Actions suisses: la sélectivité comme ligne directrice

Daniele Scilingo, Mirabaud Asset Management

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Les périodes de turbulence peuvent être l’occasion de renforcer l’exposition à des entreprises de qualité et capables de générer une croissance durable.

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«Should I Stay or Should I Go?», chantait The Clash en 1982. Plus de quatre décennies plus tard, les investisseurs se posent la même question face aux marchés financiers. Malgré un environnement incertain et une volatilité accrue, notre conviction reste claire: rester investi en faisant preuve d’une plus grande sélectivité. Les entreprises suisses ont affiché de solides résultats au premier semestre malgré des effets de change défavorables, tandis que les perspectives bénéficiaires des petites et moyennes capitalisations restent particulièrement favorables. Dans le même temps, certaines composantes de la thématique de l’intelligence artificielle commencent à montrer des signes de fragilité, tandis que les entreprises de qualité affichant des valorisations raisonnables restent encore sous-estimées.

Au-delà du bruit, les fondamentaux

Les dynamiques de court terme exercent une influence croissante sur les marchés. Les investisseurs particuliers, les stratégies quantitatives et les hedge funds représentent désormais près des trois quarts des volumes de transactions. Cette évolution tend à amplifier les réactions à chaque publication de résultats, donnée économique ou événement géopolitique. La volatilité semble ainsi être devenue une caractéristique structurelle des marchés plutôt qu’un phénomène passager. Elle continue toutefois de créer des opportunités pour les investisseurs qui privilégient les fondamentaux plutôt que les fluctuations à court terme.

Dans ce contexte, les investisseurs se montrent de plus en plus sélectifs. La distinction entre les tendances qui séduisent et celles qui reposent sur de réelles perspectives de croissance prend davantage d’importance, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA). Les investisseurs veulent désormais voir une croissance durable du chiffre d’affaires, une rentabilité solide et des rendements du capital attractifs. La seule promesse de l’IA ne suffit plus: les annonces de programmes d’investissement de plusieurs milliards de dollars suscitent désormais autant de questions que d’enthousiasme. Si le cycle d’investissement dans l’IA reste soutenu, les investisseurs sont de moins en moins disposés à financer la croissance à tout prix.

Un risque géopolitique encore sous-estimé

La géopolitique reste le principal risque macroéconomique encore insuffisamment pris en compte par les marchés. Jusqu’à présent, les investisseurs ont eu raison de relativiser les épisodes successifs de tensions géopolitiques, mais cette confiance semble désormais atteindre ses limites. Le principal risque extrême serait une perturbation simultanée du détroit d’Ormuz et de Bab el-Mandeb par l’Iran et ses alliés régionaux, deux voies essentielles aux flux mondiaux d’énergie et de marchandises. Alors que les stocks de pétrole et de produits raffinés se situent déjà à des niveaux relativement faibles, la capacité à absorber un tel choc est plus limitée que ne l’anticipent de nombreux investisseurs. Si ce scénario reste peu probable, ses conséquences potentielles méritent néanmoins une attention particulière. Le scénario central reste celui d’une croissance accompagnée de pressions inflationnistes, soutenue par une activité économique résiliente et des bénéfices d’entreprises solides.

Des perspectives bénéficiaires toujours solides

Les bénéfices restent le principal soutien aux niveaux de valorisation actuels. Aux États-Unis, les prévisions consensuelles de croissance des bénéfices pour 2026 sont passées de 24% à 29% en seulement quelques semaines, selon les données de Bloomberg, témoignant de la résilience persistante des entreprises américaines. En Suisse, les entreprises ont également enregistré un premier semestre solide malgré d’importants effets de change défavorables. Les prévisions de croissance des bénéfices du SPI pour 2026 ont ainsi été relevées de 9% à 13%. Dans ce contexte, les petites et moyennes capitalisations suisses restent particulièrement attractives, avec une croissance des bénéfices attendue autour de 20%, soutenue par des moteurs de croissance nombreux et diversifiés.

Miser sur la qualité et la sélectivité

Les périodes de turbulence peuvent être l’occasion de renforcer l’exposition à des entreprises de qualité, capables de générer une croissance durable et qui suscitent à nouveau l’intérêt des investisseurs.

Dans le même temps, notre conviction se renforce que des composantes de la thématique de l’IA commencent à montrer des signes de fragilité. La volatilité croissante des segments les plus prisés par les stratégies de momentum suggère une vulnérabilité accrue des positions financées par effet de levier. Un retrait des capitaux les plus spéculatifs pourrait ainsi s’amorcer, volontairement ou sous la contrainte. Si le potentiel à long terme de l’IA reste intact, le profil risque/rendement de nombreux titres considérés comme les grands bénéficiaires de cette tendance s’est sensiblement détérioré. Les risques de baisse tendent désormais à l’emporter sur le potentiel de hausse supplémentaire.

Adapter les portefeuilles à cette transition apparaît donc essentiel. À mesure que les investisseurs accordent davantage d’importance à la qualité des bénéfices, à l’efficacité du capital et à la résilience, les entreprises solides affichant des niveaux de valorisation attractifs devraient continuer de se démarquer. Le message reste donc clair: rester investi, tout en faisant preuve de sélectivité.

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