La population suisse se prononce le 14 juin sur l’initiative de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions». Les initiants veulent limiter la migration pour garantir la qualité de vie en Suisse tandis que les opposants craignent que la pénurie de main-d’œuvre ne s’aggrave encore davantage en cas de oui.
QUE DEMANDE L’INITIATIVE?
L’initiative populaire «Pas de Suisse à 10 millions! (initiative pour la durabilité)» vise à limiter le nombre de résidents en Suisse à dix millions d’ici 2050. Celle-ci est en constante croissance depuis le début du 20e siècle. Elle est passée de 3,3 à 9 millions.
Le Conseil fédéral et le Parlement devraient prendre des mesures dès que la population dépasse les 9,5 millions. L’UDC veut agir en priorité sur l’immigration.
Quatre-vingts pour cent de l’évolution démographique de ces vingt dernières années est due au solde migratoire positif. Les personnes admises à titre provisoire ne pourraient plus obtenir d’autorisation de séjour ni la nationalité suisse, ni aucun autre droit de rester.
Si ces mesures ne suffisent pas, Berne devrait résilier des traités internationaux, dont celui de libre circulation conclu avec l’UE.
QUI DEFEND L’INITIATIVE?
L’UDC est à l’origine de l’initiative. Elle a le soutien de l’UDF et du MCG ainsi que du mouvement anti-UE Pro Suisse, proche du parti agrarien.
QUELS SONT LES ARGUMENTS POUR?
«L’immigration incontrôlée» est la source de nombreux maux aux yeux des initiants. Crise du logement, embouteillages et trains bondés, hausse de la criminalité et des charges sociales sont autant d’exemples avancés par l’UDC.
La grande majorité de la population suisse ne tire aucun bénéfice de l’immigration, selon elle. La qualité de vie baisse, mais le coût de la vie augmente.
Les auteurs du texte visent en particulier le traité de libre circulation avec l’UE. Un pic démographique a été enregistré en 2008 après l’adoption de cet accord. Environ un tiers des ressortissants étrangers venus s’installer en Suisse ces dernières années viennent d’Etats de l’UE/AELE.
Le parti agrarien entend aussi avec cette initiative corriger une lacune. «On n’en serait pas là si l’initiative contre l’immigration de masse, acceptée en 2014, était mise en œuvre», avait déclaré la conseillère nationale Céline Amaudruz (UDC/GE) devant la presse.
QUI S’OPPOSE A L’INITIATIVE?
Tout le reste de l’échiquier politique est opposé à l’initiative de l’UDC. La Confédération, le Parlement, les syndicats tout comme la grande majorité des faîtières sont également contre.
QUELS SONT LES ARGUMENTS CONTRE?
Le texte ne propose aucune solution aux problèmes de la population, mais en générerait, selon les opposants. La pénurie du personnel s’en retrouverait aggravée.
Sans immigration suffisante, la Suisse pourrait manquer d’environ 460’000 travailleurs jeunes à plein temps d’ici 2035, selon les cantons. Résultat: moins de personnes participeraient au financement de l’AVS, alors que le vieillissement de la population s’aggrave. Les coûts de la santé et des prestations sociales prendraient l’ascenseur.
L’initiative engendrerait en réalité une hausse des demandes d’asile. Les requérants déboutés dans un pays de l’espace Schengen/Dublin pourraient formuler une nouvelle demande en Suisse si le traité sur la libre circulation est dénoncé.
Et les contrôles aux frontières devraient être renforcés, la Suisse n’ayant plus accès aux moyens qu’offrent les accords de Schengen et Dublin pour lutter contre la criminalité et gérer les flux migratoires. Les frontaliers seraient eux plus nombreux, étant donné que seule la population résidante est concernée par le texte.
Le Conseil fédéral craint également que l’initiative ne jette un froid dans les relations avec l’UE alors que la Suisse a arraché un accord l’année dernière, après de longues négociations. Le gouvernement table plutôt sur des mesures ciblées pour répondre aux défis de la croissance démographique.
Il a par exemple restreint l’accès à la propriété pour les étrangers afin de diminuer la pression sur les logements. «Nous devons gérer la croissance, et non mettre en péril la prospérité et la stabilité du pays», avait indiqué le ministre de justice et police Beat Jans.
QUELLES SONT LES CHANCES DE SUCCÈS?
Les prévisions sont très serrées. Les Suisses penchent légèrement en faveur du oui, selon le dernier sondage de 20 Minutes/Tamedia. Cinquante-deux pour cent des personnes interrogées se disent favorable au texte alors que 46% y sont opposées. Le non l’emportait légèrement dans les précédents sondages.