Climat: une feuille de route robuste pour contenir les +2°C

Jean-Philippe Desmartin, Edmond de Rothschild Asset Management

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L’attention doit être concentrée sur l’énergie, les transports, le bâtiment, l’industrie et l’agriculture.


©Keystone

Les risques climat ne sont pas répartis uniformément mais concentrés, pour l’essentiel, sur quelques secteurs et quelques centaines d’entreprises. En matière de risque climat, notre feuille de route nous invite à focaliser notre attention sur un nombre limité de secteurs et d’émetteurs car, dans ce domaine, c’est la loi du 90/10 qui s’applique, à savoir que 10% des émetteurs représentent 90% du risque climat. Ce constat concerne aussi bien les émissions directes de gaz à effet de serre (périmètres 1 et 2), que les émissions indirectes (périmètre 3)1

Concrètement, cela signifie que moins de 30% des composants d’un indice tel que le Stoxx 600 Europe par exemple, présentent un risque climat important. C’est donc sur ces derniers, en l’occurrence l’énergie, les transports, le bâtiment, l’industrie et l’agriculture, qu’il s’agira de centrer son attention.  
Par ailleurs, afin d’identifier les risques liés aux enjeux de transition et d’adaptation au changement climatique, le groupe d’experts sur le climat baptisé TFCD (Task Force on Climate Disclosure) propose une typologie orientée selon quatre axes (réglementation, technologie, marchés et réputation). 

La recherche d’efficience énergétique
représente une priorité d’investissement.

L’efficacité énergétique est l’une des premières réponses clefs au défi du changement climatique. L’énergie la meilleure étant celle qui n’est pas consommée, la recherche d’efficience énergétique représente une priorité d’investissement dans de nombreux secteurs allant des biens d’équipement aux équipementiers automobiles, en passant par les matériaux de construction , les technologies LED ou encore les services aux entreprises. La thématique de gestion des ressources englobe également d’autres domaines tels que l’économie circulaire et les services à l’environnement (recyclage, gestion des déchets, etc.).

L’énergie renouvelable sous toutes ses formes (biomasse, éolien, géothermie, hydro, solaire, etc.) représente le deuxième levier clé de solutions avec de probables accélérations dans le temps, surtout après 2025, et l’amélioration rapide des technologies et des structures de coûts associées. Les progrès dans le stockage de l’énergie, surtout post-2020, devraient stimuler le déploiement des énergies renouvelables (production d’électricité décentralisée par exemple).

Opportunités d’investissement sur les entreprises
qui offriront des produits et services orientés vers des solutions climat.

Les entreprises qui offriront des produits et services orientés vers des solutions climat représentent des opportunités d’investissement aussi bien sur les créneaux «business to business» (smart grid) que «business to consumer» (véhicules hybrides ou tout électriques). L’apparition et le développement de nouveaux marchés (hydrogène ou obligations vertes) ouvrent d’autres opportunités d’investissement. Il convient néanmoins d’être vigilant, comme pour tout investissement de type «pionnier».

Enfin, la notion de résilience face au changement climatique permet d’identifier des actifs particulièrement pérennes tels que les infrastructures ferroviaires ou les bâtiments écologiques. Cette notion de résilience doit s’appliquer en priorité, et de façon systématique, aux actifs de long terme tels que les infrastructures, les producteurs d’électricité ou encore la construction.

Forts de ces analyses, nous avons développé un modèle interne propriétaire de notation qui repose sur la typologie du TFCD et permet de quantifier les principaux risques et opportunités climat au niveau des secteurs et sous-secteurs économiques. Ce modèle distingue cinq niveaux de risques et cinq niveaux d’opportunités sur le court terme (2017-2020), le moyen terme (2020-2030) et le long terme (2030-2040).

 

1 Les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont étudiées selon trois périmètres (scopes). Le 1er, qui est le plus étroit, porte sur les émissions directement liées à la fabrication d’un produit. Le 2e inclut, en outre, les consommations d’énergie indirectes nécessaires à sa fabrication alors que le 3e périmètre englobe également toutes les émissions liées à son cycle de vie (approvisionnement, transport, utilisation, fin de vie…).