En cinq ans, ELEVA Capital a connu une trajectoire remarquable, voyant ses encours tripler pour atteindre près de 18 milliards d’euros. Soutenue par un environnement de marché porteur et une relation étroite avec ses investisseurs, la société a structuré son expansion autour d’une présence européenne renforcée et d’une offre progressivement diversifiée. Dans un contexte macroéconomique contrasté, son CEO, Eric Bendahan expose ses convictions sur l’Europe, les Etats-Unis, les marchés émergents, l’inflation et les grandes tendances comme l’intelligence artificielle.
Vos encours ont triplé à près de 18 milliards d’euros sur cinq ans. Comment s’est faite une croissance aussi rapide?
Les encours ont triplé portés par la dynamique du marché et soutenus par l’accompagnement de nos clients. Notre expansion géographique a accompagné l’essor de ces encours: nous avions à l’origine ouvert des bureaux à Londres puis, post-Brexit, à Paris, avant de poursuivre notre développement à Luxembourg, Francfort et Milan. Ce développement géographique s’inscrit dans une logique liée à la typologie de nos investisseurs, notamment les distributeurs institutionnels, qui exigent une présence locale forte.
Et en Suisse?
La Suisse est actuellement à l’étude: il s’agit du deuxième marché en termes de distribution, ce qui en fait une étape stratégique et cohérente dans notre développement.
Pouvez-vous nous résumer votre offre?
Notre première stratégie long-only sur les actions européennes, ELEVA European Selection représente aujourd’hui environ 9 milliards d’euros d’encours. Le portefeuille est concentré sur une cinquantaine de valeurs avec pour objectif une surperformance régulière de l’indice Stoxx Europe 600. Son fonds jumeau, ELEVA Euroland Selection, rassemble près de 2 milliards d’euros d’encours. Notre première diversification s’est opérée vers les hedge funds avec ELEVA Absolute Return Europe, fort de 4,9 milliards d’euros. Cette stratégie vise une performance absolue avec une volatilité sensiblement plus faible, autour de 4%. La sélection de valeurs reste proche du long-only, complétée par des positions short essentiellement indicielles. La plateforme s’est ensuite élargie aux actions de petites et moyennes capitalisations, aux obligations ainsi qu’aux fonds multi-assets. Le lancement de cette dernière expertise en 2022 s’est effectué dans un environnement particulièrement chahuté pour les stratégies diversifiées, offrant un point d’entrée attractif et permettant depuis l’établissement d’un historique de performance solide. Notez que la sélection de valeurs s’appuie sur un ensemble d’indicateurs avancés et ne relève ni d’un positionnement strictement «croissance» ni exclusivement «value», mais d’une approche équilibrée et opportuniste. En outre, tous nos fonds sont UCITS.
Et vous avez aussi lancé une activité sur les produits structurés?
Effectivement, ELEVA a également introduit une offre de produits structurés à travers ELEVA Solutions, dédiée à la distribution de solutions conçues avec des banques émettrices. Cette gamme, qui combine recherche de performance et mécanismes de protection, répond à une demande croissante des investisseurs et gagne progressivement des parts de marché. Les produits proposés s’appuient notamment sur des listes de valeurs de conviction, permettant de décliner différents profils de risque et de rendement en fonction des objectifs des clients. Cette activité connaît un développement soutenu et dépasse aujourd’hui les attentes initiales en termes d’adoption et de dynamique commerciale.
Les marchés privés vous tentent-ils?
Non. Cette activité évolue dans un environnement très concurrentiel et demeure, à ce stade, moins porteuse que d’autres axes de développement. Par ailleurs, notre clientèle est encore peu exposée au private equity, ce qui limite les synergies naturelles avec nos autres solutions.
Comment avez-vous vécu les mois de mars et avril 2025?
Le mois de mars s’est révélé difficile, avec une baisse d’environ 3%, certaines pertes ayant été anticipées, d’autres moins, notamment dans le secteur de la santé. Dès avril, le redressement s’est amorcé, permettant de clore l’année sur une performance satisfaisante. Les économies européennes, en particulier suisse et de la zone euro, ont montré une résilience relative, dans un contexte géopolitique toujours complexe à intégrer et marqué par une nouvelle donne.
Quelles sont vos perspectives pour les marchés européens cette année?
