Le soutien financier promis par l’administration Trump à son allié argentin Javier Milei s’est encore un peu plus concrétisé lundi, avec l’officialisation d’une ligne de crédit jusqu’à 20 milliards de dollars pour «stabiliser» l’économie argentine, secouée à quelques jours d’élections clés.
L’accord, sous la forme d’un échange bilatéral de devises, dit «swap», avait été annoncé fin septembre par le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent, mais restait à finaliser. Il a été officialisé lundi par la banque centrale argentine (BCRA)
Il s’inscrit dans un pack de mesures de l’administration Trump, pour voler au secours de l’économie argentine et de sa monnaie, le peso, en proie à des turbulences à l’approche d’élections législatives de mi-mandat délicates pour le président ultralibéral Javier Milei.
L’accord de swap, a indiqué la BCRA dans un communiqué, vise à «contribuer à la stabilité macroéconomique de l’Argentine, avec un accent particulier pour préserver la stabilité des prix et promouvoir une croissance économique durable».
Javier Milei, dans une interview ce week-end diffusée lundi a expliqué que le swap fonctionne comme une ligne de crédit «qui ne s’exécute que lorsque c’est nécessaire».
«Nous avons un crédit de 20 milliards de dollars et ils (les Etats-Unis) ont un crédit équivalent en pesos», a-t-il ajouté. Si l’Argentine ne peut accéder au marché des capitaux en raison d’un risque pays toujours élevé, «nous ferons les paiements 2026 (de la dette) en utilisant le swap».
En plus du swap, le Trésor américain avait aussi annoncé mercredi dernier travailler depuis des semaines avec des acteurs privés -banques privées et fonds souverains- à un autre dispositif de 20 milliards de dollars pour aider l’Argentine dans le remboursement de sa dette.
Scott Bessent avait indiqué vendredi que le Trésor était directement intervenu, à trois reprises en deux semaines, sur le marché des changes pour acheter du peso, donc le défendre.
«L’Argentine lutte pour sa survie», a lancé Donald Trump dimanche à des journalistes américains, propos largement rediffusés lundi dans les médias argentins. «Ils n’ont pas d’argent, ils n’ont rien (...) alors si je peux les aider à survivre dans un monde libre, il se trouve que j’apprécie leur président»
Fébrilité financière durable
Lors du scrutin du 26 octobre, le président argentin depuis fin 2023 ne joue pas sa survie politique, mais sa future marge de manoeuve législative, pour pouvoir mener à bien ses réformes de dérégulation -réforme fiscale, du marché du travail notamment-- dans ses deux années restantes de mandat.
Auréolé d’un succès contre l’inflation, ramenée en près de deux ans de plus de 200% en internanuel à 31%, Javier Milei peine à faire redécoller l’économie, après une année 2024 en récession, et plus de 200.000 emplois perdus. Et il a vu le Parlement, où il est à ce jour très minoritaire, recaler plusieurs de ses initiatives.
Javier Milei a déjà exprimé ce qui pour lui serait un «bon chiffre» à l’élection: obtenir un tiers de députés (contre 15% jusqu’ici), ce qui lui permettrait à l’avenir d’imposer son veto présidentiel.
Reste que les dernières semaines ont vu une pression quasi-non-stop sur le peso, les marchés financiers se montrant nerveux quant au maintien après les élections d’un cap d’austérité budgétaire. Inquiets aussi, des réserves de la Banque centrale.
Cette fébrilité financière se voit amplifiée, à la marge, par les Argentins eux-mêmes, qui souvent en période d’incertitude pré-électorale se ruent vers le dollar, qu’ils acquièrent au marché parallèle.
L’officialisation de l’accord de swap n’est pas parvenue, lundi, à soulager la pression sur la monnaie argentine. Le peso s’échangeait à 1.495 pesos pour un dollar, en dépréciation de 1,3% par rapport à vendredi, et sortant légèrement de la bande de fluctuation prévue.
La Bourse de Buenos Aires pour sa part, après une réaction positive initiale, affichait un repli d’autour de 1% de l’indice Merval, principal baromètre boursier local.