Le pétrole souffle le chaud, l'IA le froid

Jean-Marc Sabet, b-sharpe

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Le Brent a bondi de 6,5% sur la semaine, à 116,88 USD/bbl, à environ deux dollars de son pic de mars. En face, les doutes sur la dette des géants de l'IA ont ramené jeudi le rendement américain à 10 ans sous 5%.

Le Dollar Index finit en léger repli, l'euro ferme la marche des grandes devises, et l'EUR/CHF aligne une sixième baisse hebdomadaire consécutive, à 0,9245.

Le Golfe rallume la mèche inflationniste

Dès lundi, les Houthis ont revendiqué six attaques contre l'Arabie saoudite en 48 heures, dont le site d'Aramco à Yanbu et le champ de Shaybah. Mercredi, Washington a ordonné le départ de son personnel diplomatique non essentiel du royaume. Jeudi, Aramco aurait fait évacuer son siège de Dhahran, et sept navires ont été frappés ou ont heurté des mines près d'Ormuz.

Seule éclaircie, mardi: une proposition qatarie et pakistanaise présentée comme validée par Washington a ramené le Brent vers son plus bas de la semaine, à 105,98 USD/bbl, avant d'être démentie. Vendredi, Donald Trump a évoqué une possible nouvelle opération contre l'Iran, et le Brent a touché 117,45 USD/bbl. Il termine à 116,88 USD/bbl (+6,52%), le WTI à 103,27 USD/bbl.

Les statistiques confirment la diffusion du choc. Au Royaume-Uni, l'inflation de septembre atteint 3,5%, contre 3,4% attendu. Au Japon, l'inflation sous-jacente passe à 2,1%, au-dessus de la cible de la BoJ. Aux États-Unis, la composante prix du PMI flash touche son plus haut depuis août 2022, et les anticipations d'inflation à un an de l'Université du Michigan grimpent à 4,7%.

L'IA fait tanguer Wall Street, les Treasuries ramassent la mise

Lundi, l'apaisement des craintes sur l'IA a poussé le 10 ans américain à 5,14%. Le retournement est venu jeudi avec les résultats: Meta a chuté de 7%, ses perspectives 2027 ravivant les doutes sur ses dépenses et leur financement, et le Nasdaq 100 a reculé de 2,90%.

La réaction obligataire a été spectaculaire. Le 2 ans a perdu 16,8 points de base à 4,64%, le 10 ans 16,6 points à 4,95%. La hausse de la Fed attendue en décembre n'était plus entièrement pricée (20,3 points de base, contre 25,3 la veille). Vendredi, le baril a repris la main: 10 ans à 4,99%, décembre à 21,8 points de base.

Pour le dollar, l'équation est inconfortable: la détente des taux le pénalise, l'inflation importée par le pétrole le soutient. Le Dollar Index termine à 101,48, en repli de 0,17%. Les devises liées aux matières premières mènent la danse, avec l'Aussie (+1,28%), le loonie (+0,95%) et le kiwi (+0,80%), suivis du yen (+0,72%). À l'autre bout, l'euro recule de 0,33%.

L'or n'a pas joué les refuges. Pénalisé vendredi par la remontée des taux, il cède 4,03% à 3997,80 USD/oz, après un plus bas à 3975,79, sans casser son plus bas de juin à 3943. L'argent chute de 5,45% et termine sur son plus bas de la semaine, à 53,96 USD/oz.

L'euro, lanterne rouge

L'euro termine dernier des grandes devises face au dollar. La France reste le point de friction: les rendements français ont signé lundi l'une de leurs plus fortes hausses journalières depuis mars 2025, l'écart OAT-Bund à 10 ans a dépassé 175 points de base jeudi, et une nouvelle contraction de l'activité française a ramené la croissance de la zone euro au plus bas depuis quatre mois. En Allemagne, le ZEW tombe à 28,1, contre 30,0 attendu. Avec une inflation confirmée à 3,8%, la BCE reste sous pression, et les marchés pricent environ 66% de chances d'une hausse en décembre. L'EUR/USD, stable jusqu'à jeudi, a cédé vendredi après les PMI, pour finir à 1,1203 (-0,33%), dans un range de 1,1185 à 1,1261.

Focus franc suisse

Face à l'euro: six semaines de repli

L'EUR/CHF recule de 0,17% à 0,9245, sa sixième baisse hebdomadaire consécutive: 0,9467 le 11 septembre, 0,9302 le 9 octobre, 0,9261 vendredi dernier. La paire a glissé sous 0,92, à 0,9196, avant de se reprendre, pour un plus haut à 0,9289. La crise française a prolongé la pression sur la monnaie unique et le franc a capté les flux refuges jeudi. Pour les frontaliers, la conséquence est concrète: chaque franc converti rapporte environ 2,4% d'euros de plus qu'à la mi-septembre, soit quelque 250 euros pour 10'000 francs.

