La variation quotidienne moyenne, à la hausse ou à la baisse, de l’indice phare de la bourse sud-coréenne, le Kospi, depuis le début du mois de juillet atteint 4,1%. A titre de comparaison, la variation quotidienne absolue d’un indice d’actions mondiales sur longue période est en moyenne d’environ 0,6%* . Cette instabilité de l’indice coréen est due en grande partie à l’extrême volatilité de ses deux poids lourds des semi-conducteurs, SK Hynix et Samsung Electronics. Derrière ces mouvements erratiques, non pas une révolution fondamentale – bien que des doutes apparaissent sur la demande future de semi-conducteurs – mais l’utilisation devenue incontrôlée des ETF à levier. Si ces produits ne sont pas nouveaux à l’échelle mondiale, ils ont pris récemment une dimension toute particulière en Corée du Sud.
Notons d’abord qu’il s’agit pour l’essentiel d’ETF (ou d’ETN) basés sur une action unique, et non sur un indice diversifié, avec un levier de 2 à la hausse ou à la baisse (maximum autorisé en Corée du Sud), autrement dit réalisant 2 fois la variation journalière de l’action sous-jacente. Ces instruments ont été autorisés en Corée du Sud depuis une réforme entrée en vigueur le 28 avril 2026 et ont commencé à être cotés à partir du 27 mai. Seuls titres satisfaisant simultanément les critères de capitalisation, de liquidité et de profondeur du marché dérivé, Samsung Electronics et SK Hynix constituent les seuls sous-jacents éligibles pour ces instruments, dont le succès a très largement dépassé les attentes des autorités coréennes. La réforme initiale autorisant ces produits répondait en effet surtout à un objectif de compétitivité, les investisseurs coréens pouvant déjà acheter des produits étrangers à levier sur action unique, tandis que la réglementation coréenne exigeait jusque-là un sous-jacent composé d’au moins 10 valeurs et un poids maximum de 30% par titre.
Mais cette dérèglementation est intervenue à un moment où, portée par l’appétit insatiable des investisseurs mondiaux pour les semi-conducteurs, la spéculation sur le marché coréen battait déjà son plein et les volumes se sont envolés. Avec des encours multipliés par 2,7 entre fin mai et mi-juillet (et même par quasiment 4 au pic du marché coréen fin juin), ces ETF à levier sont allés jusqu’à concentrer près de 40% des volumes négociés sur l’ensemble des ETF coréens. Une frénésie qui a largement amplifié les mouvements de marché. L’indice de volatilité implicite de l’indice Kospi 200 a ainsi dépassé les 90 fin juin, en parallèle d’un marché encore en hausse, un niveau qu’il n’avait jamais atteint même au pic de la crise de 2008 et de la pandémie de 2020. Face à cette volatilité extrême et alors que SK Hynix et Samsung Electronics affichent de fortes baisses depuis fin juin, induisant des pertes latentes cumulées sur les ETF à levier qui atteindraient près de 2700 milliards de wons (1,6 milliard d’euros), les autorités coréennes ont décidé de siffler la fin de la récré.
Le 16 juillet dernier, une série de mesures a été annoncée, dans l’optique de contraindre sensiblement l’utilisation de ces instruments. D’une part, les autorités visent à augmenter significativement la taille du ticket minimal, afin de réduire les transactions de faibles montants à haute fréquence, avec un triplement du dépôt minimal exigé – et dorénavant constitué uniquement de liquidités – et le passage à une quotité de 20 parts (contre 1 auparavant). D’autre part, elles ont annoncé une suspension temporaire de toute nouvelle cotation d’instrument et une interdiction immédiate de la publicité sur ces produits.
Ces mesures devraient permettre une accalmie de la frénésie qui s’était emparée du marché coréen ces dernières semaines, même si elles ne mettront pas fin à l’engouement spéculatif autour de Samsung Electronics et de SK Hynix, qui avait débuté bien avant l’autorisation de ces instruments. Cet épisode est surtout un cas d’école pour les investisseurs. Il rappelle que même si les fondamentaux restent très solides – ce qui est le cas pour les leaders coréens des semi-conducteurs – la structure des marchés peut être lourdement affectée par l’utilisation excessive du levier, la spéculation frénétique et la volatilité incontrôlée. Un avertissement à peu de frais à ce stade mais qui invite à se rappeler les leçons du passé. En particulier, celles des périodes ayant connu des révolutions technologiques majeures à l’échelle de l’humanité.
Rédaction achevée le 17.07.2026
* Variation quotidienne moyenne, en valeur absolue, du MSCI World depuis le 31/12/1990.