La Chine e(s)t le monde. Essai sur la sino-mondialisation

Présélection prix Turgot 2018

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Sophie Boissot du Rocher, Emmanuel Dubois de Prisque, Editions Odile Jacob.

Sophie Boissot du Rocher est chercheuse associée au Centre Asie de l’IFRI (Institut français des relations internationales), spécialiste de l’Asie du Sud-Est;

Emmanuel Dubois de Prisque est chercheur associé à l’Institute Thomas-More et corédacteurs en chef de la revue Monde chinois-nouvelle Asie.

L'avis du Club de présélection du prix Turgot
Philippe Alezard

Depuis les années 1980 et la grande modernisation lancée par Deng Xiaoping, la Chine est devenue la deuxième puissance économique mondiale. Et le président Xi Jinping l’a annoncé, la Chine sera la première puissance mondiale en 2040.

Mais elle reste une puissance avec une capacité d’influence paradoxale. Les fameuses routes de la soie sont plutôt des routes d’entre-soi.. Avec son programme BRI (Belt and Road Initiative), la Chine tisse sa toile d’infrastructures ferroviaires, portuaires, aéroportuaires, routières en Afrique, au proche Orient, en Amérique latine et en Europe. Les investissements y sont massifs. Avec son programme BRI (Belt and Road Initiative), la Chine tisse sa toile d’infrastructures ferroviaires, portuaires, aéroportuaires, routières en Afrique, au proche Orient, en Amérique latine et en Europe. Les investissements y sont massifs. Des centaines de milliards de dollars sont injectés aux conditions chinoises avec l’aide des sociétés et de la main d’œuvre chinoise.

Bien que l’on note des évolutions, les statistiques visent toujours à montrer ce que l’on veut faire savoir à sa population et au reste du monde plutôt que la réalité. Cette politique du paradoxe et de l’ambiguïté est vraie également dans le domaine du charbon et de l’énergie verte, du droit international appliqué ou non en fonction de ses intérêts, de ce statut particulier dans l’OMC. L’utilisation de normes et règlements permet les restrictions plus ou moins déguisées et même des interdictions dans le secteur de l’internet ouvrant la porte à la construction d’oligopoles chinois pour les BATX, qui eux, partent à la conquête du monde.

La Chine se place en défenseur des anciens pays «opprimés» par les puissances colonisatrices européennes. Mais la main invisible du parti est partout, contrôle tout. Alors à quoi ressemblera le système mondial remodelé par la Chine? Le diagnostique établit par les Etats-Unis et l’Europe est le même, accablant pour Pékin, insistant sur les pratiques sans cesse déloyales. Mais les remèdes à appliquer divergent entre une administration Trump renversant la table et une union européenne divisée, engoncée dans des procédures administratives l’empêchant d’agir rapidement.

Cette émergence du modèle chinois n’est-il pas la remise en cause d’un modèle mondial basé sur les valeurs et les principes européens? N’assiste-t-on pas à la «déseuropéanisation» du monde?