteur de croissance: les exportations continueront-elles de soutenir l’économie, ou Pékin cherchera-t-il à stimuler davantage la demande intérieure? Un rééquilibrage en faveur de la consommation et de l’investissement domestique constituerait un signal très positif et pourrait nous conduire à renforcer significativement nos positions.

Enfin, au Brésil, le résultat de l’élection présidentielle est un facteur décisif. Une victoire de Flávio Bolsonaro conforterait notre scénario de baisse des taux, tandis qu’une défaite nous conduirait à reconsidérer notre conviction sur le marché brésilien.

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