L’investissement «value» a gagné du terrain ces cinq dernières années en Europe. Cette évolution pourrait s’accélérer, portée par la transition énergétique. En effet, les entreprises sous-évaluées en bourse qui sont capables de se repositionner pour s’adapter à une économie bas carbone pourraient se constituer des avantages compétitifs importants. Par conséquent, elles pourraient améliorer leurs résultats et voir leurs valorisations progresser.
Une transition à géographie variable
La transition énergétique est bien engagée, même si sa vitesse varie selon les régions. Dans l’UE, elle se déploie dans le cadre du «Clean Industrial Deal» (pacte pour une industrie propre) lancé le 26 février 2025 qui vise à stimuler la demande de produits propres fabriqués dans l’UE. Elle est également soutenue par d’autres initiatives comme le nouvel encadrement des aides d’Etat (dont le but est d’accélérer les autorisations de mesures d’aides en faveur du déploiement des énergies renouvelables, en particulier dans les industries à forte intensité énergétique) ou comme le renforcement du CBAM (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières) ainsi que par le système européen de plafonnement et d’échange de quotas d’émission 2 (SEQE-UE 2).
Certains signaux positifs demeurent, comme par exemple les initiatives en faveur du climat prises par des Etats américains tels que la Californie.
Aux Etats-Unis, en dépit de l’instabilité politique, la transition se poursuit, soutenue à la fois par les républicains et les démocrates. Et certains signaux positifs demeurent, comme par exemple les initiatives en faveur du climat prises par des Etats américains tels que la Californie.
La Chine continue, elle aussi, d’investir dans la transition énergétique. En 2024, ses dépenses dans le renouvelable (énergie, stockage, nucléaire, véhicules électriques, hydrogène) se sont élevées à environ 818 milliards de dollars, un montant qui correspond à près de 40% des investissements dans la transition énergétique au niveau mondial. En outre, pour la première fois de son histoire, ses importations de pétrole brut ont reculé, tandis que le secteur des énergies renouvelables contribuait à hauteur de 10% à son PIB.
La valeur du bas carbone
Même si les grandes puissances favorisent la transition énergétique, les objectifs climatiques ne pourront être atteints qu’avec un engagement conséquent du secteur privé. Du point de vue de l’investisseur, il s’agit d’une opportunité. En Europe par exemple, les industries à forte intensité énergétique constituent une part importante des indices «value». Par conséquent, si elles parviennent à se repositionner de manière à s’adapter à la transition énergétique, leurs valorisations pourraient fortement augmenter.
Cependant, pour être réussi, ce repositionnement doit être envisagé dans sa globalité. Il s’agit de prendre en compte non seulement l’impact environnemental des solutions choisies, mais aussi leur fiabilité et leur accessibilité. Cela signifie que l’investisseur doit impérativement procéder à une analyse fondamentale des stratégies de transition des entreprises dans lesquelles il est susceptible de prendre des participations. Il devra examiner en quoi la réglementation facilite ou entrave leurs plans de décarbonation, voir si la demande pour les produits verts est réelle (en comparaison de celle pour les produits haut carbone), vérifier que les technologies envisagées sont abordables et faciles à mettre en œuvre (ou contraire, exigent de nouveaux développements). Pour chaque entreprise, il est nécessaire d’arriver à mesurer l’impact de la décarbonation sur son chiffre d’affaires et ses bénéfices ainsi que d’évaluer le montant des investissements nécessaires pour effectuer cette transition et ses conséquences pour la trésorerie de l’entreprise.
Du rôle des investisseurs
En apportant leurs capitaux et en s’engageant aux côtés des entreprises à forte intensité énergétique pour fixer des objectifs et élaborer des plans ambitieux en matière de décarbonation, les investisseurs ont le pouvoir de faciliter la transition énergétique. Cela dit, il convient de veiller à ce que les objectifs et les engagements se traduisent effectivement dans des données et des indicateurs quantifiables qui permettent d’évaluer la crédibilité et la viabilité des stratégies de transition. Les rémunérations des cadres devront être alignées avec les objectifs climatiques, tout comme l’allocation des capitaux. Dans le même ordre d’idée, une comptabilité intégrée devra permettre d’identifier les principaux paramètres et hypothèses, tant pour les actifs existants que pour les nouvelles technologies et développements.
Bien que la transition soit en cours, nul ne sait encore exactement comment elle va effectivement se dérouler. Du fait que toutes les entreprises de tous les secteurs sont directement ou indirectement touchées par ce phénomène, il doit être pris en compte dans chaque décision d’investissement et il faut en évaluer les risques et, si nécessaire, recourir au vote.
Pour conclure, il est important de garder à l’esprit que la décarbonisation des industries à haute intensité énergétique ne peut réussir si elle crée de la valeur pour les actionnaires. C’est à cette condition que les investisseurs pourront effectivement encourager la transition énergétique.