Faire le bien et gagner de l'argent

Philippe G. Müller, UBS

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L'investissement durable n'est pas moins performant que les autres. Il peut carrément dépasser les rendements issus des investissements traditionnels.

Les idées reçues ont souvent la vie dure. Néanmoins, la croyance qui voudrait que les investisseurs doivent choisir entre faire le bien et gagner de l'argent est battue en brèche par des éléments tangibles: l'investissement durable n'est pas moins performant que les autres. 

Des étude universitaires et l'historique de performance des indices de référence montrent que l'investissement durable égale ou dépasse les rendements obtenus par le biais des approches d'investissement traditionnelles.

Une étude menée récemment par Gunnar Friede, Timo Busch et Alexander Bassen a compilé les résultats de 2200 études universitaires qui analysaient les relations entre la performance financière des entreprises et les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Dans plus de 90% des cas, il s'est avéré que les facteurs ESG avaient un impact positif ou neutre sur les rendements financiers.

Depuis 1990, l'indice MSCI KLD 400 Social, qui inclut des entreprises créditées de notes ESG élevées et exclut celles impliquées dans des activités telles que l'alcool et les armes à feu, a surperformé le S&P 500 avec un rendement annualisé de 10,7%, contre 10,3%.

Les investisseurs fortunés
sont motivés par les valeurs du développement durable.

Un sondage tout juste réalisé par UBS montre que les investisseurs fortunés sont motivés par les valeurs du développement durable. Dans le cadre de l’étude UBS Investor Watch, plus de 5’300 investisseurs localisés dans dix pays ont été interrogés sur l'investissement durable. 

65% de tous les interviewés estiment qu'il est important d'œuvrer à un monde meilleur, 81% s'efforcent donc de consommer en accord avec leurs valeurs personnelles et 69% indiquent être prêts à payer plus pour obtenir des produits d'entreprises aux pratiques durables. Néanmoins, ces choix ne se traduisent pas toujours dans les décisions d'investissement. Seuls 39% déclarent détenir des placements durables dans leur portefeuille.

Deux facteurs permettent d'expliquer cette disparité:

1) Confusion autour de la terminologie 

L’enquête d’UBS a mis en évidence le fait que si certains investisseurs comprennent les concepts ESG, la confusion autour des approches d'investissement durable et même autour de leur impact est fréquente. Par exemple, les investisseurs ne font guère de distinction entre les trois approches principales des placements ESG: «exclusion», «intégration» et «investissement d'impact». Lorsque les investisseurs ne sont pas «certains de ce qu'ils achètent», ils sont réticents à s'engager.

La sensibilisation peut les aider à surmonter cette réticence. Les résultats de l'enquête Investor Watch montrent qu'une meilleure sensibilisation aboutit souvent à une adoption plus large. Les investisseurs durables indiquent avoir été influencés par diverses sources, notamment par les conseillers professionnels, par leurs proches et par les médias. Neuf sur dix affirment qu'un conseiller financier a influé sur leur décision d'investir durablement. 

2) Un manque relatif d'opportunités avec un historique de performance établi 

Pas plus tard qu'en 2015, près de 40% des fonds d'impact recensés dans la base de données ImpactBase ne disposaient d'aucun historique de performance digne de ce nom. La confusion autour des motivations accentue le problème. L'impact peut être subjectif et les investisseurs redoutent souvent que les fonds ne se revendiquent «durables» ou «d'impact» qu’à des fins commerciales («écoblanchiment» ou «marketing responsable»).

Une définition plus précise de l'impact
devrait améliorer la compréhension et attirer les capitaux.

Néanmoins, le marché est en cours de maturation et le stock d'investissements compatibles grandit. Les fonds traditionnels font leur entrée dans le segment aux côtés des spécialistes au positionnement de niche en réponse à l'accroissement de la demande des investisseurs. 

Une définition plus précise de l'impact devrait améliorer la compréhension et attirer les capitaux. A cet effet, UBS a noué en 2017 un partenariat avec l'Impact Management Project pour dégager un consensus au sein des professionnels du secteur autour des composantes essentielles de l'impact. Le cadre qui en résulte a été incorporé au processus d'évaluation de l'impact pour les nouvelles opportunités d'investissement.

Il y a déjà de nombreuses preuves que l'investissement durable ne pénalise pas un portefeuille et cette réalité se reflète de plus en plus dans les portefeuilles d'investissement. En clarifiant les approches d'investissement et les définitions, il y a bon espoir que l'essor de l'investissement durable se poursuive, permettant ainsi aux investisseurs de surfer sur l'une des tendances les plus prometteuses depuis une génération.