Une solide économie intérieure aux Etats-Unis

Marc Brütsch, Swiss Life Asset Managers

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Toutefois, les statistiques de la production industrielle et du marché du travail d’octobre étaient déformées par la grève chez General Motors.


© Keystone

Cette année, le conflit commercial a éprouvé les marchés, engendré une incertitude record et motivée en partie les trois baisses de taux de la Réserve fédérale. Pourtant, quand les historiens de l’économie reviendront sur les chiffres de la croissance de 2019, ils se demanderont peut-être d’où venait toute cette agitation. En effet, pendant la période de « pessimisme maximum », aux deuxième et troisième trimestres, la croissance est restée extrêmement solide à 2%, et les chiffres du quatrième trimestre dénotent une demande intérieure intacte. Le moral des ménages s’est redressé et l’emploi non agricole de novembre a progressé davantage que l’attendaient les 69 économistes sondés par Bloomberg. Les petites entreprises sont plus optimistes, laissant prévoir une reprise des embauches et des hausses de salaires. La grande déception vient toutefois de l’ISM manufacturier, qui dénote une contraction depuis quatre mois. Les entreprises interrogées citaient encore des risques sensibles pour le commerce international, confirmant notre opinion selon laquelle l’incertitude politique continuera de freiner l’investissement des entreprises malgré un ton plus conciliant ces derniers temps entre les Etats-Unis et la Chine. Toutefois, l’économie américaine devant aborder 2020 plus vigoureusement que prévu, nous relevons notre estimation pour l’année pleine à 1,7%, toujours un peu en-deçà du potentiel.

L’effet de base des prix de l’énergie s’estompant,
l’inflation totale devrait atteindre un pic en janvier-février.

Du fait de prix de l’énergie supérieurs aux attentes, l’inflation totale a surpris à la hausse deux mois de suite. Elle est ainsi montée à 2,1% en novembre, plus près encore de l’indice sous-jacent, stable à 2,3% comme prévu. L’effet de base des prix de l’énergie s’estompant, l’inflation totale devrait atteindre un pic en janvier-février, avant de revenir vers 2,1% courant 2020.

Une année perdue au Royaume-Uni

A l’heure où nous écrivions ces lignes, les Britanniques allaient voter alors qu’une «année perdue» touchait à sa fin. Les chiffres mensuels du PIB reflètent une stagnation de l’économie entre janvier et octobre 2019, plombée par les faiblesses du secteur manufacturier, de la construction et des services financiers, tandis que la plupart des autres services soutenaient la croissance. Certes, le Royaume-Uni a pâti des retombées du litige commercial sino-américain, mais l’essentiel de ses problèmes étaient internes. L’incertitude auto-infligée du Brexit a maintenu les projets d’investissement à leur plus-bas depuis la crise financière selon l’enquête de la Banque d’Angleterre. En temps normal, une telle situation aurait sapé les chances de réélection du gouvernement, mais pas cette fois-ci. D’abord, les ménages vont bien mieux que ne le suggèrent les chiffres du PIB: le marché du travail reste tendu (les entreprises embauchent au lieu d’investir) et les salaires réels progressent au rythme incroyable de 2% par an. Ensuite, les Tories (comme le Labour) ont un projet de relance budgétaire généreux, principal motif du relèvement de nos prévisions de croissance en 2020. Enfin, les électeurs conservateurs espèrent sans doute que le Brexit promis pour fin janvier réveillera les instincts animaux des entreprises. Nous attendons une poussée d’optimisme fugace si le nouveau gouvernement est conservateur, mais l’incertitude devrait refaire surface dès l’amorce des négociations commerciales avec l’UE l’an prochain.

La Banque d’Angleterre est l’une des rares du monde développé à avoir invariablement atteint son objectif d’inflation en 2019. L’inflation, totale et sous-jacente, devrait selon nous rester proche de cet objectif en 2020 comme en 2021. Même si le soutien de la livre s’amenuise après sa forte appréciation de ces derniers mois, la solide croissance des salaires devrait entretenir la hausse des prix sur le marché intérieur.

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