Brexit: un report positif pour le crédit

Aabid Hanif, Indosuez Wealth Management

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La prolongation jusqu’au 12 avril n’est que technique et le risque d’une sortie de l’UE sans accord demeure.


©Keystone

Le 21 mars dernier, le Conseil européen a décidé de reporter officiellement la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, au moins jusqu’au 12 avril. Ce délai supplémentaire va permettre d’éviter un Brexit sans accord le 29 mars, un soulagement certain pour les entreprises au Royaume-Uni. Toutefois, compte tenu du contexte politique actuel, cette prolongation de deux semaines n’est que technique et reporte simplement le risque d'absence d'accord, ou de tout autre dénouement, d’un mois supplémentaire.

La première ministre May a demandé une prolongation du processus du Brexit jusqu’au 30 juin afin de donner au parlement britannique le temps d’approuver l’accord de retrait négocié avec l’Union européenne (UE), selon les procédures législatives. Cependant, le Conseil européen a plutôt opté pour une prolongation inconditionnelle du Brexit jusqu'au 12 avril, ainsi qu'une plus grande flexibilité quant aux prochaines étapes approuvées par la première ministre.

Il est difficile d’imaginer que l’accord pourrait être adopté avec succès
lors d’un troisième vote à la Chambre des communes.

L’UE a accepté une prolongation jusqu’au 22 mai si la première ministre parvient à obtenir le soutien du Parlement britannique cette semaine. Cette date est importante dans la mesure où elle précède d’un jour le début des élections au Parlement européen. En outre, le 12 avril est également la date limite à laquelle le Royaume-Uni devrait indiquer s’il reste candidat à ces mêmes élections, condition préalable à toute prolongation à plus long terme du Brexit au-delà de mai. En tout état de cause, le Royaume-Uni devra clarifier ses intentions pour le 12 avril. L’accord actuel ayant déjà été rejeté à deux reprises par de grandes majorités, il est difficile d’imaginer qu’il pourrait être adopté avec succès lors d’un troisième vote à la Chambre des communes.

Lundi soir, le Parlement a adopté un plan de vote indicatif qui mentionne la démission de trois ministres. Bien que non contraignante, les membres du Parlement ont voté en faveur d’une reprise en main du calendrier de la Chambre des communes, ainsi que pour une mise à l’épreuve des alternatives à l’accord de retrait de Theresa May. Il semble donc probable que la première ministre renonce à présenter son projet devant le Parlement pour un troisième «meaningful vote». L’ensemble des votes non contraignants aura lieu ce mercredi 27 mars, journée au cours de laquelle les parlementaires auront également la possibilité de réfléchir à la façon dont ils envisagent la suite du processus.

Un Brexit sans accord aurait des conséquences
néfastes et significatives sur le marché du crédit.

Ainsi, jusqu'au 12 avril, toutes les options restent sur la table. Alors que la première ministre veut éviter une prolongation du Brexit, le parlement britannique a peu de temps pour préciser sa volonté. Le vote de mercredi pourrait voir différentes options émergées, dont:

  • une prolongation
  • une révocation de l'article 50 et annulation du Brexit
  • la tenue de nouvelles élections
  • un deuxième référendum
  • l’accord de la Première ministre plus une union douanière
  • l’accord de la Première ministre plus une union douanière et un accès au marché unique
  • un accord de libre-échange à la canadienne
  • une sortie de l'UE sans accord.

Globalement, la décision du Conseil européen de prolonger le processus du Brexit et de conserver une certaine flexibilité quant à la suite est positive pour le crédit britannique, car elle écarte le risque d’un Brexit sans accord d’ici la semaine prochaine. Cela indique également que l’UE souhaite éviter un tel scénario. Cependant, sans alternative crédible à l'accord de la première ministre May, le risque d'un Brexit sans accord reste élevé et aurait des conséquences néfastes et significatives sur le marché du crédit pour bon nombre de sociétés britanniques, en sus de la volatilité accrue des marchés financiers pouvant résulter à court terme. Le tableau ci-dessous présente certains des secteurs les plus affectés par un Brexit sans accord.

Un Brexit sans accord: Impact sectoriel au Royaume-Uni 
Sources: Indosuez Wealth Management

 

Certes, le Royaume-Uni bénéficie d’un délai supplémentaire, mais les jours sont comptés, et il ne reste que 18 jours avant de devoir clarifier ses intentions à l’UE.