USA: l’économie se redresse doucement, yeux rivés sur les manifestations

AWP

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Le rythme des destructions d’emplois privés en mai est presque dix fois inférieur à celui du mois précédent.

L’économie américaine a commencé à se redresser en mai, à la faveur des premières levées de restrictions liées au coronavirus, mais 2,7 millions d’emplois privés ont encore été détruits, et les manifestations antiracistes qui s’étendent dans le pays pourraient ralentir ce début de reprise.

Les entreprises privées du pays ont continué à détruire des emplois le mois passé, quand elles en créaient avant la crise.

Mais le niveau du mois de mai est dix fois inférieur aux 20 millions d’emplois détruits en avril, lorsque les mesures de confinement avaient été étendues de façon massive dans le pays.

«L’impact de la crise du COVID-19 continue de peser sur les entreprises de toutes tailles», selon Ahu Yildirmaz, co-directeur de l’ADP Research Institute, qui publie ces chiffres tous les mois avant la publication des statistiques officielles du chômage le surlendemain.

Il relève toutefois que «la perte d’emplois a probablement culminé en avril», puisque de nombreux Etats ont par la suite commencé à autoriser les entreprises à rouvrir progressivement.

Aux Etats-Unis, chacun des 50 Etats qui composent le pays est responsable des mesures de confinement et du rythme de la reprise de l’activité.

«Cela suggère que la réembauche de personnes dans les Etats qui ont commencé à rouvrir a été très importante», malgré l’absence d’annonces d’emplois publiées, souligne Ian Shepherdson de Pantheon Macroeconomics dans une note.

Il pense que «la plupart des gens ont été simplement réembauchés par e-mail, SMS ou appel téléphonique».

«Les conditions sur le marché du travail restent faibles alors même que l’économie redémarre», avertit toutefois Rubeela Farooqi, économiste pour HFE.

Néanmoins, les personnes ayant pointé au chômage la semaine passée pourraient être moins de deux millions, pour la première fois depuis fin mars, selon les attentes des analystes avant la publication des chiffres jeudi.

L’activité dans les services a continué à se contracter en mai. Mais elle s’est redressée par rapport au plongeon du mois d’avril, qui avait mis fin à plus de dix années de croissance, selon l’indice de l’association professionnelle ISM également publié mercredi.

20% de chômage

La première économie du monde a certes commencé à timidement se redresser en mai, mais le taux de chômage, qui sera publié vendredi, est attendu en hausse.

Il pourrait frôler les 20%, un niveau que le pays n’avait pas connu depuis la fin des années 30 et de la Grande dépression. Le taux de chômage à l’époque avait culminé à 25%.

Avant la pandémie, le président américain Donald Trump mettait en avant le faible taux de chômage du pays, dans sa campagne électorale pour un second mandat à la Maison Blanche.

Il a hâte de voir l’économie repartir, mais les manifestations contre le racisme et les brutalités policières qui secouent le pays pourraient contrarier ses plans.

Car neuf jours après la mort à Minneapolis de George Floyd, un homme noir asphyxié par un policier blanc, la vague de contestation historique ne connaît pas de répit et gagne de nombreuses villes du pays.

Face aux manifestants, Donald Trump a adopté le positionnement de président de «la loi et de l’ordre».

Mais les inégalités sociales et raciales aux Etats-Unis sont exacerbées par la pandémie de Covid-19.

Ainsi, 5,8% des Afro-américains étaient au chômage en février, alors que le taux de chômage dans le pays était à 3,5%, son plus bas niveau en 50 ans.

En avril, le chômage avait bondi à 14,7%, et le pourcentage atteignait 16,7% chez les Afro-américains.

Les appels à l’action se sont multipliés auprès des entreprises, pour réduire ces inégalités, s’appuyant sur l’absence de diversité au plus haut niveau des sociétés malgré les promesses mille fois répétées.

D’après un rapport de 2019 du Boston Consulting Group, seuls trois Afro-Américains et vingt-quatre femmes sont à la tête des 500 plus grosses sociétés américaines par revenus.