L’Europe a été la première à mettre en place un cadre complet avec le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets). En vigueur depuis le 30 juin 2024 pour les stablecoins et depuis le 30 décembre 2024 pour les prestataires de services (CASPs), il crée une catégorie réglementaire spécifique, impose des exigences strictes de licence, dans le but de protéger les investisseurs et de renforcer la lutte contre les activités illégales.
De l’ère Biden/Gensler à celle de Trump
Aux Etats-Unis, le changement de cap a été net. Sous l’administration Biden, la SEC a multiplié les actions coercitives pour un total record de 8,2 milliards de dollars de sanctions financières sur l’exercice 2024.
Trump a quant à lui résolument choisi une ligne pro-business. Le GENIUS Act, signé le 18 juillet 2025, établit un régime spécifique pour les stablecoins : définition des «payment stablecoins», obligation de réserves liquides et d’audits, interdiction des modèles algorithmiques et encadrement strict de la rémunération des détenteurs. Ce texte intervient dans un contexte où le marché mondial des stablecoins a franchi 250 milliards de dollars à la mi-année et dépasse désormais 290 à 305 milliards de dollars fin septembre, dominé à plus de 80% par le duo USDT (Tether) et USDC (Circle).
Le CLARITY Act, présenté comme le complément naturel du GENIUS Act, cherche à clarifier la distinction entre actifs décentralisés et valeurs mobilières. Son adoption législative progresse mais n’est pas finalisée à l’automne 2025. Il entend réduire la dépendance au test de Howey hérité des années 1930, et qui ne correspond plus à la structure des actifs basés sur une blockchain, notamment ceux de la finance décentralisée.
Les banques et l'avenir des stablecoins étatiques ou privés
La BCE poursuit son projet d’euro numérique, désormais repoussé à 2029 et des budgets de plusieurs centaines de millions d’euros déjà engagés pour les phases pilotes. A l’inverse, la Chambre des représentants a adopté l’«Anti-CBDC Surveillance State Act», qui interdit explicitement toute émission d’un dollar numérique fédéral, au nom de la défense de la vie privée et de la liberté des citoyens. Les Etats-Unis devront donc s’appuyer sur les initiatives privées existantes dans ce domaine.
Les deux approches ont cependant un point commun : elles interdisent la rémunération sur les stablecoins et visent à protéger le secteur bancaire classique contre une migration des dépôts. Ceci réduit l’attractivité des produits de finance décentralisée dont la valeur totale verrouillée oscille actuellement autour de 150 milliards de dollars. De nouvelles formes de rendement, notamment le staking sur Ethereum, compensent partiellement cette contrainte.
Le contexte mondial: une compétition réglementaire
La dynamique réglementaire n’est pas limitée à l’Occident : Hong Kong et Singapour ont agréé plusieurs dizaines d’opérateurs, Dubaï revendique un taux d’adoption crypto estimé à un quart de la population et Londres, dans l’ère post-Brexit, tente une voie médiane. Cette concurrence entre hubs accélère les flux de capitaux vers l’Asie et le Moyen-Orient.
Pour les investisseurs, ces évolutions marquent une maturité nouvelle. Les ETF spot Bitcoin, approuvés dès janvier 2024, ont attiré des dizaines de milliards de dollars, en premier lieu vers Blackrock. Une quinzaine de nouveaux ETF sur des actifs plus mineurs sont en attente d’approbation par la SEC.
L’Europe et les Etats-Unis convergent donc sur la nécessité de protéger les investisseurs, de limiter les risques systémiques et d’encadrer les stablecoins. Mais leurs approches diffèrent: l’UE privilégie une centralisation stricte et une catégorie réglementaire spécifique, tandis que les Etats-Unis favorisent une vision plus fragmentée mais plus souple, où l’innovation reste un principe directeur. Ce sont désormais les investisseurs et les capitaux qui trancheront, en orientant leurs flux vers les juridictions jugées les plus attractives.