Ambiance morose sur les parquets de trading ce mardi matin, le marché se voit forcé de ressortir le dossier «Ormuz» de la pelle des affaires classées, il semble bel et bien que ce soit reparti pour un tour dont le plus grand nombre se serait bien passé. Les tensions entre les Etats-Unis et l’Iran sont à nouveau élevées, le cours de l’or noir est fortement remonté, ramenant sur le devant de la scène des craintes d’inflation et cela tombe plutôt mal, cet après-midi le marché prendra connaissance de l’indice des prix à la consommation US à 14h30, puis des propos de Kevin Warsh devant une commission du Congrès, à 16h, attention danger, le marché des swaps ne s’y trompe pas qui prévoit désormais 43% de probabilités d’une hausse de 0,25% par la Fed le 29 juillet déjà. En parallèle la saison 2 des résultats trimestriels de sociétés démarre ce midi avec les grandes banques américaines, plus globalement les attentes de croissance des bénéfices des entreprises sont élevées ce trimestre, à 23%, or le marché est en mode «pas de prisonniers» dans ce registre depuis quelques trimestres déjà, ce d’autant que le thème des dépenses d’investissements liées à l’IA semble avoir quelque plomb dans l’aile, illustré par le comportement boursier récent de notamment Taiwan Semiconductor ou encore SK Hynix.
On va se pencher sur la séance de trading d’hier, mais d’abord bienvenue à un petit nouveau de la cote française ! En effet, c’est ce mardi 14 juillet que Le Slip Français se lance dans le marché, sur Euronext Growth Paris, sous le code ALLSF. Le prix d’introduction est fixé à 14,80 euros par action. L’opération a suscité une demande de 13,7 millions d’euros, avec plus de 7250 investisseurs particuliers, soit une offre sursouscrite environ 1,15 fois. Le moins que l’on puisse souhaiter à la petite capitalisation parisienne est de rencontrer du soutien en bourse.
De nombreuses alarmes s’allument hier qui forcent Wall Street à clôturer en baisse, pénalisée principalement par les valeurs technologiques et les fabricants de semi-conducteurs. Hors technologie, le marché résiste toutefois nettement mieux, l’indice S&P500 équipondéré (SPW) restant pratiquement stable. Les actions américaines suivent le plongeon de près de 9% du Kospi sud-coréen, avec une forte baisse de SK Hynix (SKHY -9,32%) et, plus largement, des producteurs de puces mémoire, pourtant parmi les meilleures performances depuis le début de l’année. Le podium du jour du SPX se compose de l’énergie, des utilities et des financières. La tech termine bonne dernière et en repli globalement de plus de 2%. Les volumes d’échanges reculent sans cesse, le breadth du NDX est déplorable, d’ailleurs l’indice casse assez nettement sa moyenne mobile à 50 jours en clôture, tout comme le SOX (les semi-conducteurs), qui se rapproche dangereusement du niveau de 12'000 points.
Le marché semble fatigué de l’IA et tout ce qui gravite autour, voyez Taiwan Semiconductor (TSM -2,87%) qui annonce un chiffre d’affaires mensuel record de 442,7 milliards de dollars taïwanais en juin, soit une hausse de 68% sur un an, portée par la forte demande de puces destinées à l’intelligence artificielle. Ses revenus du deuxième trimestre atteignent environ 1270 milliards de dollars taïwanais, un niveau proche, voire légèrement supérieur, aux attentes. Malgré ces solides performances, l’action recule car les investisseurs s’interrogent de plus en plus sur la capacité des géants technologiques à maintenir durablement leurs dépenses massives dans l’IA. Cette prudence pèse également sur d’autres valeurs du secteur, notamment AMD, Intel, Micron et, on l’a vu, SK Hynix. Le marché attend désormais les résultats complets de TSMC jeudi, ainsi que ses prévisions, afin de déterminer si la croissance de la demande et des investissements liés à l’IA reste suffisamment forte pour prolonger le rallye des semi-conducteurs.
Attention à SpaceX (SPCX -4,24% à 139,14 dollars) qui s’approche tout près de son prix d’émission de 135 dollars hier, si ce niveau est traversé cela pourrait déclencher une vague d’ordres stop-loss et provoquer un effet vendeur boule de neige.
Le baril de WTI Light Crude traite légèrement au-dessus des 80 dollars ce matin, vendredi il évoluait à 71,50 dollars et a désormais nettement cassé sa moyenne mobile à 200 jours (@74,60 dollars). Un gap à 83,20 dollars ouvert le 15 juin est à combler, le WTI n’est pas du tout suracheté. Cette forte progression survient après l’annonce par Donald Trump du rétablissement, dès aujourd’hui, du blocus naval américain dans le détroit d’Ormuz. Tous les navires non iraniens doivent en outre verser aux États-Unis une redevance équivalente à 20% de leur cargaison, sans que son mode de calcul soit précisé. Cette nouvelle escalade intervient alors que Washington et Téhéran se disputent le contrôle du détroit et que le trafic commercial y chute de 52% durant le week-end. Malgré l’existence de routes alternatives, celles-ci ne suffisent pas à compenser une fermeture prolongée d’Ormuz. Les analystes estiment donc que les prix peuvent encore augmenter, d’autant que les réserves stratégiques sont déjà largement sollicitées. Le principal facteur susceptible de limiter la hausse reste la Chine, qui réduit ses achats de pétrole et puise dans ses propres stocks.
