Gérants indépendants: le besoin de s’unir

François Meylan, Meylan Finance

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C’est, en premier lieu, dans la forme juridique que le gérant de fortune indépendant devra s’adapter. 

C’est un fait. L’exercice boursier 2018 n’est pas de même augure que le précédent. Ne serait-ce que par la difficile lecture de ses agrégats. Si une année boursière ascendante permet de naviguer à marée haute et de ne pas voir ce qui devrait l’être - c’est quand tout va bien que l’on gagnerait à revisiter l’organisation -, à marée basse c’est le contraire. Cette année, ni les marchés ni les politiques ne nous inspirent la moindre euphorie mais les lourds vents contraires s’accentuent.

Après l’entrée en vigueur des normes européennes MiFID II et les nouveaux coûts substantiels qui en découlent, il faudra appréhender 2020 et l’entrée en force des dispositions légales suisses de LSFin et de LEFin.

 La raison individuelle ne sera plus admise.

En premier lieu, c’est dans la forme juridique que le gérant de fortune indépendant (GFI) devra s’adapter. La raison individuelle (RI) ne sera plus admise. Le nombre d’interlocuteurs minimum dans la structure GFI de demain sera de quatre personnes, soit un responsable, son remplaçant, un préposé à la gestion des risques et un chargé de la compliance. Autant dire une révolution de plus. Ce ne sera pas un séisme pour autant. Le GFI est, par essence même, flexible et réactif à temps. De plus, sa proximité privilégiée avec le client final fait de lui un véritable entrepreneur. 

Les regroupements sous formes d’adhésion à une plateforme, d’association ou de fusion/acquisition sont dans l’air du temps. Une évolution qui stimule la création de véritables PME. L’entité GFI devient plus efficiente tant pour ses collaborateurs que pour le client final. La consolidation de l’édifice se fera par la base, avec une somme de connaissances éprouvées dans l’opérationnel, l’optimisation des coûts servant de catalyseur.

Une alternative attractive est l’alliance de complémentarités, dans un univers de valeurs partagées. Sous la forme d’associations, les GFI peuvent s’unir en terme de coûts de compliance, d’infrastructure informatique, de consulting et encore de tarification avec les partenaires du secteur comme de la régulation. Si ce type de plateforme offre différents services incontournables, ses inconvénients sont principalement son coût et l’absence de culture d’entreprise. Laisser à la plateforme quelques 40 à 50% des revenus est considéré par l’ensemble de la branche comme confiscatoire. 

Nous avons en Suisse romande l'exemple d’Access,
premier Club de Gérants de Fortune Indépendants.

Une autre voie est celle de l’association de gérants en vue de mutualiser les coûts. Nous avons un exemple en Suisse romande, celui d’Access1, premier Club de Gérants de Fortune Indépendants. Moyennant une cotisation annuelle de 250 francs et une contribution intellectuelle ponctuelle, ce regroupement de GFI pour des GFI, comme il se caractérise, présente de multiples avantages. Notamment, des brainstormings réguliers et une masse critique permettant de négocier jusqu’aux coûts imputés par les Organismes d’auto régulation (OAR). Le tout en conservant son ADN et son indépendance. C’est l’optimum. 

Quant aux fusions et acquisitions entre gérants de fortune indépendants, les freins sont principalement d’ordre émotionnel : la peur de perdre son indépendance et son ADN prime sur d’autres considérations plus rationnelles. Le processus de rapprochement reposera, comme pour un couple, sur ce qui unit et non sur ce qui éloigne. Avoir une vision du monde commune est fondamental. Définir les concordances entre valeurs et méthodes de travail, identifier les similitudes, reconnaitre les forces et faiblesse de chacun, regarder les choses telles qu’elles sont et non comme on voudrait qu’elles soient : ainsi peut-on résumer les postulats d’un rapprochement. Sans oublier que le temps n’arrangera rien si, dès le départ, l’alliance repose sur des frustrations. C’est ici la méthode des petits pas qui est préconisée car il faut déterminer ce que chacun est prêt à concéder pour parvenir à une entente gagnante. Au final, les « mariages » les plus solides dans le temps comme dans l’espace sont ceux dans lesquels chaque GFI trouve pleinement son compte. En gardant à l’esprit que les questions d’estime de soi que l’on évoque pourtant si peu demeurent la clé de voûte.

Ceci finalement pour la pleine satisfaction des clients.