Perspectives de marché 2027: la résilience transforme le paysage inflationniste

Communiqué, Tikehau Capital

3 minutes de lecture

Pour Thomas Friedberger de Tikehau Capital, «Les grandes thématiques pour 2027 sont la résilience, la décarbonation, l’intelligence artificielle et la dette privée».

«Les grandes thématiques pour 2027 sont la résilience, la décarbonation, l’intelligence artificielle et la dette privée. Nous identifions également d’autres opportunités d’investissement dans le crédit et l’immobilier», explique Thomas Friedberger, directeur général adjoint et co-directeur des investissements (Co-CIO) de Tikehau Capital, dans les dernières perspectives de marché du groupe pour l’année à venir. 

Le modèle économique a changé. Au cours des quatre dernières décennies, les entreprises ont privilégié l’efficacité et l’optimisation à outrance des chaînes de valeur et des structures de capital. Désormais, le modèle économique s’oriente vers la recherche de résilience. Cette évolution accélère l’émergence d’un monde plus multipolaire. Mais elle a un coût: la résilience et la souveraineté se construisent grâce à un nouveau cycle de dépenses d’investissement massives (CAPEX), articulé autour des «4D»: défense, décarbonation, digitalisation et démondialisation. L’Europe, en particulier, devra investir considérablement pour renforcer sa souveraineté et sa résilience.

Ces dépenses d’investissement seront financées par une combinaison d’endettement public (dans le cadre d’une expansion budgétaire massive) et de capitaux privés. La recherche de résilience accroît donc les besoins de financement des entreprises. Celles-ci devraient dès lors se tourner davantage vers les marchés cotés et privés: augmentations de capital importantes, introductions en Bourse, émissions obligataires de grande ampleur, convergence de la dette privée vers le segment «investment grade», ainsi que des transactions majeures de private equity, tant sur les marchés primaires que par l’intermédiaire de fonds de suivi. Nous anticipons des conséquences principalement sur les taux d’intérêt à long terme, l’allocation des portefeuilles et la création de valeur dans le private equity.

1. Des courbes de taux plus pentues et des taux d’intérêt à long terme plus élevés

Nous estimons que les taux d’intérêt à long terme restent trop bas, malgré l’amorce d’une correction. Leur hausse devrait à l’avenir rendre plus difficile l’expansion des multiples de valorisation des actifs en actions (actions cotées et private equity). La création de valeur dépendra davantage de la croissance des bénéfices que de la hausse des multiples de valorisation et du refinancement de la dette.

Concernant les spreads de crédit, nous restons positifs, tout en faisant preuve de sélectivité quant à la qualité des émetteurs et à l’allocation sectorielle. Dans un environnement de croissance plus modérée, nous privilégions les secteurs bénéficiant de tendances de croissance structurelles, notamment ceux qui contribuent à renforcer la résilience et la souveraineté (industrie, défense, transition énergétique, santé, technologie, infrastructures stratégiques), ainsi que les acteurs qui assurent leur financement. Dans ce contexte, nous préférons le risque de crédit au risque de duration, notamment au travers d’instruments à taux variable, de crédits liquides à courte échéance et d’obligations financières subordonnées. Il convient de noter que, dans un environnement reflationniste inédit depuis les années 1970, les obligations souveraines ne remplissent plus, pour le moment, le rôle de valeur refuge qu’elles ont joué pendant des décennies.

2. La nécessité d’adapter les portefeuilles

Il faut remonter aux années 1970 pour retrouver une période de reflation durable comparable à celle que nous connaissons aujourd’hui. À l’époque, les meilleurs investisseurs soulignaient que la seule manière d’investir avec succès consistait à respecter une «marge de sécurité». L’investissement «value» s’inscrit précisément dans cette approche prudente: une marge de sécurité sur la valorisation permet d’anticiper à la fois la pression sur les bénéfices liée au ralentissement de la croissance et la hausse des coûts due à une inflation plus élevée. Pourtant, l’analyse des flux de capitaux en 2026 révèle exactement l’inverse: des montants très importants affluent actuellement vers des secteurs et des classes d’actifs déjà fortement valorisés.

Cet environnement de marché offre néanmoins de nombreuses opportunités:

  • Pour les actifs liquides, la souveraineté européenne reste une source de création de valeur. Dans le private equity, les fortes tendances de croissance liées au renforcement de la souveraineté dans les domaines de la décarbonation et de la défense se confirment, avec une nette accélération de la création de valeur dans ces secteurs.
  • L’immobilier a connu une correction importante des valorisations et constitue ainsi la classe d’actifs présentant la marge de sécurité la plus élevée.
  • Nous restons convaincus de l’attrait du crédit. Malgré les inquiétudes persistantes, les obligations d’entreprises européennes continuent d’offrir des rendements intéressants. Parmi les actifs liquides, les obligations financières subordonnées et les obligations à haut rendement présentent des opportunités.

3. Une transformation structurelle de la création de valeur dans le private equity

Dans ce nouvel environnement, les entreprises doivent évoluer en matière de stocks, d’infrastructures, de capacités de production et de soutien aux chaînes d’approvisionnement. Le private equity doit s’adapter à cette nouvelle réalité, probablement en investissant davantage dans des entreprises à forte intensité capitalistique, actives dans des secteurs bénéficiant des dépenses d’investissement (CAPEX) liées à la résilience. La croissance de l’EBITDA ne suffit plus à elle seule. Dans un monde caractérisé par des dépenses d’investissement considérables, le risque de mauvaise allocation du capital augmente, tout comme l’écart entre les meilleures équipes dirigeantes, qui utilisent efficacement leurs flux de trésorerie, et les moins performantes. La notion de rendement du capital investi (ROIC) gagnera donc en importance dans les investissements en private equity. Parallèlement, le recours à l’effet de levier financier sera davantage limité. Des taux d’intérêt destinés à compenser l’inflation entraînent une augmentation du coût de la dette. La hausse des multiples de valorisation sera freinée par l’environnement de taux. Les acteurs du private equity devront donc investir avec une part d’endettement plus faible et conserver leurs actifs plus longtemps.

A lire aussi...