Face au dollar: retour au point de départ

Le USD/CHF termine quasiment inchangé, à 0,8254 (+0,11%), dans un range de 0,8192 à 0,8274. Lundi et mercredi, le franc a cédé du terrain face au dollar, sur fond de remontée des rendements américains. Jeudi, avec la chute des taux et le décrochage de la tech, le franc et le yen ont signé les meilleures performances du G10. Vendredi, le pétrole a ramené la paire au-dessus de son niveau de départ.

Synthèse: l'euro faible plus que le franc fort

Le bilan est contrasté: le franc gagne face à l'euro mais cède légèrement face au dollar. C'est donc la faiblesse de l'euro, davantage qu'une demande généralisée de francs, qui pousse l'EUR/CHF vers le bas.

La BNS maintient son taux directeur à 0%, avec une inflation suisse à 1,0%, au milieu de la bande cible de 0 à 2%. Un membre de sa direction générale a relevé une inflation légèrement plus élevée qu'en juin. Le SARON évolue autour de -0,06%. L'écart se creuse: les marchés pricent de nouvelles hausses à la Fed, à la BCE, à la BoE et à la BoJ d'ici la fin de l'année, et dès mercredi à la BoC et à la RBNZ. Ce différentiel joue contre le franc, les flux refuges le soutiennent. Autre signe de résistance: le SMI termine à 14'427, stable sur la semaine (+0,2%), quand l'Euro Stoxx 50 recule de 2,2%.

Livre sterling: la BoE prend les devants

Le GBP/CHF gagne 0,42% à 1,1035, dans un range de 1,0970 à 1,1064. Mardi, la baisse inattendue du chômage britannique a propulsé la livre en tête du G10. Mercredi, l'inflation à 3,5%, environ 40 points de base au-dessus de la prévision de la BoE, a conforté l'hypothèse d'une hausse en novembre. Vendredi, le tableau s'est nuancé: ventes au détail en recul plus marqué que prévu, mais PMI flash au plus haut depuis février.

Tour d'horizon

USD/JPY. La paire recule de 0,72% à 156,90, dans un range de 156,07 à 158,60. Le yen a profité de la fuite vers la qualité jeudi. Vendredi, l'inflation sous-jacente à 2,1% l'a renforcé, avant que le rebond du dollar n'efface ces gains. Une hausse de la BoJ en décembre est pricée à environ 80%.

AUD/USD. Meilleure performance de la semaine parmi nos paires: +1,28% à 0,7037, quasiment sur le plus haut (0,7039). L'Aussie a brillé lundi grâce à une croissance chinoise de 4,5% au troisième trimestre, puis mercredi quand un sous-gouverneur de la RBA a jugé les perspectives d'inflation dégradées.

USD/CAD. La paire perd 0,95% à 1,4008, après un passage sous 1,40 (plus bas à 1,3969). La flambée du brut a soutenu le loonie, et un resserrement mercredi est désormais pricé à plus de 80%.

NZD/USD. Le kiwi gagne 0,80% et termine sur son plus haut de la semaine, à 0,5701. Dernier du G10 jeudi après une inflation moins forte que prévu, il a rebondi vendredi: les marchés pricent environ 85% de chances d'une hausse de la RBNZ à 3,00% mercredi.

Perspectives: cinq banques centrales en trois jours

Passage à l'heure d'hiver dimanche en Europe: jusqu'au 1er novembre, Genève n'a que cinq heures d'avance sur New York. Horaires en heure suisse.

  • Lundi 26: réaction au verdict de Moody's sur la France. Ifo allemand (10:00). Ouverture du 5e plénum du Parti communiste chinois.
  • Mardi 27: élections législatives en Israël, scrutin clé pour la posture face à l'Iran.
  • Mercredi 28: RBNZ (02:00, hausse à 3,00% attendue), BoC (14:45, hausse à 2,50% attendue), budget britannique, puis la Fed (19:00), avec un statu quo attendu à 3,75%-4,00% et un œil sur d'éventuels votes dissidents.
  • Jeudi 29: BCE (14:15), statu quo attendu à 2,50%. Aux États-Unis, PIB du troisième trimestre (13:30, environ 3% annualisé attendu) et PCE de septembre, avec un core attendu à 3,1% sur un an.
  • Vendredi 30: BoJ, maintien attendu à 1,25%. Ventes au détail suisses (08:30), PIB flash de la zone euro (11:00), inflations préliminaires d'Allemagne, de France, d'Espagne et d'Italie.

En toile de fond, les midterms américaines du 3 novembre, après lesquelles Washington et Israël auraient prévu de nouvelles frappes contre l'Iran. Le baril restera le premier juge de paix.

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