Le dollar en profite, la paire EUR/USD casse enfin le niveau de 1,1400 et évolue ce matin à 1,1389, tandis que les rendements obligataires remontent fortement autour du globe. Le 2 ans US bondit à 4,29%, le 10 ans à 4,63% et le 30 ans à 5,10%. Dans ce contexte ô combien hostile, l’or tente de résister tant bien que mal et parvient pour le moment à défendre la barre des 4'000 dollars l’once, la principale question du jour est de déterminer combien de temps cela tiendra. En parallèle la volatilité du marché des actions retrouve quelques couleurs, le VIX progresse hier de 14% à 17,11, le côté ironique de la chose est qu’il dispose d’une importante marge de progression à la hausse, 17 c’est historiquement très bas.
Résumons: le pataquès d’Ormuz entraine une forte hausse du cours de l’or noir et par ricochet des craintes d’inflation, de politique monétaire restrictive de la Fed et in fine d’un marché américain des actions potentiellement orphelin de sa meilleure copine injectrice de liquidités et paf le sentiment du marché qui est de retour du côté obscur, ce n’est pas la timide tentative de rebond du future Nasdaq de ce matin qui devrait rassurer grand monde.
À suivre ce mardi et dans l’ordre, ou presque, les résultats des banques US à l’heure du déjeuner (ou du fitness (avec clim) pour les gens assidus), le CPI US à 14h30, l’intervention de Kevin Warsh à 16h et le narratif autour d’Ormuz 24/7.
Christopher Waller (membre du conseil des gouverneurs de la Fed) estime que la Réserve Fédérale pourrait devoir relever ses taux «à court terme» si les prochaines statistiques confirment une inflation durablement supérieure à l’objectif de 2%. Il surveillera particulièrement l’inflation sous-jacente, alimentée non seulement par l’énergie et les droits de douane, mais aussi par une demande toujours solide, notamment liée aux investissements dans l’IA. Il reste toutefois prudent, car un resserrement excessif pourrait fragiliser un marché du travail moins tendu et accroître le risque de récession.
La séance macro de ce mardi sera principalement marquée par la publication de l’inflation américaine de juin à 14h30, donnée clé pour les anticipations de politique monétaire de la Fed. Avant cela, les investisseurs auront suivi les prix à la production et à l’importation en Suisse à 8h30, puis l’indice ZEW du sentiment économique allemand à 11h00. En soirée, plusieurs responsables de la Fed prendront la parole, dont Michael Barr, Lisa Cook et Michelle Bowman, avant la publication des stocks pétroliers américains de l’API à 22h30.
EasyJet accepte la proposition de rachat formulée par Apollo, qui valorise la compagnie aérienne à 5,7 milliards de livres sterling, soit 715 pence par action. Intesa Sanpaolo met en œuvre un plan de rachat de titres d’un montant proche de 226 millions d’euros. Roche commercialise un nouveau test entièrement automatisé destiné à détecter le virus de l’hépatite D. Aux États-Unis, douze États contestent le projet d’acquisition de Warner par Paramount. D’après le Financial Times, Nvidia divise par deux le nombre de clients asiatiques autorisés à accéder à ses puces d’intelligence artificielle. Meta prévoit d’engager plus de 50 milliards de dollars pour agrandir un centre de données situé en Louisiane, tandis qu’Intel annonce un investissement de 5 milliards d’euros en Irlande afin de développer ses capacités liées à l’IA. BlackRock fait par ailleurs l’objet d’une plainte l’accusant d’avoir facturé des frais de gestion excessifs. SoftBank et OpenAI lancent ensemble une offre de cybersécurité alimentée par l’intelligence artificielle, destinée à quelque 3000 entreprises japonaises. Enfin, selon Bloomberg, Shein étudie une introduction en Bourse à Hong Kong dès le mois d’août.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en légère hausse hormis le Nifty50 qui recule de 0,63%. Tokyo avance de 0,73% à la cloche, Hong Kong prend 0,7%, Shanghai monte de 1,34% et Séoul parvient péniblement à récupérer 0,73%. Le future SPX traite autour de l’équilibre, son alter ego du NDX grappille 0,3%, l’Europe perd 0,4% dans les premiers échanges.
Rassurons-nous, tout n’est pas perdu, l’action du Slip Français progresse de 4% dans les premiers échanges.