Les réassureurs adoptent l’IA, mais restent conservateurs sur les usages

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Pour le responsable de la branche dommage de Swiss Re, Urs Baertschi, l’IA «signifie aussi que les acteurs malveillants deviennent beaucoup plus efficaces». «Nous devons donc nous défendre contre cela».

Les réassureurs, réunis cette semaine à Monaco, se félicitent de l’adoption de l’intelligence artificielle pour le traitement de leurs très nombreuses données, mais en bons connaisseurs des risques, ils restent conservateurs sur les nouveaux usages qu’ils pourraient lui confier.

Ces acteurs, qui garantissent les risques de leurs clients assureurs, représentent un «terreau très fertile» pour l’IA «car on reçoit de grands volumes de données, souvent non structurées et non harmonisées car elles viennent de clients différents», explique à l’AFP Renaud Guidée, directeur général d’Axa XL Reinsurance.

«L’IA nous apporte des gains de précision dans la modélisation des dommages» découlant des catastrophes naturelles, et la possibilité «de tester des scénarios, et aller plus loin dans la manière dont on les évalue», ajoute-t-il.

«On l’utilise pour accélérer le développement informatique, automatiser l’analyse de données et comparer les contrats aux règles internes», explique pour sa part Clarisse Kopff, membre du directoire de Munich Re, responsable de l’Europe et de l’Amérique latine. L’étape suivante, selon lui, «c’est d’automatiser non plus seulement des tâches, mais des processus de travail entiers»,

Au-delà de gains en efficacité, «on s’attend dans les années à venir à ce que des bénéfices apparaissent notamment dans le domaine de la souscription, c’est-à-dire de la tarification, de la sélection des risques», souligne Marc-Philippe Juilliard, analyste chez S&P.

Cependant, «qui serait prêt aujourd’hui à prendre des risques sur d’éventuelles conséquences de décisions qui auraient été prises par des outils d’intelligence artificielle et qui seraient de nature à générer des dommages?», s’interroge-t-il.

«Confiance, intégrité et fiabilité»

Chez l’allemand Hannover Re, «nous n’utilisons pas l’IA pour le simple plaisir d’utiliser l’IA, nous faisons beaucoup pour en tirer le meilleur», a déclaré son président, Clemens Jungsthöfel, lors d’une conférence de presse à Monaco, tout en soulignant les «risques» liés à son utilisation.

«Dans un monde où nous parlons tous de changement technologique, de progrès de l’intelligence artificielle, nous sommes convaincus qu’il n’existe aucun substitut à la confiance, à l’intégrité et à la fiabilité», clame-t-il.

Pour les réassureurs, les risques peuvent venir aussi bien de l’utilisation qu’ils font eux-mêmes de l’IA que de la manière dont d’autres choisissent de l’employer, ou simplement de sa diffusion dans notre quotidien.

Pour le patron de la branche dommage de Swiss Re, Urs Baertschi, l’IA «signifie aussi que les acteurs malveillants deviennent beaucoup plus efficaces». «Nous devons donc nous défendre contre cela», prévient-il.

L’IA est «évidemment aussi porteuse de menaces, notamment en matière de cyberattaques», mais également en terme de couverture, indique le patron de Scor Thierry Léger.

Prenant l’exemple d’un accident impliquant une voiture autonome, avec plus d’une centaine de personnes concernées, il souligne que «la vraie question est de savoir à qui revient la responsabilité» et qui donc sera tenu pour responsable : est-ce le conducteur ? Le constructeur automobile ? Le fournisseur du logiciel ?».

«Nous entrons donc dans un monde où l’incertitude juridique est bien réelle», conclut M. Léger.

Eviter les risques juridiques est justement l’argument de vente de la start-up new-yorkaise Growth Protocal, venue à Monaco chercher de nouveaux clients pour sa solution d’IA neuro-symbolique adaptée aux entreprises d’assurance et de réassurance.

Cette technologie d’intelligence artificielle permet, selon ses promoteurs, d’écarter une des objections principales des réassureurs envers l’IA : le fait de ne pas pouvoir expliquer une décision au régulateur ou à la justice en cas de litige.

«Chaque décision que produit notre système est explicable, traçable et documentée. Ce n’est pas une boite noire», a expliqué David Mocklow, l’un des dirigeants, lors d’une conférence de presse.

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