Dix ans après la crise financière...

Jan Amrit Poser, J. Safra Sarasin

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L’économie est-elle fatiguée et devons-nous nous préparer à une récession pour fin 2018?

Il est communément considéré comme une loi de la nature que les grands cycles d’investissement auraient une durée de sept à dix ans. D’après cette règle, nous pourrions arriver prochainement à la fin du cycle actuel. Alors, l’économie est-elle fatiguée et devons-nous donc nous préparer à une récession pour fin 2018?

On définit ordinairement une récession comme deux trimestres consécutifs de croissance négative. De fait, les Etats-Unis n’ont connu aucune récession à l’échelle de toute leur économie depuis dix ans. Il en va différemment toutefois sur le plan sectoriel: en 2015, la production industrielle avait reculé pendant deux trimestres de suite. Cette récession de l’industrie manufacturière s’était aussi accompagnée d’une baisse des bénéfices des entreprises. Ce phénomène était dû principalement au secteur de l’énergie, qui s’était retrouvé sous pression suite à l’effondrement des prix du pétrole. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que la récente remontée de l’économie américaine s’appuie sur un redressement de l’activité du secteur pétrolier.

Potentiel de redressement

De plus, même si les Etats-Unis ont été épargnés par la récession, d’autres régions du monde en ont ressenti les effets au cours des dix dernières années. Le Japon a ainsi à lui seul dû faire face à trois récessions depuis 2008. Dans la zone euro, l’ensemble de l’économie s’est contracté suite à la crise de la monnaie unique, entre le quatrième trimestre 2011 et le premier trimestre 2013. Les pays émergents comme le Brésil ou la Russie n’ont réussi qu’en 2017 à s’extraire d’une profonde récession. En 2015, au-delà des chiffres officiels, l’économie chinoise semblait traverser une phase récessive. Les phases de faiblesses régionales et sectorielles récentes laissent à penser qu’il existe toujours un potentiel de redressement susceptible de prolonger le cycle actuel de quelques années encore. Soulignons en outre qu’aucune règle économique ne stipule combien de temps doivent durer les cycles économiques. Deux facteurs déclenchent des récessions: soit par des chocs, soit par une surchauffe de l’économie à laquelle de fortes hausses des taux d’intérêt décidées par les banques centrales viennent mettre brusquement un terme. Or, rien de tout cela n’est en vue.

Prudence ne rime pas avec alarmisme

La prudence s’impose néanmoins. Au cours des deux à trois prochaines années, les taux directeurs atteindront de nouveau des niveaux élevés. Certains marchés immobiliers du monde présentent d’ores et déjà les caractéristiques d’une bulle, et le taux d’endettement des entreprises des pays émergents s’est envolé à la faveur des taux bas. En Chine en particulier, on constate quelques excès qui viennent heurter de front une croissance de la demande toujours plus modérée. Nous avons mis au point un ensemble d’indicateurs destinés à détecter au bon moment les signes d’une récession et devons reconnaître que ceux-ci n’émettent aucun signal d’alerte pour le moment.
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