Sur le plan macroéconomique, notre lecture de l’Europe demeure constructive. Après des points bas atteints en 2023, les paramètres restent globalement orientés positivement, sans signe d’inflexion négative à ce stade. Les économies européennes ont montré une bonne résilience face aux tensions commerciales et aux différents chocs récents. Les plans de relance, notamment en Allemagne et dans le domaine de la défense, représentent des volumes de stimulation budgétaire significatifs dont les effets devraient être perceptibles en 2026-2027. Une grande déception toutefois l’an dernier sur la consommation: les ménages, marqués par l’épisode inflationniste précédent, ont privilégié l’épargne à la reprise des dépenses, adoptant une posture plus prudente. Mais dans l’ensemble, l’économie européenne apparaît néanmoins solide.
Et sur les autres marchés?
Les perspectives sur les marchés émergents sont également positives, y compris pour la Chine, qui pourrait surprendre favorablement. Cette dynamique serait de nature à soutenir les entreprises européennes exportatrices. Par contre, nous adoptons une approche plus défensive vis-à-vis des Etats-Unis. L’économie y apparaît plus divergente: certains secteurs se portent très bien, notamment ceux liés à l’intelligence artificielle avec des niveaux élevés de capex, tandis que la consommation des ménages reste plus fragile. L’économie américaine semble dépendre d’un nombre restreint de moteurs, le reste de l’activité apparaissant plus contrasté, ce qui conduit à un positionnement moins optimiste que le sentiment général du marché.
Qu’attendre de l’or et des métaux précieux?
Sur les métaux précieux, notre lecture demeure prudente. À ce stade, le positionnement apparaît largement spéculatif: l’or, en particulier, pourrait connaître des mouvements marqués dans un sens comme dans l’autre, avec un potentiel de forte hausse comme de correction significative. Ce segment ne constitue toutefois pas un axe d’expertise central en ce qui nous concerne. En revanche, nous portons un regard plus favorable sur les matières premières industrielles telles que le cuivre, l’aluminium ou encore le zinc. Les besoins liés à l’électrification et aux transitions énergétiques soutiennent structurellement la demande pour ces métaux, longtemps restés en retrait en termes d’investissement. Ce statut de «parent pauvre» leur confère aujourd’hui un profil de revalorisation jugé attractif à moyen et long terme.
Et l’inflation?
L’inflation n’est pas une source d’inquiétude majeure. Elle pourrait même surprendre à la baisse, y compris aux Etats-Unis, dans un contexte où l’essor de l’intelligence artificielle est considéré comme structurellement déflationniste.
Que penser de l’évolution de l’intelligence artificielle?
Sur le front de l’intelligence artificielle, les évolutions sont extrêmement rapides. Les nouvelles générations de modèles, dont certains récemment lancés, affichent des progrès particulièrement marquants et des améliorations de performance bluffantes. Ces avancées devraient générer des gains de productivité significatifs, mais soulèvent également des interrogations sur l’emploi, avec des effets potentiellement négatifs dans plusieurs segments. Certains secteurs apparaissent particulièrement exposés aux transformations en cours, notamment l’industrie du logiciel et des services informatiques. L’ampleur et la vitesse de diffusion de ces technologies conduisent à s’interroger sur la création de valeur future au sein de certains éditeurs de logiciels, dont les modèles économiques pourraient être profondément remis en question.
Comment envisagez-vous la croissance d’ELEVA à l’avenir?
Sous réserve des décisions que pourrait prendre notre Conseil de Surveillance. Notre croissance s’inscrit avant tout dans une logique organique. À ce stade, l’acquisition d’autres sociétés n’a pas été privilégiée, dans un souci de cohérence des équipes, de culture d’entreprise... Cette option n’est pas totalement écartée, mais elle ne constitue pas un axe de développement recherché en priorité.
Ces dernières années, nous avons investi significativement pour acquérir de nouvelles compétences et structurer des pôles d’expertise en Fixed Income et Multi-asset. Fidèles à notre volonté de faire croître ELEVA, nous diversifions nos activités et promouvons désormais ces stratégies avec autant d’enthousiasme que d’ambition. Naturellement à l’écoute du marché, nous restons attentifs à l’intégration de nouvelles équipes et ferons preuve d’agilité pour saisir de nouveaux leviers de croissance dès qu’ils se présenteront.