Entre l’urne et la bourse: ce que signifient les élections américaines pour les investisseurs

James Mazeau, UBS Global Wealth Management

2 minutes de lecture

Les élections influencent les marchés à court terme, mais sont rarement des moteurs majeurs des rendements à long terme.

 

La plupart du temps, les élections sont moins importantes pour les investissements que les unes des journaux le laissent paraître. A l’heure actuelle, tous les regards se tournent vers les Etats-Unis. Les élections de milieu de mandat déterminent les rapports de majorité au Congrès, et donc la marge de manœuvre du président. Nombre d’investisseurs se demandent si leur portefeuille devrait être modifié, et si oui, comment.

Toutefois, l’histoire montre que si les élections entraînent souvent des fluctuations à court terme, ce sont surtout la croissance économique, les taux d’intérêt, l’inflation et les bénéfices des entreprises qui déterminent l’évolution des marchés à moyen et à long termes, et non les résultats aux urnes.

Une situation politique tendue outre-Atlantique

Les sondages pointent vers un passage d’un pouvoir exclusivement républicain à un partage des pouvoirs. Dans le scénario de base de la Recherche d’UBS, la probabilité d’une prise de pouvoir par les Démocrates est d’environ 50%, celle d’un Congrès partagé de 40% et celle d’un statu quo républicain de 10%.

Dans tous les cas de figure, la marge de manœuvre de la Maison Blanche dans des domaines centraux tels que le commerce, la politique extérieure et l’immigration reste cependant importante. Il est donc probable que nombre de barrières économiques resteront en place dans l’ensemble.

Une réaction du marché aux élections limitée

L’histoire montre en outre que la réaction immédiate du marché aux élections américaines a été limitée, pour l’essentiel, et gérable dans le temps. Les Midterms précédents ont certes entraîné une volatilité accrue, mais ils n’ont pas créé de revirement de tendance durable sur les marchés boursiers.

Aux Etats-Unis, les droits de douane et la politique commerciale du président Donald Trump ont contribué à une hausse des prix à l’importation et une intensification des pressions inflationnistes. 

Ce qui compte est donc moins la couleur du gouvernement que l’évolution des taux d’intérêt, des prix de l’énergie, des bénéfices des entreprises et des tendances technologiques à l’échelle mondiale.

Mais des décisions peuvent modifier des secteurs entiers

Cela ne signifie pas non plus que la politique ne joue aucun rôle pour les investisseurs. Certaines décisions pourraient modifier des secteurs entiers à moyen terme. On peut citer ici à titre d’exemple la décision de l’Allemagne d’abandonner l’énergie nucléaire, laquelle s’est traduite par un changement structurel de la dynamique sur le marché de l’énergie, ce qui n’a pas manqué d’influencer la compétitivité du secteur.

Aux Etats-Unis, les droits de douane et la politique commerciale du président Donald Trump ont contribué à une hausse des prix à l’importation et une intensification des pressions inflationnistes. Sa politique d’immigration pourrait elle aussi avoir des effets négatifs sur l’offre future de main-d’œuvre et donc sur le potentiel de croissance de l’économie américaine.

En ce qui concerne les élections de milieu de mandat outre-Atlantique, il existe certains domaines dans lesquels une victoire démocrate pourrait entraîner des changements. On pense notamment à la santé, où les réductions prévues des programmes sanitaires et sociaux pourraient être abandonnées, à la politique énergétique et climatique, domaine dans lequel les crédits d’impôt liés aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique pourraient être augmentés, ou encore à la réglementation de l’intelligence artificielle et des centres de données. Ici, les autorisations futures pourraient être liées à une obligation pour l’exploitant de prendre en charge une part plus importante des frais liés au réseau et aux infrastructures.

Si l’on se tourne vers les débats qui ne manqueront pas de survenir en 2027 autour du plafond de la dette, les investisseurs doivent s’attendre à des discussions houleuses susceptibles d’entraîner des turbulences sur le marché. A cet égard, les Démocrates pourraient utiliser les nouveaux rapports de force au sein du Congrès pour déployer leur programme législatif.

Les événements politiques: des facteurs d’influence actuels

Pour les trimestres à venir, il est tout aussi important de conserver un œil critique en Europe, où plusieurs élections se profilent. Et là aussi, les unes des journaux peuvent dicter l’évolution des marchés. Cependant, quiconque se base sur les sondages et talk shows pour prendre ses décisions commerciales risque d’agir de manière procyclique et de manquer ainsi des opportunités à long terme.

Aussi est-il bien plus judicieux de considérer les événements politiques comme certains des nombreux facteurs d’influence actuels. Ce qui est bien plus important, c’est de savoir si les tendances structurelles, notamment dans les domaines de la défense, des infrastructures, de l’énergie ou de l’intelligence artificielle, ont tendance à se renforcer ou à s’affaiblir.

Ne pas spéculer sur des élections

En conclusion, les élections influencent les marchés à court terme, mais sont rarement des moteurs majeurs des rendements à long terme. Il convient donc d’opter pour des portefeuilles robustes prêts à faire face à des scénarios divers et orientés vers des thèmes de croissance stratégique tels que les infrastructures, la digitalisation et l’intelligence artificielle.

Au lieu de spéculer quant à l’issue des élections, on recommandera plutôt d’examiner régulièrement l’allocation de portefeuille stratégique, de réduire le cumul des risques et de profiter de manière ciblée des entreprises qui bénéficieront structurellement de la situation politique, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe et en Asie.

A lire aussi...