Le choc pétrolier met les marchés à l’épreuve

Geoffroy Brochard, Raiffeisen Suisse

2 minutes de lecture

La hausse du pétrole remet en lumière les risques inflationnistes et interroge la solidité des marchés.

 

Le retour d’un choc que l’on croyait oublié

De 60 à 110 dollars en l’espace de deux mois: la hausse du prix du pétrole marque un retour brutal du risque énergétique. En cause, la fermeture du détroit d’Ormuz par lequel transite une part essentielle de l’offre mondiale. Ce choc d’offre intervient dans un contexte déjà incertain et ravive des dynamiques que l’on pensait appartenir au passé. Au-delà de son impact immédiat, la hausse des prix de l’énergie agit comme un véritable amplificateur des tensions géopolitiques. En effet, elle renchérit les coûts de transport, pèse sur les marges des entreprises et se diffuse progressivement à l’ensemble de l’économie. L’effet inflationniste est bien connu, car une hausse du pétrole se transmet rapidement aux prix à la consommation, de manière directe ou indirecte.

Un cocktail défavorable pour l’économie

Ce choc énergétique ne se limite pas à une poussée inflationniste. Effectivement, il intervient à un moment délicat du cycle et s’accompagne d’un durcissement des conditions financières. Les taux d’intérêt ont déjà entamé un mouvement de remontée, reflétant des anticipations d’inflation plus élevées. Cette combinaison, entre hausse des prix et ralentissement de la dynamique économique, correspond à un scénario redouté: la stagflation. Ce type d’environnement est particulièrement délicat pour les banques centrales, prises entre la nécessité de contenir l’inflation et le risque de freiner davantage la croissance. Les économies dépendantes des importations d’énergie, notamment en Europe ou en Asie, y sont particulièrement exposées. Dans ce contexte, la reprise industrielle encore fragile pourrait rapidement être remise en question.

L’ampleur encore limitée de la correction invite à la prudence.

Des marchés qui restent mesurés

Malgré ce tableau, les marchés financiers restent globalement mesurés. La correction observée depuis le début du conflit demeure limitée, ce qui suggère que les investisseuses et les investisseurs privilégient, pour le moment, un scénario de normalisation progressive. Cette lecture repose notamment sur l’idée que le choc restera temporaire et que ses effets économiques pourront être absorbés sans rupture majeure. Ce positionnement n’est pas inédit: les marchés ont, dans le passé, eu tendance à absorber les chocs géopolitiques tant que leurs effets économiques ne se matérialisent pas pleinement. Cependant, l’histoire montre également que les chocs pétroliers peuvent entraîner des ajustements plus marqués lorsque leurs conséquences s’installent dans la durée. Même en cas d’apaisement rapide, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les dommages aux infrastructures énergétiques pourraient prolonger les effets du choc bien au-delà de l’évènement initial.

Garder le cap dans un environnement incertain

La tentation de profiter des replis de marché peut sembler attractive. Toutefois, l’ampleur encore limitée de la correction invite à la prudence. Les marchés n’ont peut-être pas encore pleinement intégré les conséquences d’un choc énergétique prolongé. Dans cet environnement, la gestion du risque redevient centrale. Il ne s’agit effectivement pas d’anticiper précisément l’évolution du conflit mais plutôt de s’assurer que les portefeuilles restent robustes face à différents scénarios. A court terme, un positionnement plus défensif peut se justifier, mais au-delà des ajustements tactiques, le message reste inchangé: la volatilité fait partie intégrante des marchés et ne doit pas remettre en cause une stratégie de placement construite sur le long terme. Face au retour des chocs d’offre et des incertitudes géopolitiques, la discipline, la diversification et la patience restent les meilleurs repères pour les investisseuses et les investisseurs.

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