Les cantons romands accusent le coup face aux taxes américaines

AWP/ATS

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Pour aider les entreprises dans cette crise, le Conseil fédéral veut accélérer la procédure pour étendre de 18 à 24 mois les indemnités pour chômage partiel (RHT).

Le tissu économique romand digère péniblement les droits de douane américains de 39% entrés en vigueur jeudi. Du Valais au Jura bernois en passant par Genève, tous craignent les conséquences de ces taxes et réclament des mesures d’aide.

Coup de massue, «désenchantement» ou encore «sidération», l’abattement domine auprès des différents acteurs du monde économique au moment d’évoquer les droits de douane américains.

«Il y a de la frustration car les signes avant-coureurs étaient positifs en avril et en mai. On constate que le Conseil fédéral a négocié avec un homme d’affaires et pas avec un homme politique», lâche Charles Constantin, sous-directeur de la Chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie (CNCI).

Un avis partagé par Jerry Krattinger, directeur de la Promotion économique du canton de Fribourg, qui espérait un accord «jusqu’à la dernière minute». Directeur de la Chambre économique publique Grand Chasseral, Patrick Linder donne raison au ministre de l’économie Guy Parmelin: le fiasco est bien représenté par les 39% de droits de douane.

Risques de délocalisation

Jeudi, le gouvernement a expliqué vouloir continuer les négociations pour trouver un accord avec les Etats-Unis. Directeur général de la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG), Vincent Subilia est convaincu qu’il s’agit de la voie à suivre.

Les pourparlers doivent intégrer des acteurs de l’économie et des personnes qui ont l’oreille de Donald Trump car «négocier avec le président des Etats-Unis n’est pas évident», concède-t-il. Les représentants suisses s’appuient sur la raison en matière diplomatique. Ils ont cependant face à eux un dirigeant aux antipodes de leur approche «qui fait régner la loi du plus fort».

Maintenant que le choc est passé, il est temps de prendre des «décisions stratégiques assez rapidement», note Simon Baudraz, responsable économique de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI).

Parmi les effets directs de ces droits de douane américains, il cite le «risque tangible» de délocalisation de la production pour certaines entreprises, notamment vers des pays voisins ainsi que le risque de licenciements.

Plusieurs secteurs touchés

A Genève, où le risque sur l’emploi est réel selon M. Subilia, les secteurs les plus touchés sont l’horlogerie, la bijouterie, la joaillerie ainsi que la mécanique de précision. La situation est aussi rude pour la chimie, les entreprises actives dans les sciences de la vie et le domaine de la technologie médicale.

L’horlogerie est également le premier domaine cité à Neuchâtel et dans le Jura bernois. «Le secteur est touché par une succession de crises depuis une dizaine d’années. Il y a eu l’abaissement du taux plancher, le Covid et maintenant les droits de douane», note Charles Constantin.

Pour Patrick Linder, le Conseil fédéral doit se battre pour un taux de 15%. «Ce niveau restera pénible mais plus supportable pour l’économie régionale et les acteurs industriels», argumente Patrick Linder.

Dans le canton de Fribourg, un peu plus de 14% des exportations fribourgeoises avaient pour destination les Etats-Unis en 2024. Un total sous la moyenne suisse (19%) et derrière les autres cantons romands, à l’exception de la Berne francophone.

«Il y a beaucoup d’entreprises fribourgeoises qui travaillent avec des firmes d’autres cantons qui exportent aux Etats-Unis et qui seront donc indirectement touchées. Cette réaction en chaine va faire extrêmement mal», alerte Jerry Krattinger.

Mesure à court terme

Pour aider les entreprises dans cette crise, le Conseil fédéral veut accélérer la procédure pour étendre de 18 à 24 mois les indemnités pour chômage partiel (RHT). Une décision saluée par le tissu économique romand, notamment le ministre jurassien en charge de l’Economie Stéphane Theurillat sur les ondes de RFJ.

Interrogé dans le Nouvelliste, le Conseiller d’Etat valaisan en charge de l’économie Christophe Darbellay estime qu’»il faut aider les entreprises à développer de nouveaux marchés et alléger la bureaucratie». Son département précise qu’il dispose déjà d’instruments qui pourraient soutenir les entreprises en cas de besoin. Il souhaite toutefois ne pas surréagir et faire preuve de prudence.

On retrouve le même positionnement chez le directeur de la Promotion économique du canton de Fribourg. Jerry Krattinger préconise de miser sur l’échange d’informations et de préparer un scénario du pire notamment sur l’emploi.

Enfin, le Département de l’économie et de la formation du canton du Valais se montre confiant sur les possibles taxes pour les entreprises pharmaceutiques. «Il ne faut pas céder à la panique. Si cette taxe était appliquée, elle toucherait non seulement le Valais, mais aussi l’ensemble de la Suisse et probablement les entreprises de toute l’Europe».

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