Le Forum économique mondial (WEF) va s’ouvrir la semaine prochaine avec comme point d’orgue la venue de Donald Trump mercredi. Les spécialistes s’attendent à voir un président américain «triomphant» qui affichera ses succès, le Venezuela et Gaza en tête. Côté suisse, l’enjeu sera de faire avancer la conclusion de l’accord sur les droits de douane, qui pourrait aller «très vite» selon Guy Parmelin.
Le président américain, accompagné d’une large délégation, interviendra mercredi à 14h30 dans la salle des congrès de Davos. «Donald Trump va arriver triomphant en se positionnant comme l’empereur du monde», indique Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des Etats-Unis du think tank français IRIS.
Le président américain va montrer le nouvel ordre établi dans le monde, appuie Michel Celi Vegas, avocat et président du Centre d’échanges et coopération pour l’Amérique latine (CECAL), basé à Genève. A commencer par l’Amérique latine, où M. Trump a effectué une mission spectaculaire en capturant le président vénézuélien Nicolas Maduro.
L’opération sera affichée comme l’un des succès du républicain, qui convainc de nombreux dirigeants du sud du continent. Il sera d’ailleurs appuyé à Davos par ses alliés, le président argentin Javier Milei, le président équatorien Daniel Noboa et le ministre des affaires étrangères bolivien Fernando Hugo Aramayo.
Le président colombien Gustavo Petro, menacé par Donald Trump de vivre le même sort que Nicolas Maduro avant de finalement trouver un terrain d’entente, sera également au forum. «Le président américain est en train d’installer son hégémonie en Amérique latine où l’on observe un virage à droite qui va probablement se renforcer à l’issue des élections cette année au Brésil, en Colombie et au Pérou», observe M. Celi Vegas.
Europe conciliante
Cette hégémonie se confirmera si le dollar américain devient dans les prochains mois égal ou plus fort que l’euro sur le continent latino-américain, estime l’avocat. Ce qui aurait de quoi fragiliser le commerce avec l’Europe, où un accord avec le Mercosur se concrétise finalement après de longues années de blocage.
Côté européen, le ton sera plutôt conciliant face aux Etats-Unis, selon les spécialistes. «De nombreux dirigeants européens se couchent face à Trump», déclare M. Sciora. Il donne en exemple Emmanuel Macron dont la réaction à la chute du président vénézuélien Nicolas Maduro a été perçue comme partisane.
Le dirigeant français doit s’exprimer mardi à Davos. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le chancelier allemand Friedrich Merz seront aussi présents.
L’Ukraine sous le tapis
Autre succès que Donald Trump affichera au forum: le plan de paix à Gaza. Le président américain a annoncé cette semaine la création du Conseil de la paix pour Gaza, une étape centrale du plan américain pour le territoire palestinien où un fragile cessez-le-feu est en place.
Des avancées concrètes à Davos sur ce dossier sont possibles, selon M. Sciora. Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammed Mustafa, ainsi que le président israélien Isaac Herzog et les dirigeants de pays ayant eu un rôle-clé dans les négociations, participeront au forum.
Le président américain sera en revanche certainement moins prolixe sur le conflit en Ukraine, où la paix promise n’aboutit pas. «Il s’agit d’un échec pour Donald Trump, qui avait promis la fin de la guerre en 24h», déclare M. Sciora. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky sera présent dans la station grisonne.
Les dirigeants actuellement en difficulté avec Donald Trump ne sont pas annoncés à Davos. Aucun représentant du Danemark et du Groenland, que le républicain convoite, par exemple ne sera présent. Le président du WEF André Hoffmann a assuré dans la presse que le républicain n’a pas influencé le programme.
Focus sur les droits de douane
Côté suisse, l’enjeu sera surtout de faire avancer l’accord sur les droits de douane qui doit encore être formellement adopté d’ici fin mars. Le mandat de négociations est prêt à Berne. Si les Américains sont également prêts, des discussions auront lieu à Davos et ça peut aller «très vite», a déclaré le président de la Confédération Guy Parmelin dans la presse.
Berne et Washington s’étaient mis d’accord en novembre pour faire passer les taxes américaines sur les produits suisses de 39 à 15% à l’issue d’âpres discussions. Le défi sera aussi logistique. Les forces de sécurité devront assurer la protection d’un nombre record de personnalités en raison de la venue de M. Trump dans la station grisonne.
Elles auront aussi à gérer plusieurs actions annoncées en opposition au président américain. Le ministre de la défense Martin Pfister, qui se rend pour la première fois au WEF dans cette fonction, visitera les troupes lundi. Les conseillers fédéraux Karin Keller-Sutter et Ignazio Cassis participeront également au forum.