Belimo: le bénéficiaire discret du boom de l’IA

Luca Riboni, Rothschild & Co. Bank

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La Suisse abrite un acteur particulièrement bien placé pour profiter de l’essor mondial des centres de données.

 

Depuis cinquante ans, l’entreprise de Hinwil perfectionne des composants de technique du bâtiment aussi discrets qu’indispensables. L’essor des capacités mondiales des centres de données, porté par l’intelligence artificielle, entraîne une forte hausse de la demande pour les servomoteurs de registres, les vannes de régulation et les capteurs fabriqués à Hinwil.

La raison est simple: la puissance de calcul croissante requise par les applications d’IA génère d’énormes quantités de chaleur. Le refroidissement évolue donc de plus en plus de solutions à air vers des systèmes de refroidissement liquide, un domaine dans lequel Belimo bénéficie d’un positionnement encore plus solide.

Quand l’IA rencontre la précision suisse

C’est précisément là que Belimo devient particulièrement intéressante. Le refroidissement liquide nécessite un débit pouvant être contrôlé et mesuré avec une grande précision, l’une des compétences clés de l’entreprise. Avec son Energy Valve, Belimo fournit des composants essentiels à ces circuits de refroidissement. Pour les vannes destinées au refroidissement direct des puces («Direct-to-Chip»), la direction qualifie même sa position sur le marché de quasi dominante.

En tant que leader mondial des servomoteurs de registres et des vannes de régulation, Belimo bénéficie de barrières à l’entrée élevées, de relations étroites avec ses clients et d’un solide pouvoir de fixation des prix.

Belimo bénéficie d’un double effet: davantage de centres de données sont construits et, parallèlement, le passage au refroidissement liquide augmente la valeur des composants nécessaires. Belimo estime le potentiel de marché à 40 millions de francs par gigawatt pour le refroidissement à air et à 60 millions pour le refroidissement liquide.

Début 2026, environ 100 gigawatts de capacités étaient installés dans le monde. D’ici 2030, ce chiffre pourrait atteindre 200 à 250 gigawatts. Dans le même temps, la part du refroidissement liquide dans les nouveaux centres de données planifiés devrait déjà représenter 60 à 70%.

La croissance est depuis longtemps visible dans les chiffres: en 2024, les centres de données représentaient 11% du chiffre d’affaires de Belimo. Cette proportion est passée à 17% en 2025, puis à 23–24% au premier semestre 2026. D’ici 2030, j’estime réaliste que leur contribution au chiffre d’affaires dépasse nettement un tiers.

Bien plus qu’un pari sur l’IA

Pour les investisseurs, Belimo représente bien plus qu’un simple pari sur l’intelligence artificielle. En tant que leader mondial des servomoteurs de registres et des vannes de régulation, l’entreprise bénéficie de barrières à l’entrée élevées, de relations étroites avec ses clients et d’un solide pouvoir de fixation des prix. Lorsque les composants Belimo sont déjà spécifiés lors de la conception d’un bâtiment, il devient difficile de les remplacer ultérieurement.

C’est précisément ce qui rend, à mes yeux, le cas d’investissement particulièrement attrayant: la demande provenant des centres de données est certes déterminante pour la thèse d’investissement, mais elle ne crée pas une nouvelle compétence. Elle accélère plutôt la demande pour un savoir-faire que Belimo développe depuis des décennies.

La qualité a un prix

Une excellente entreprise n’est toutefois pas nécessairement une excellente action à n’importe quel prix. Avec un ratio cours/bénéfice d’environ 50, une forte croissance est déjà intégrée dans le cours. A cela s’ajoutent certains risques: la demande en infrastructures d’IA est fortement concentrée. Si, à l’avenir, les systèmes de refroidissement sont de plus en plus commercialisés sous forme d’unités entièrement intégrées, le pouvoir de décision pourrait se déplacer, ce qui risquerait de mettre sous pression le pouvoir de négociation de Belimo.

Belimo commercialise des composants essentiels au fonctionnement des installations, mais qui ne représentent qu’une faible part de leur coût total. La question décisive est donc la suivante: quel prix faut-il aujourd’hui être prêt à payer pour cette qualité et cette croissance? Malgré une valorisation élevée, l’ensemble constitue à mes yeux une solide thèse d’investissement. La forte demande des centres de données crée de nouveaux marchés finaux durables, tandis que Belimo peut continuer à se concentrer sur ce qu’elle sait faire de mieux.

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