Pour les pays pauvres, le développement passe avant le climat

Emmanuel Garessus

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Le climat est un problème, mais, selon le Consensus de Copenhague, la priorité doit plutôt être accordée à la productivité et au développement économique.

 

L’été en Europe a été marqué par des canicules qui, selon les experts, devraient se multiplier à l’avenir. Les conséquences du réchauffement climatique sont chaque année plus apparentes. Il importe d’y apporter une réponse appropriée. Les décès causés par la canicule nécessitent des mesures urgentes, notamment grâce à un plus grand recours aux climatiseurs. Mais la chaleur est-elle plus dévastatrice que le grand froid? Au plan mondial, on compte neuf fois plus de décès à cause du froid qu’en raison de fortes chaleurs, indique Bjorn Lomborg, statisticien danois, président du groupe de réflexion Consensus de Copenhague, dans une interview au Herald Sun. Ce laboratoire d’idées, qui s’appuie sur quelque 300 économistes, a pour originalité de se fonder sur une analyse des coûts/bénéfices pour déterminer la meilleure façon de dépenser l’argent public. Existe-t-il des problèmes encore plus urgents que le climat? C’est effectivement la thèse de Bjorn Lomborg. Une thèse peu présente dans les médias même si elle reconnaît le besoin de répondre au défi climatique.

Besoin d’établir des priorités

Il existe un biais en faveur des priorités des pays riches dans l’étude des politiques à mener, observe-t-il. A son avis, les priorités qui ressortent de sondages effectués dans les pays pauvres montrent que leurs besoins se concentrent d’abord sur le développement économique, la lutte contre des maladies telles que la malaria ou la tuberculose, un meilleur accès à la nourriture, à l’électricité et à l’éducation. Mais le climat n’est pas prioritaire à leurs yeux. Selon un sondage d’opinions (Afrobarometer), le climat n’est que la 31e des 34 priorités proposées, indique Bjorn Lomborg, dans un article pour le Wall Street Journal.

La hausse de la productivité et du PIB leur permettrait plus rapidement de mieux lutter contre les défis de santé, d’alimentation et d’éducation. «Une augmentation de 10% du PIB par habitant se traduit par une diminution de 100 millions du nombre de personnes exposées à un risque élevé lié aux aléas climatiques», avance-t-il. Le problème est celui du coût d’opportunité. «Chaque dollar de subvention des panneaux solaires ou accordé à la comptabilisation des émissions de carbone est un dollar qui n’est pas dépensé pour les écoles, la santé maternelle ou l’accès à l’eau potable», avance-t-il.

«Une augmentation de 10% du PIB par habitant se traduit par une diminution de 100 millions le nombre de personnes exposées à un risque élevé lié aux aléas climatiques».

Si tel est le voeu des pays pauvres, il apparaît que les décisions prises par les organismes de financement internationaux ne vont pas dans ce sens. Depuis 2016, sous l’impulsion des pays riches, le monde a délaissé les objectifs de développement (Millenium Development Goals) au profit des objectifs climatiques (Sustainable Development Goals). Depuis cette date, l’extrême pauvreté a cessé de diminuer dans le monde, après 75 ans de progrès remarquables, écrit Bjorn Lomborg dans le Wall Street Journal. Les banques de développement, comme la Banque Mondiale, ont accordé environ la moitié de leurs financements à des projets climatiques, ajoute-t-il. Les établissements de développement refusent par exemple de financer des projets concernant les énergies fossiles. Pourtant une énergie abondante et bon marché est un excellent moyen d’accélérer le développement.

Le Consensus de Copenhague a identifié douze priorités qui présentent le meilleur rapport coûts/bénéfices: On y trouve la lutte contre la tuberculose, l’éducation, la santé des mères et des nouveaux-nés, la lutte contre la malaria. Ces douze priorités sauveraient plus de 4 millions de vies et généreraient 1'100 milliards de dollars da gains économiques annuels dans les pays émergents. Leur coût annuel se limiterait à 35 milliards. Un montant relativement faible si on le met en relation aux 1'100 milliards en faveur des énergies à faible émission de carbone, 2'100 milliards de dollars pour les dépenses militaires et 5'000 milliards de dollars pour l’éducation. «Ces mesures intelligentes ne nécessiteraient que 3% de nos dépenses consacrées au climat», conclut le laboratoire d’idées. Une conclusion qui n’est que rarement partagée.

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