La législation budgétaire de l’administration Trump ne modifie pas les prévisions de baisse des rendements des bons du Trésor américain à 10 ans. Alors qu’un rebond du dollar est possible à court terme, les inquiétudes budgétaires devraient peser sur la monnaie.
Le budget américain devrait augmenter le déficit du pays de USD 4’000 milliards sur une décennie, sans pour autant stimuler ses perspectives de croissance. Une détérioration de la trajectoire budgétaire d’une économie se traduit souvent par une hausse de la prime exigée par les investisseurs pour détenir de la dette de long terme. En effet, les taux d'intérêt reflètent l'évolution des taux courts, auxquels s'ajoute une prime qui compense la détention d’obligations à échéances plus longues.
Les investisseurs se focalisent sur les conséquences à long terme du budget et sa capacité à alimenter l'inflation et à creuser le déficit, malgré une certaine hausse des recettes douanières. Ces facteurs ont limité la confiance dans le dollar américain. Même si la devise paraît survendue, son potentiel d’appréciation reste modeste. Dans la mesure où le plan budgétaire creusera le déficit sans améliorer les perspectives de croissance, le dollar devrait continuer à évoluer autour de sa juste valeur de 1,15-1,20 pour l'EUR/USD.
Le déficit américain n’inquiète pas les marchés boursiers, à moins d’une résurgence de l’inflation, laquelle empêcherait alors la Réserve fédérale de procéder aux baisses de taux directeurs. Ce n'est pas notre scénario de base. Nous anticipons un retour des taux directeurs vers un niveau neutre, qui ne stimule ni freine la croissance.
À première vue, la faiblesse du dollar constitue un facteur favorable à la liquidité mondiale, en assouplissant les conditions financières et en soutenant les actifs risqués, en particulier les actions émergentes, et peut donc s’avérer porteuse pour les marchés boursiers. Un dollar plus faible permet aussi de réduire le coût du capital pour les multinationales tout en augmentant les revenus étrangers des entreprises américaines.
Les devises émergentes ont déjà tiré parti du changement de sentiment et du recul du coût du capital. Avec l'affaiblissement du dollar et l'amélioration de l'appétit pour le risque à l'échelle mondiale, les capitaux ont reflué vers les actifs émergents qui affichent des rendements plus élevés. Cette rotation traduit à la fois la quête de rendement des investisseurs et leur réévaluation de la valeur relative des actifs.
Il sera essentiel de surveiller la dynamique budgétaire, l’inflation, la politique de la Fed (toute atteinte à son indépendance et visant son président comporterait des conséquences négatives pour le dollar et pourrait entraîner une hausse des taux américains), et les flux de capitaux mondiaux dans les semaines à venir.