Saison de résultats: la guerre des mondes (réel et virtuel)

Pierre Pincemaille, DNCA

2 minutes de lecture

La diversification s’impose comme un levier clé d’optimisation du rendement/risque.

 

Les craintes d’obsolescence liées à l’IA et le lancement d’une opération militaire au Moyen-Orient ont mis les nerfs des investisseurs à rude épreuve. Dans ce contexte, la saison de résultats trimestriels apparaît plus que jamais indispensable. Elle permet de reconnecter les mouvements thématiques des marchés actions avec la réalité des chiffres microéconomiques et d’identifier des opportunités liées à la dispersion.

États-Unis: une dynamique toujours robuste

Au regard de la corrélation historique entre la croissance des bénéfices et les indicateurs avancés d’activité (le dernier PMI composite américain en date se situe à 51,9), la saison s’est révélée solide aux États-Unis. La croissance des bénéfices par action atteint 14% sur un an au quatrième trimestre.

Dans le détail, environ 75% des sociétés ont publié au-dessus des attentes, en ligne avec l’historique. Fait notable, le consensus n’avait pas été ajusté à la baisse en amont des publications. Comme lors des trimestres précédents, la technologie (+31%) et les financières (+17%) constituent les principaux moteurs de la croissance, tandis que la santé reste stable.

Europe: une croissance plus modeste

En Europe, l’absence d’équivalent aux Mag7 se traduit par une dynamique plus limitée. La croissance des BPA s’établit à 4%, tirée par les financières (+19%) et les utilities (+25%).

À l’inverse, la consommation discrétionnaire et l’énergie reculent fortement (respectivement -27% et -24%), même si la dynamique des majors pétrolières pourrait se retourner avec la hausse des prix du pétrole et du gaz. L’analyse médiane offre toutefois une lecture plus équilibrée, avec un écart de croissance ramené à 400 points de base entre les deux zones (+9% contre +5%).

L’IA apparaît également dans les perspectives d’embauche, mais de manière encore marginale. Moins de 5% des entreprises évoquent des licenciements ou un gel des recrutements.

CapEx: l’ère des investissements massifs

Au-delà des résultats, les dépenses d’investissement s’imposent comme un indicateur clé. Les hyperscalers (Amazon, Google, Meta, Microsoft et Oracle) continuent d’accroître leurs efforts, avec des objectifs d’investissement relevés à 670 milliards de dollars, soit +24% sur un trimestre et +62% par rapport à 2025.

Face à l’ampleur de ces montants et aux incertitudes sur leur rentabilité, seul Oracle a échappé à des prises de bénéfices après publication.

IA: un thème omniprésent, encore peu tangible

Dans le sillage de cette hausse des CapEx, le thème de l’IA s’impose dans les communications des entreprises: 70% des sociétés du S&P 500 l’ont mentionné lors de leurs résultats.

Si 54% évoquent des gains de productivité, seules 10% présentent des cas d’usage concrets, et à peine 1% quantifie un impact sur les bénéfices. Un décalage qui confirme que le phénomène en est encore à ses débuts dans le monde corporate.

Emploi: un impact encore limité

L’IA apparaît également dans les perspectives d’embauche, mais de manière encore marginale. Moins de 5% des entreprises évoquent des licenciements ou un gel des recrutements.

Selon Goldman Sachs, les sociétés mentionnant l’IA réduisent toutefois leurs perspectives d’embauche à 12% en 2025, contre 8% en moyenne. Un ajustement mesuré, loin de certaines annonces plus radicales, comme celle de Jack Dorsey visant à réduire de 40% les effectifs.

Réactions de marché: un changement de régime

Dans ce contexte, la réaction des marchés s’écarte des schémas traditionnels. Les entreprises publiant au-dessus des attentes ne sont plus particulièrement récompensées, tandis que les déceptions sont fortement sanctionnées.

Depuis le début de l’année, une rupture inédite apparaît entre les performances boursières et les révisions des bénéfices. Ce décrochage reflète les interrogations des investisseurs quant à la valeur future de certains modèles économiques face à la révolution technologique en cours.

Géopolitique: un risque de retournement

Avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, les révisions de bénéfices avaient été orientées à la hausse, à +13% en Europe et +16% aux États-Unis.

Mais la hausse des prix du pétrole et du gaz ainsi que celle des coûts de transport pourraient interrompre cette dynamique. L’impact dépendra largement de l’intensité et de la durée du conflit, deux variables encore incertaines.

Diversification et retour des valeurs de qualité

Dans cet environnement incertain, la diversification reste essentielle pour optimiser le couple risque/rendement. Dans ce cadre, le segment «qualité/croissance», notamment les laboratoires pharmaceutiques, pourrait faire l’objet d’un regain d’intérêt après avoir été délaissé depuis fin 2021.

A lire aussi...