Le Japon a besoin de taux d'intérêt plus élevés

Koichi Hamada

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La force du yen a persisté pendant des décennies, contribuant à une déflation chronique et à une croissance stagnante.

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Lors d’un récent séjour à Sapporo, la ville de l’île septentrionale du Japon dont sont originaires mes parents, ma femme et moi avons découvert des gens aimables, des journées d’automne douces et une cuisine excellente. En tant que touristes vivant et travaillant aux États-Unis, nous avons également apprécié les prix très bas: un déjeuner dans un restaurant haut de gamme ne coûtait qu’environ 20 dollars par personne. Si cela nous a bien arrangés, à l’instar de tant d’autres touristes qui se sont rendus au Japon pour profiter de taux de change avantageux, la faiblesse du yen (yen yasu) a pesé lourdement sur l’économie japonaise.

Pour comprendre la pression qui pèse sur le Japon, il est utile d’examiner le taux de change d’équilibre en parité de pouvoir d’achat – c’est-à-dire le taux auquel un panier représentatif de biens et de services coûterait le même prix dans deux pays. Ce mois-ci, l’OCDE fait état d’un taux de change d’équilibre en parité de pouvoir d’achat entre le Japon et les États-Unis d’environ 93 yens pour un dollar. On est loin du taux de change yen-dollar réel, qui oscille entre 150 et 160.

Cela signifie que les biens produits au Japon coûtent bien moins cher que ceux fabriqués aux États-Unis. En conséquence, les exportateurs japonais bénéficient d’une forte demande et de marges bénéficiaires élevées, tandis que les importateurs subissent une pression considérable. La faiblesse du yen pénalise également les consommateurs japonais, car elle incite fortement à augmenter les prix: les produits importés étant plus chers, les producteurs nationaux savent que leur production trouvera preneur, et les importateurs pourraient répercuter leurs coûts croissants sur les acheteurs.

Le Japon était autrefois confronté au problème inverse. Au début des années 1980, c’était une économie dominante qui connaissait une forte croissance. Mais l’Accord du Plaza de 1985, en vertu duquel les grandes économies ont convenu de mener une action coordonnée pour renforcer leurs monnaies par rapport au dollar américain, a tout changé. Après la mise en œuvre de cet accord, le taux de change en PPA était supérieur au taux de change réel, atteignant près du double en 1995.

À mesure que le dollar se renforçait et que l’écart entre les taux d’intérêt américains et japonais se creusait, le yen s’est déprécié, et les forces déflationnistes ont cédé la place à des pressions inflationnistes.

La force du yen (yen daka) a persisté pendant des décennies, contribuant à une déflation chronique et à une croissance stagnante. Au cours de cette période, un séjour à Tokyo pesait lourdement sur le budget des touristes, les produits japonais trouvaient peu d’acheteurs à l’étranger et les industries japonaises, autrefois redoutables, étaient en difficulté. La situation s’est encore détériorée aux alentours de la crise économique mondiale de 2008, lorsque les États-Unis ont adopté une politique d’assouplissement monétaire.

Au cours des décennies qui ont suivi l’Accord du Plaza, les gouverneurs de la Banque du Japon (BOJ) (à l’exception peut-être de Toshihiko Fukui) ont systématiquement manqué d’assouplir la politique monétaire en fonction de l’évolution de la conjoncture économique. Les pressions déflationnistes se sont intensifiées.

Après son retour au pouvoir en 2012, le Premier ministre Shinzō Abe a cherché à inverser la tendance grâce à un ensemble de réformes économiques (pour lesquelles j’ai servi de conseiller), qui a été baptisé «Abenomics». Ce programme comprenait une recommandation en faveur d’une expansion monétaire, que le gouverneur de la BOJ de l’époque, Haruhiko Kuroda, a adoptée.

Aujourd’hui, la situation a changé. À la suite de la pandémie de COVID-19, les États-Unis ont connu une flambée de l’inflation, ce qui a contraint la Réserve fédérale américaine à abandonner l’assouplissement monétaire et à relever ses taux d’intérêt. À mesure que le dollar se renforçait et que l’écart entre les taux d’intérêt américains et japonais se creusait, le yen s’est déprécié, et les forces déflationnistes ont cédé la place à des pressions inflationnistes.

Lorsque les circonstances changent, la politique doit elle aussi s’adapter. Pour la Banque du Japon aujourd’hui, cela signifie mener une politique de resserrement monétaire afin de réduire la masse monétaire nationale et de relever le taux d’intérêt.

Dans une certaine mesure, les décideurs politiques japonais semblent en avoir pris conscience. Après avoir maintenu le taux d’intérêt à court terme autour de 1% pendant un certain temps, la Banque du Japon a relevé son taux directeur à 1,25% le mois dernier. Ce niveau est élevé pour le Japon (le plus haut depuis 31 ans, pour être précis). Mais alors que le marché monétaire américain à court terme pousse les taux d’intérêt près de 4% et que de nouvelles hausses de taux sont probables aux États-Unis, cela est loin d’être suffisant. Les spéculateurs continuent d’exploiter le différentiel de taux d’intérêt par le biais de ce qu’on appelle le «carry trade» (emprunter à bas coût en yens pour investir dans des actifs à rendement plus élevé à l’étranger).

Sous le régime de l’étalon-or ou d’un taux de change fixe, si un grand pays menait une politique d’expansion monétaire, un autre pays, plus faible, pourrait être contraint de réduire sa masse monétaire et de relever son taux d’intérêt. Dans le cadre d’un régime de taux de change flottant, en revanche, une expansion dans un pays devrait s’accompagner d’une expansion (modérée) dans un autre, tout comme un resserrement devrait s’accompagner d’un resserrement.

Nous savons que le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, et la ministre japonaise des Finances, Katayama Satsuki, se concertent sur les questions budgétaires et monétaires. En fin de compte, cependant, la politique monétaire doit être menée de manière autonome, le gouverneur de la Banque du Japon, Kazuo Ueda, agissant dans l’intérêt de l’économie japonaise. Dans les circonstances actuelles, cela implique de réduire la masse monétaire et de relever les taux d’intérêt de manière plus énergique.

 

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