La Bourse de Shanghaï boude le 100e anniversaire du PCC

Thomas Planell, DNCA Invest

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La publication cette semaine d’un PMI manufacturier nettement sous les attentes a fait basculer la performance de la bourse en territoire négatif.


©Keystone

Entre 1980 et 2019 en Chine, 770 millions de personnes ont franchi le seuil de pauvreté. En joignant ses mains, cette farandole de vivants et de morts libérés de la misère pourrait ceindre vingt fois la Terre au niveau de l'équateur! Au matin du deuxième siècle de son histoire, le Parti Communiste chinois, fort de 90 millions de membres peut contempler quarante ans de succès économique. La richesse créée est colossale: durant cet âge d'or, le PIB par habitant a été multiplié par soixante. 

Aussi fort qu'Atlas portant le globe, le titan chinois détermine la course économique et astronomique du monde. Herculéen, le réservoir du barrage des Trois Gorges est tel qu'il ralentit de 0,06 microseconde la durée de rotation de la Terre. 

Le mouvement de libéralisation tant attendu par l'ouest n'est pas arrivé.

Cependant, malgré l'essor économique du pays, le Parti ne desserre pas l'étau de son emprise sur les organes économiques et financiers de l'Empire du milieu. Le mouvement de libéralisation tant attendu par l'ouest n'est pas arrivé. Après son industrialisation, les deux grandes phases de modernisation du pays (financiarisation puis digitalisation) ont été exécutées sous le contrôle manifeste de l'Etat. Gare aux entrepreneurs influents comme Jack Ma qui osent tenter d’échapper à son joug! 

En contrecarrant l'expansion dans le domaine bancaire du fondateur d'Alibaba ou foudroyant les cryptomonnaies, le Parti a récemment rappelé qu'il contrôle toujours les fonctions financières du pays. Outre le maintien de la primauté de la devise officielle et de sa version digitale, l’e-yuan, le blâme des monnaies alternatives vise à éviter une nouvelle forme de «shadow banking» décentralisé. En effet, la multiplication des opérations de prêt-emprunt en cryptomonnaies au travers de comptes dits d'épargne ou de rendement rend incontrôlables, car anonymes, la demande et l'offre de crédit.

Enfin, l'Etat chinois n'hésite pas à utiliser ses réserves nationales ou à limiter les volumes de négociations pour punir la spéculation sur les matières premières et contenir l’inflation. Une telle mesure est d’ailleurs intervenue quelques jours après l’annonce le 21 mai des restrictions pesant sur l’extraction et la négociation des tokens. Portées par un retour des flux sur les actifs plus traditionnels, les actions chinoises ont alors enregistré leur meilleure séance depuis février. L’enthousiasme fût cependant de courte durée. 

L’Europe continue de s’arroger le monopole de l’optimisme.

Conscients du ralentissement de la reprise économique, les marchés actions boudent la passion populaire exaltée par la cérémonie d’anniversaire du Parti. Le pic aurait été atteint en fin d’année 2020 tant du côté de la croissance du crédit au secteur privé que du côté des profits des entreprises tandis que les champions de l’internet pâtissent des mesures anti-trust. La publication cette semaine d’un indice PMI manufacturier nettement sous les attentes a d’ailleurs fait basculer la performance de la bourse chinoise en territoire négatif.

Au contraire, l’Europe continue de s’arroger le monopole de l’optimisme. La confiance des consommateurs progresse significativement depuis cinq mois et s’établit à son niveau le plus élevé en vingt ans, portée par la baisse des contaminations, la levée des restrictions et la reprise des affaires. Convaincus que l’essentiel de la reprise domestique est encore devant nous, les investisseurs privilégient le vieux continent. Le Stoxx Europe 600 a ainsi livré sa meilleure performance semestrielle depuis 1998 tandis que les banques (+30%) bouclent une première moitié d’année à contrepied de leur tendance historique. Il faut à présent espérer que le variant delta et la persévérance à la hausse de certaines matières premières (pétrole, céréales, viande) ne viennent pas faire ombrage au scénario probable quoique fragile de poursuite de la reprise au second semestre.

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