Des supercycles d’investissement qui changent la donne

Caroline Gauthier, Edmond de Rothschild

2 minutes de lecture

L’Europe mise sur ses supercycles pour redonner un avenir à sa «vieille économie».

 

Alors que l'attention des investisseurs reste largement concentrée sur la technologie américaine, les actions européennes poursuivent leur révolution discrète. Portée par la superposition de quatre supercycles d’investissement – intelligence artificielle, électrification, infrastructures et défense – la «vieille économie» pourrait redevenir un actif d’avenir.

Des supercycles qui transforment l’économie réelle

Avec une performance d’environ +10% sur le premier semestre 2026, les actions européennes ont une nouvelle fois démontré leur résilience, malgré un contexte macroéconomique marqué par les tensions géopolitiques au Moyen Orient et une croissance du PIB atone.  
Sous la surface d’une économie domestique quasiment à l’arrêt, une Europe à deux vitesses se dessine: d’un côté, celle qui patine avec une consommation déprimée, une construction résidentielle au plus bas et des secteurs comme l’automobile ou la chimie sinistrés; de l’autre, celle portée par de puissantes mégatendances, qui soutiennent les résultats des entreprises (+17% attendus cette année). Les moteurs résident principalement dans la combinaison de quatre supercycles d’investissement déjà en place ou en phase d’accélération.

Cette robustesse s’explique par une vague d’investissements sans précédent, touchant simultanément plusieurs secteurs clés.

Le premier supercycle est celui de l'intelligence artificielle – qui profite aux acteurs européens comme ASML, Besi, Prysmian ou Schneider, leaders mondiaux dans les équipements pour semi-conducteurs, les câbles et les infrastructures électriques. L’Union européenne dont l’ambition est de tripler ses capacités de data centers, attire désormais des investissements jusqu’alors concentrés aux États-Unis.

Le deuxième supercycle, celui de l’électrification, à la croisée des enjeux climatiques, industriels et géopolitiques, constitue aujourd'hui une priorité stratégique pour l'Europe. D’ici 2030, la demande d’électricité en Europe devrait progresser de +10%, soit l’équivalent de la consommation annuelle de l’Italie. Les besoins en modernisation des réseaux (1 200 milliards d’euros d’ici 2040) sont immenses, tirés par les transports, l’industrie et le chauffage.

Les infrastructures, longtemps négligées, connaissent un regain d’intérêt. Entre les nouveaux corridors énergétiques, les réseaux d’eau et les infrastructures de transport vieillissantes, les besoins sont colossaux. Le plan allemand de 500 milliards d’euros sur douze ans illustre cette dynamique, soutenue par des programmes comme NextGenerationEU et RePowerEU.

Enfin, la défense s’impose comme le quatrième pilier. Avec des dépenses pouvant atteindre 3 à 5% du PIB, l’Europe s’engage dans un effort d’investissement durable, qui devrait soutenir la croissance des industriels et des technologiques pour les décennies à venir.

Un financement mixant public et privé

Face à l’ampleur des besoins, les États ne pourront pas assumer seuls ces investissements. Le recours à des financements européens communs, via l’Union des marchés de capitaux, et à l’épargne privée sera crucial. Les entreprises du STOXX 600 (hors financières) disposent de 1500 milliards d’euros de trésorerie annuelle à déployer, et leurs dépenses d’investissement pourraient progresser de +4,5% par an d’ici 2029, un rythme bien supérieur aux tendances historiques.

De nouveaux cycles pourraient également émerger, notamment autour des matières premières stratégiques (cuivre, lithium, terres rares) et du renouvellement des équipements productifs, après des années de sous-investissement.

Comment investir dans cette transformation?

Les marchés ont déjà identifié les grands bénéficiaires de ces thématiques: défense, semi-conducteurs, électrification et utilities. Cependant, les PME et mid-caps, souvent sous-évaluées, occupent des positions clés dans les chaînes de valeur. Le stock-picking et des stratégies comme Mission Europa (centrée sur la souveraineté économique) permettent de capter ces opportunités.

En conclusion, l’Europe semble engagée dans une nouvelle ère d’investissement, où l’industrie, les matériaux et les infrastructures pourraient redevenir des actifs stratégiques. La grande surprise de cette décennie ne serait-elle pas que la «vieille économie» européenne redevienne, au moins en partie, un actif d’avenir?

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