Pendant plus d’une décennie, les investisseurs ont privilégié les actions, convaincus que les obligations ne pouvaient plus offrir des rendements suffisamment attractifs. Mais la progression des marchés boursiers et la remontée des taux pourraient aujourd’hui modifier profondément la construction des portefeuilles. Et si le véritable changement de 2026 consistait à pouvoir réduire son exposition au risque sans sacrifier autant de rendement qu’auparavant? Synthèse et analyse.
Le portefeuille traditionnel composé de 60% d’actions et de 40% d’obligations pourrait connaître une nouvelle jeunesse. Selon les calculs présentés par Ben Carlson, une allocation initialement constituée de 60% d’actions et de 40% d’obligations au début des années 2020 serait aujourd’hui proche de 77% d’actions et de 23% d’obligations sans rééquilibrage. Cette évolution reflète la progression spectaculaire des actions américaines, particulièrement technologiques, tandis que les obligations traversaient plusieurs années difficiles. Certains investisseurs détiennent donc probablement davantage d’actions qu’ils ne l’imaginent. Parallèlement, les emprunts d’État américains à dix ans offrent des rendements proches de 5,2%, tandis que certaines obligations de qualité dépassent 5%.
Le principe du 60/40 reste simple: les actions assurent la croissance du capital, tandis que les obligations apportent des revenus et contribuent à maîtriser les fluctuations. Mais cette complémentarité n’est pas automatique. En 2022, la remontée brutale de l’inflation et des taux avait provoqué une baisse simultanée des deux classes d’actifs. L’efficacité du portefeuille dépend donc du rendement obligataire initial, mais également de la corrélation entre actions et obligations. Le rééquilibrage permet précisément d’éviter qu’une longue hausse boursière transforme progressivement une stratégie équilibrée en portefeuille beaucoup plus offensif.
Les chiffres illustrent l’ampleur du phénomène. Sur un portefeuille d’un million de dollars, une répartition 77/23 représenterait 770’000 dollars d’actions et 230’000 dollars d’obligations. Retrouver une allocation 60/40 nécessiterait de transférer environ 170’000 dollars vers les obligations. À 5% de rendement actuariel, une poche obligataire de 400’000 dollars offrirait théoriquement 20’000 dollars de rendement annualisé, hors variations de prix et éventuels défauts. Surtout, pour viser une performance globale de 7%, un portefeuille 60/40 dont les obligations rapportent 1% doit obtenir environ 11% sur les actions, contre seulement 8,3% lorsque les obligations rapportent 5%. La différence est considérable. Attention néanmoins: la corrélation glissante entre actions mondiales et obligations gouvernementales atteignait 0,59 fin septembre, contre une moyenne de -0,24 entre 2009 et 2021. La protection obligataire reste donc imparfaite.
Cette situation marque une rupture avec les années 2010, lorsque les taux extrêmement faibles avaient poussé les investisseurs vers les actions, l’immobilier et les placements alternatifs. La pandémie avait accentué ce phénomène, avant que 2022 ne rappelle brutalement les risques obligataires. Aujourd’hui, la différence fondamentale réside dans le rendement de départ: les obligations peuvent de nouveau contribuer significativement à la performance, sans dépendre exclusivement d’une baisse future des taux. Le coût d’opportunité de leur détention a donc considérablement diminué.
Pour les investisseurs, la priorité consiste à mesurer le risque réellement présent dans leurs portefeuilles. Plusieurs années de surperformance des grandes capitalisations américaines ont renforcé une concentration déjà importante autour de la technologie et de l’intelligence artificielle. Réduire progressivement certaines positions pour renforcer les obligations ne constitue pas nécessairement un pari contre la poursuite du marché haussier. Il s’agit plutôt de retrouver une diversification cohérente. Les emprunts souverains et les obligations d’entreprises de qualité, notamment sur les maturités intermédiaires, présentent désormais un intérêt particulier. Le risque principal reste une inflation durablement élevée, susceptible de provoquer une nouvelle remontée des rendements et de pénaliser simultanément actions et obligations.
Le 60/40 ne doit toutefois pas devenir une référence universelle. Une allocation 70/30 peut convenir à un investisseur disposant d’un horizon long, tandis qu’un portefeuille 50/50 répondra davantage à des objectifs de préservation du capital. Une diversification géographique et sectorielle des actions peut également réduire la concentration sans modifier radicalement leur poids. Côté obligataire, emprunts souverains, crédit de qualité, titres indexés sur l’inflation et instruments monétaires permettent de combiner différentes sources de rendement. Pour les investisseurs suisses ou européens, il faut cependant intégrer le coût de couverture du dollar, qui peut réduire sensiblement l’attrait des rendements américains. Enfin, un rééquilibrage progressif, utilisant notamment coupons, dividendes et nouveaux apports, peut éviter des arbitrages trop brutaux.
Le retour potentiel du 60/40 constitue une évolution majeure, car les obligations peuvent de nouveau contribuer au rendement sans imposer une prise de risque toujours plus importante. Après plusieurs années de hausse des actions, rééquilibrer son portefeuille apparaît moins comme une anticipation de correction que comme une occasion de sécuriser certains gains, malgré une corrélation actions-obligations encore élevée. Et si la véritable opportunité de 2026 consistait finalement à retrouver des performances satisfaisantes sans dépendre presque exclusivement de Wall Street?