Risque systémique ou événements isolés sur le marché du crédit?

Simon Outin & Carl Pappo, Allianz Global Investors

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Pour les 20 plus grandes banques commerciales américaines, les crédits aux institutions financières non bancaires représentent en moyenne 85% des fonds propres de base (CET1).

© Keystone

 

Des événements récents aux États-Unis ont suscité des craintes selon lesquelles les crédits non bancaires pourraient représenter un risque systémique. Tout d'abord, il y a eu les faillites du prêteur subprime automobile Tricolor et du fabricant de pièces automobiles First Brands. Ensuite, il a été rapporté que les banques régionales américaines Western Alliance et Zions avaient subi des pertes en raison de crédits prétendument frauduleux liés à l'immobilier commercial. Compte tenu de la hausse des crédits privés – c’est-à-dire octroyés en dehors du secteur bancaire – ces dernières années, ces événements soulèvent des questions: s'agit-il de simples erreurs isolées dans l'octroi de crédits ou y a-t-il un risque systémique sous-jacent?

Des banques telles que JPMorgan, Fifth Third et Barclays étaient exposées à Tricolor. Cependant, les impacts ont été soit négligeables, soit les coûts semblent maîtrisables. Dans le cas de First Brands, la participation de la banque d'investissement Jefferies a attiré l'attention des médias. À ce jour, les risques qui en découlent pour le profil financier de la banque ne semblent pas significatifs. D'autres banques américaines et non américaines – comme UBS en Suisse et Norinchukin Bank au Japon – sont également exposées à First Brands, mais là encore, les montants semblent limités. Dans l'ensemble, il est donc probable que les établissements financiers concernés par ces faillites seront en mesure d’absorber d’éventuelles pertes.

La situation est similaire pour les banques régionales Zions et Western Alliance. En raison des crédits douteux, Zions a déclaré une perte de crédit de 50 millions de dollars pour le troisième trimestre. Western Alliance, de son côté, a indiqué disposer de garanties suffisantes et n’a enregistré aucune perte. Néanmoins, l’annonce a provoqué une vente massive d’actions de banques régionales. Zions a perdu environ 1 milliard de dollars de capitalisation boursière le lendemain de l’annonce – soit environ 20 fois la perte déclarée.

Cette vente massive d’actions de banques régionales était-elle justifiée? Les acteurs impliqués craignaient probablement que les cas révélés ne soient que la partie émergée de l’iceberg. En réalité, les crédits bancaires accordés à des institutions financières non bancaires constituent l’un des segments à la croissance la plus rapide du système bancaire américain. Au premier trimestre 2025, ils représentaient plus de 10% du total des crédits, soit un risque financé de plus de 1000 milliards de dollars. Ces engagements couvrent divers types d’institutions et de modèles économiques, notamment des prêteurs automobiles, des prêteurs et prestataires de services immobiliers commerciaux, des sociétés de leasing, des compagnies d’assurance, ainsi que des fonds de private equity ou de private debt.

Les récents problèmes posent donc à juste titre la question de savoir si ces crédits restent fiables et suffisamment garantis. Il est toutefois important de replacer l’exposition des banques à ce segment dans son contexte. Pour les 20 plus grandes banques commerciales américaines (en termes de bilan), les crédits aux institutions financières non bancaires représentent en moyenne 85% des fonds propres de base (CET1). Cela n’indique pas un risque systémique. En Europe, cet écosystème est plus petit, moins diversifié et moins développé qu’aux États-Unis. Il n’existe pas de définition réglementaire des institutions financières non bancaires, mais selon une estimation, ce segment représentait à la mi-2024 moins de 5% de l’ensemble des crédits aux entreprises. Là encore, cela ne suggère pas de risque systémique.

En résumé, selon Allianz Global Investors, les récents événements dans le secteur du crédit privé aux États-Unis doivent être considérés comme des incidents isolés, sans impact significatif sur les perspectives des obligations investment grade. Au niveau sectoriel, les valeurs financières restent même les plus convaincantes, car les fondamentaux des banques sont globalement solides. Cela se reflète dans une qualité d’actifs stable, une forte capitalisation et une rentabilité élevée, qui se traduisent par des résultats bénéficiaires soutenus. Depuis la grande crise financière de 2007/08, les ratios Tier 1 des banques européennes ont plus que triplé, passant d’environ 5% à plus de 15%. Cela témoigne d’une plus grande solidité financière et d’une capacité accrue à absorber les pertes. La tendance est similaire aux États-Unis. L’analyse de l’exposition des banques aux institutions financières non bancaires ne modifie donc pas l’évaluation du secteur financier.

Concernant les autres secteurs, nous ne voyons pas non plus de transmission directe de l’événement First Brands. Les entreprises industrielles non cycliques semblent particulièrement intéressantes. En revanche, la prudence reste de mise pour les biens de consommation cycliques, compte tenu des risques de croissance persistants et de la perspective de coûts d’emprunt plus élevés. De manière générale, le secteur des biens de consommation apparaît quelque peu vulnérable aux pressions tarifaires en raison de sa dépendance aux chaînes d’approvisionnement mondiales.

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