«Les principaux thèmes qui vont structurer 2027 sont la résilience, la décarbonation, l’intelligence artificielle et la dette privée. Nous identifions aussi des opportunités d’investissement dans le crédit ainsi que l’immobilier», déclare Thomas Friedberger, directeur général adjoint et co-CIO de Tikehau Capital, dans les dernières perspectives de l’entreprise pour l’année à venir. Vous trouverez ci-dessous un extrait présentant les conclusions les plus intéressantes. Dans les prochaines semaines, nous vous adresserons des commentaires spécifiques sur chacun de ces thèmes.
1. Résilience
Les modèles économiques ont évolué. Les quatre dernières décennies ont été marquées par la recherche d’efficacité des entreprises et par une optimisation poussée des chaînes de valeur et des structures de capital. Désormais, les modèles économiques s’orientent vers la recherche de résilience: produire plus près du consommateur, renforcer la robustesse des chaînes d’approvisionnement, se prémunir contre les cyberrisques, les risques climatiques et opérationnels ainsi que fonctionner avec davantage de fonds propres, de stocks et de réserves stratégiques.
Cette évolution accélère l’émergence d’un monde multipolaire. Elle a toutefois un coût: la résilience et la souveraineté se construisent au moyen d’un nouveau cycle massif de dépenses d’investissement (CAPEX), axé sur les «4D»: défense, décarbonation, digitalisation et déglobalisation. L’Europe, en particulier, devra réaliser des investissements considérables afin de renforcer sa souveraineté et sa résilience.
La recherche de résilience accroît sensiblement les besoins en capitaux des entreprises. Cela entraîne des conséquences majeures: une pentification des courbes de taux, associée à une politique monétaire aussi accommodante que possible et à une expansion budgétaire significative ainsi qu’un déplacement structurel de la création de valeur dans le private equity.
Nous estimons que, malgré le début d’une correction, les taux d’intérêt à long terme restent trop bas. Dans un environnement reflationniste, les obligations souveraines ne remplissent pour l’instant plus leur rôle de valeur refuge.
Le private equity doit s’adapter à cette nouvelle réalité. La seule croissance de l’EBITDA ne suffit plus. Le concept de rendement du capital investi (ROIC) gagnera donc en importance dans les investissements de private equity. L’environnement de taux limitera l’expansion des multiples de valorisation.
2. Décarbonation
La décarbonation est ainsi devenue un thème central dans le développement de sa résilience et de sa souveraineté. Elle est désormais dans l’intérêt de l’ensemble des acteurs économiques à l’échelle mondiale.
Grâce à son électrification, la Chine pourrait potentiellement évincer du marché certains producteurs de pétrole marginaux, notamment les producteurs canadiens et américains de pétrole de schiste. La décarbonation de la Chine pourrait donc, à moyen terme, menacer l’indépendance énergétique des Etats-Unis.
La demande d’électricité tirée par l’intelligence artificielle devrait plus que doubler d’ici 2030, principalement aux Etats-Unis. Si le pays veut conserver son avance dans le domaine de l’IA, il devra accroître sa production d’électricité décarbonée.
La décarbonation constitue déjà un marché nettement plus important que celui des combustibles fossiles: les investissements dans les combustibles fossiles s’élèvent à environ 1000 milliards de dollars par an, tandis que les investissements dans la décarbonation sont déjà deux fois plus élevés.
3. Intelligence artificielle (IA)
En 2026, les dépenses d’investissement liées à l’IA devraient atteindre environ 700 milliards de dollars (CAPEX) et dépasser la barre des 1000 milliards de dollars en 2027. Pour justifier ce cycle de CAPEX sans précédent, les géants de l’IA devraient selon les estimations générer environ 2000 milliards de dollars de chiffre d’affaires par an, soit deux fois la taille du marché publicitaire mondial.
Le marché du financement de l’IA devrait continuer à se mondialiser et pénétrer progressivement les marchés obligataires européens investment grade et high yield. Ce thème ne se limite donc plus exclusivement aux actions ou au private equity: il gagne désormais les marchés obligataires, avec les opportunités et les risques que cela implique.
Aux Etats-Unis, une grande partie des investisseurs en actions se concentre désormais presque exclusivement sur l’IA au détriment d’autres segments de marché. Cette tendance pourrait se poursuivre et continuer d’alimenter le marché haussier.
Si les gains de productivité ne se matérialisent ni rapidement ni à grande échelle, ou si ces gains permettent de monétiser les produits liés à l’IA mais que la Chine «fait plus avec moins», une correction significative des valorisations dans le secteur pourrait survenir. Ces deux scénarios pourraient provoquer une récession économique et un marché baissier aux Etats-Unis.
4. Dette privée
Nous restons convaincus des atouts de la dette d’entreprise européenne. Cette classe d’actifs offre une rémunération satisfaisante au regard du risque sous-jacent. Sa valeur relative est attractive et les anticipations de politique monétaire indiquent des perspectives positives à moyen terme.
En Europe aussi, la convergence entre marchés liquides et privés se poursuit: les émetteurs ayant accès au crédit bancaire et au marché high yield optent de plus en plus pour la dette privée d’entreprise en raison de la flexibilité et de la rapidité d’exécution offertes par un prêteur unique.
Le risque lié aux fonds semi-liquides n’est pas systémique. L’encours des fonds de dette privée non cotés et semi-liquides s’élève à 350 milliards de dollars, soit 17% de l’univers de la dette privée et 0,7% de l’encours mondial des obligations d’entreprise.
5. Principales opportunités d’investissement en 2027
Dans son ensemble, le marché du crédit continue d’offrir des opportunités d’investissement que nous jugeons attractives. La fourniture de liquidités sur l’ensemble de la structure du capital à des émetteurs solides ayant des besoins de liquidité peut générer une création de valeur significative.
Le marché secondaire de la dette privée a connu une croissance marquée ces dernières années. Nous pensons que ce segment continuera de se développer à mesure que les investisseurs adoptent une approche plus active de la gestion de leurs portefeuilles.
A ce jour, le marché secondaire de la dette privée nous semble globalement stable, sans signe de ventes forcées à grande échelle. Les transactions réalisées tant par les GP que par les LP semblent actuellement relever davantage d’une gestion proactive des portefeuilles que de véritables scénarios de stress, tandis que les prix restent relativement stables malgré l’augmentation de l’offre.
Malgré les préoccupations existantes, les obligations d’entreprise européennes restent une classe d’actifs offrant un rendement intéressant.
Selon nous, le marché européen de la dette financière subordonnée constitue une opportunité d’investissement particulièrement attractive, car il offre un surplus de rendement par rapport aux obligations d’entreprise présentant des notations similaires.
L’immobilier a connu une correction significative de ses valorisations et constitue ainsi la classe d’actifs offrant la plus grande marge de sécurité.
Nous estimons que l’immobilier value-add en Europe représente une opportunité stratégique importante. La création ou le repositionnement d’actifs immobiliers répondant à ces nouvelles exigences constitue l’une des opportunités d’investissement les plus prometteuses des prochaines années.
L’immobilier coté constitue aussi un secteur particulièrement attractif dans l’environnement actuel. Sur le long terme, le secteur a généré un rendement annualisé de 8% et nous estimons qu’il est bien positionné pour atteindre au moins un niveau de performance comparable au cours des deux prochaines années.