Japon: une nouvelle ère commence

Pierre Mermod, BCV

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Après dix jours de fermeture, le marché japonais rouvre demain. Une nouvelle période s’ouvre-t-elle également pour le Nikkei?

Dans la nuit du lundi 6 au mardi 7 mai, à 2h00 heures du matin en Suisse, la bourse de Tokyo va enregistrer les premières cotations de l’ère Reiwa. Au Japon, le décompte des années commence et finit avec chaque règne impérial. L’ère Heisei (accomplissement de la paix) a débuté le 8 janvier 1989 lorsque l’empereur Akihito a succédé à son défunt père, Hirohito, le dernier arahitogami (divinité à apparence humaine). L’ère Reiwa (belle harmonie) a, elle, débuté le 1er mai 2019 avec Naruhito, 126e empereur issu de la lignée Yamato. Une nouvelle ère pour les marchés également?

L’ère Heisei

Naruhito monte sur le trône dans un environnement tout autre de celui de son père. Une différence qui ne peut se résumer aux quelque 10’000 points qui séparent l’indice Nikkei de 1989 et de 2019. L’empereur Akihito est en effet monté sur le trône du chrysanthème en pleine période d’euphorie. Une bulle des actifs financiers nippons sans précédent portait l’indice Nikkei 225 à des niveaux stratosphériques. Le 8 janvier 1989, la nouvelle ère débutait avec un indice à 30’209,54 points. Il allait même finir l’année 1989 sur un niveau record de 38’957,44 points. La suite allait être plus pénible.

Une incroyable instabilité politique et la catastrophe
de Fukushima en 2011 ne permettaient pas d’être optimiste.
La fin des années glorieuses

L’éclatement de la bulle spéculative a touché très fortement le pays. En deux ans, les actions japonaises perdaient plus de 60% de leur valeur. Puis, une succession de catastrophes naturelles – tremblement de terre de Kobe en 1995 –, de troubles sociaux – attaques au gaz sarin dans le métro de Tokyo quelques mois plus tard –, de crises financières – faillite de Yamaichi Securities en 1997 et sauvetage par l’État de plusieurs banques –, sans oublier la crise financière mondiale, menaient le Nikkei 225 à 6’994,90 points le 20 octobre 2008. Un recul de plus de 80% depuis les plus hauts. Une incroyable instabilité politique, 14 premiers ministres différents en vingt ans, et la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011 ne permettaient pas d’être optimiste.  

Le redressement

Un vent de fraîcheur a soufflé fin 2012 avec l’accession de Shinzo Abe au poste de premier ministre. Sa politique des trois flèches, soit une politique monétaire agressive, une politique fiscale flexible et une stratégie de croissance, conjuguée avec une collaboration totale de la Banque du Japon, allait porter ses fruits. L’amélioration de la gouvernance d’entreprise soutenait également le marché des actions. L’indice Nikkei 225 finit l’ère Heisei à 22’258,73 points. Cela représente un triplement de l’indice depuis ses plus bas de 2008, mais aussi un recul 26% sur une période impériale de 30 ans.  

L’ère Reiwa

Si, sur le plan économique, l’ère Heisei a été marquée par une longue stagnation économique, qu’en sera-t-il de l’ère Reiwa? Parmi les nombreux challenges qui marquent le début de la nouvelle ère figure l’important défi démographique. La population japonaise est en recul, ce qui va peser sur le potentiel de croissance du pays, alors que l’allongement de l’espérance de vie provoque un déséquilibre dans la pyramide des âges. Le coût de prise en charge des personnes âgées pèsera sur le budget d’un pays déjà fortement endetté et sur celui d’une jeune génération aux rangs trop clairsemés. 

Perspectives favorables pour des investisseurs
en quête de poche de croissance et de rendement au dividende élevé.

Avec quelles conséquences pour la Bourse japonaise? Les investisseurs ne doivent pas oublier qu’en se positionnant sur le marché nippon, ils n’achètent pas la croissance future du Japon, mais la croissance future des bénéfices des entreprises japonaises. Or, ces dernières ont des bilans très solides, dont un montant record de liquidités. Elles bénéficient en outre d’une présence mondiale et des opportunités de croissance dans des secteurs de pointe tels que la robotique et les véhicules propres et autonomes. Si les perspectives de progression des bénéfices ont été revues à la baisse entre fin 2018 et début 2019 dans le sillage du ralentissement de l’activité mondiale, ces derniers demeurent à des niveaux élevés. Et, cerise sur le gâteau, les actions japonaises sont favorablement valorisées tant face à leur propre historique que vis-à-vis des autres bourses mondiales. Elles offrent par ailleurs un retour à l’actionnaire en hausse. Les investisseurs peuvent ainsi trouver sur le marché japonais des poches de croissance et un rendement au dividende élevé. Pour le Nikkei, l’ère Reiwa s’ouvre ainsi dans une atmosphère empreinte d’un certain optimisme.