Résiliente, mais pas à l’abri: l’industrie suisse face à une double pression

James Mazeau, UBS Global Wealth Management

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L’industrie suisse fait preuve d’une réelle capacité de résistance. La hausse des droits de douane US et la montée en puissance industrielle de la Chine redessinent les règles du commerce mondial.

 

Ces évolutions influencent les marchés d’exportation, les marges des entreprises et les décisions d’investissement, avec des conséquences directes pour les investisseurs. Deux questions se posent aujourd’hui: dans quelle mesure le modèle économique suisse demeure-t-il robuste et où se situent les opportunités dans une économie mondiale de plus en plus fragmentée?

Des effets de droits de douane conséquents

Les Etats-Unis restent le principal marché individuel pour les exportations de biens helvétiques, même si les droits de douane ont fortement augmenté depuis avril 2025. Entre août et novembre 2025, de nombreux produits suisses ont été soumis temporairement à des droits de douane pouvant atteindre 39%, alors que les produits en provenance de l’Union européenne étaient taxés à un taux moyen de 15% seulement.

Cette différence a eu des répercussions visibles. Une fois les importations revenues à leur niveau habituel, les importations américaines en provenance de Suisse se situaient environ 27% en dessous du niveau observé pour l’Union européenne sur la même période. Cela correspond à une perte d’exportations estimée à près de 3,5 milliards de dollars, soit environ 7% des importations américaines en provenance de Suisse en 2024, or exclu.

Des chiffres moins préoccupants qu’ils n’y paraissent

Toutefois, ces chiffres sont moins préoccupants lorsqu’on les examine de plus près. Une part importante des exportations suisses vers les Etats-Unis est constituée de produits pharmaceutiques, qui bénéficient souvent d’exemptions ou de taux de droit réduits. Dans l’ensemble, le taux de droits de douane effectif appliqué aux importations américaines en provenance de Suisse a culminé à 13,4%, avant de retomber récemment autour de 6%.

En outre, une partie des droits déjà acquittés pourrait être remboursée à la suite d’une décision de la Cour suprême américaine. Les montants concernés pourraient atteindre quelque 2 milliards de dollars, notamment dans les secteurs des instruments de précision et du matériel médical, de l’horlogerie, du café, des machines et des équipements électriques. Les conditions restent difficiles pour ces branches, mais l’impact sur l’ensemble de l’industrie suisse devrait rester maîtrisable.

La Chine: le plus grand défi

Cependant, le défi le plus important provient de Chine, d’autant plus qu’il s’agit sans doute d’une évolution structurelle de long terme. La Chine poursuit l’expansion de sa base industrielle et progresse rapidement dans des segments à plus forte valeur ajoutée, tels que la construction mécanique, les équipements électriques, la chimie, les technologies médicales et les composants complexes. Les exportations chinoises de biens ont fortement progressé ces derniers temps, tandis que les importations sont restées relativement faibles. L’excédent commercial du pays a ainsi atteint des niveaux records.

Pour les entreprises suisses, cela se traduit par une pression accrue sur les prix, par une concurrence plus intense sur les marchés tiers et des effets indirects, notamment en Allemagne, à travers les chaînes de valeur européennes. Ces dernières ressentent aujourd’hui beaucoup plus fortement la concurrence chinoise que l’économie helvétique elle-même.

Malgré cela, la Suisse conserve une position solide, du moins en comparaison avec la plupart des pays européens. Son économie est fortement spécialisée dans des secteurs tels que la pharmacie, l’horlogerie, les instruments de précision, les machines à haute valeur ajoutée et différents produits de niche.

Le chevauchement entre les exportations suisses et chinoises reste nettement plus faible que celui observé dans des pays comme l’Allemagne ou l’Italie. Ainsi, malgré l’intensification de la concurrence chinoise, la Suisse est parvenue à maintenir sa part de marché dans les exportations mondiales autour de 1,2% ces dernières années, hors métaux précieux.

Quelles implications pour les investisseurs?

L’industrie suisse démontre sa résilience, mais elle n’est pas insensible aux bouleversements actuels. Dans une économie mondiale plus fragmentée, la solidité des chaînes d’approvisionnement, la diversification géographique et un accès fiable aux marchés deviennent des facteurs de plus en plus déterminants.

Selon la Recherche d’UBS, les entreprises qui rapprochent leur production de leurs marchés finaux grâce au nearshoring, qui renforcent leur présence dans des niches bénéficiant d’une croissance structurelle et qui continuent d’investir dans l’innovation sont les mieux placées pour tirer parti de cette nouvelle donne. Ces critères méritent donc d’être pris en compte dans la construction d’un portefeuille.

Renforcer la résilience face à la concurrence chinoise

La conclusion semble claire: pour les investisseurs de long terme, les entreprises industrielles et exportatrices suisses de haute qualité conservent tout leur attrait. On privilégiera en particulier les leaders de marché qui disposent d’un fort pouvoir de fixation des prix, d’une intensité élevée en recherche et développement et de débouchés largement diversifiés à l’échelle mondiale. L’intégration de telles entreprises dans un portefeuille international peut contribuer à renforcer sa résilience face aux fluctuations de la politique commerciale et à la concurrence structurelle en provenance de Chine.

On portera également un intérêt particulier à certaines entreprises suisses de taille moyenne. Celles-ci pourraient bénéficier à la fois de la solidité de l’économie helvétique dans un environnement mondial plus complexe et de la poursuite de la reprise cyclique en Europe.

Parallèlement, on recommandera d’éviter les risques de concentration excessifs dans une région ou un secteur donné. De nombreux portefeuilles suisses sont fortement exposés à quelques grandes capitalisations emblématiques du marché helvétique, ce qui les rend dépendants de l’évolution d’un nombre limité d’entreprises. Au-delà d’une large diversification au sein du marché suisse, une exposition internationale demeure donc, selon la Recherche d’UBS, essentielle à la réussite d’une stratégie d’investissement à moyen et à long terme.

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