Si un risque de récession est faible, la croissance européenne reste médiocre

Yves Hulmann

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Globalement, les résultats au premier semestre ont été solides, portés par la force du secteur technologique au Japon, en Corée, à Taïwan et aux USA, observe Rula Ipsaryaris d'Aviva Investors.

 

Quelles sont les préférences des investisseurs après des résultats au premier semestre en moyenne supérieurs aux attentes? Le point avec avec Rula Ipsaryaris. Head Client Solutions Switzerland & Liechtenstein chez Aviva Investors qui explique aussi pourquoi les marchés privés restent une composante importante au sein des portefeuilles des investisseurs institutionnels.  

Quels ont été les développements récents d'Aviva Investors en Suisse?

En ce qui concerne la structure de notre équipe en Suisse, aucun changement n’est intervenu et celle-ci reste inchangée. Sur le marché suisse, nous continuons à nous concentrer sur deux segments de clientèle distincts. D’une part, il y a le segment «Wealth», qui comprend les institutions financières mondiales, les banques privées et de détail, les gestionnaires d’actifs indépendants (IAM), ainsi que les family offices individuels et multifamiliaux. D’autre part, nous accompagnons un groupe restreint de clients institutionnels, en mettant particulièrement l’accent sur les plus grandes caisses de pension suisses.

Pour ces clients institutionnels, nous proposons des solutions sur mesure de mandats séparés, généralement mises en œuvre par le biais de fonds à investisseur unique, qui sont des organismes de placement collectif créés au profit exclusif d’une seule caisse de pension. Aviva Investors est désignée ici comme gestionnaire d’investissement, tandis que les actifs restent détenus auprès de la banque dépositaire choisie par la caisse de pension.

Alors que les plus grands employeurs gèrent souvent leurs propres régimes de retraite et structures d’investissement dédiés, de nombreuses petites et moyennes entreprises ne disposent, elles, pas de leur propre caisse de pension. Elles participent plutôt à des régimes de retraite collectifs ou mutualisés, qui regroupent les actifs de retraite de plusieurs employeurs au sein d’une même fondation de retraite. Ces régimes de retraite collectifs peuvent à leur tour mettre en place des structures d’investissement communes afin de bénéficier d'effets d'échelle plus importants, d’une meilleure diversification et d’une rentabilité accrue. De ce fait, les fonds de pension de taille moyenne et les fondations de retraite collectives peuvent également accéder à des solutions d’investissement institutionnelles qui, sans cela, ne seraient accessibles qu’aux plus grandes caisses de pension.

Du côté de la clientèle Wealth, l'intérêt pour les placements privés demeure mais ces clients ont parfois davantage besoin d'assistance pour comprendre les mécanismes inhérents à ces classes d'actifs.

Ces dernières années, les marchés privés ont connu un essor important. Depuis l'automne dernier, il y a eu beaucoup d'interrogations au sujet de cette classe d'actifs, en particulier le crédit privé, notamment suite aux restrictions mises en place par certains acteurs lors de retraits de liquidités. Les marchés privés sont-ils encore autant recherchés par les investisseurs que par le passé en tant qu'alternative aux actions et aux obligations?  

Le terme «marchés privés» regroupe des actifs parfois très différents. En ce qui concerne nos clients, j'observe que les grandes caisses de pension investissent depuis longtemps dans les marchés privés. C'est moins souvent le cas pour les placements dans le crédit privé, un segment qui est encore en développement.

Côté positif, il y a l'aspect de diversification apporté au sein de l'allocation d'actifs, alors que; côté négatif, les restrictions en matières de liquidités ou de durée d'investissement sont un défi. A cet égard, on constate une différence entre les investisseurs institutionnels, plus habitués aux marchés privés, et la clientèle Wealth.

Les institutionnels sont en général bien conscients des spécificités liées aux marchés privés, notamment les contraintes en matière de liquidités. Ils savent quand il est possible d'entrer ou sortir de certaines positions. Ce sont de toute façon des investisseurs orientés sur le long terme et qui connaissent les spécificités des marchés privés.

Du côté de la clientèle Wealth, l'intérêt pour les placements privés demeure mais ces clients ont parfois davantage besoin d'assistance pour comprendre les mécanismes inhérents à ces classes d'actifs. C'est pourquoi il est important de continuer à faire des efforts en matière d'éducation. L'intérêt pour les placements alternatifs est toujours là mais il faut davantage accompagner les clients et répondre à leurs interrogations.  

Un thème incontournable de la première moitié de 2026 a été la poursuite du rally des actions technologiques et des entreprises liées à l'IA, qui s'est d'ailleurs aussi prolongé en juillet et août. Pour la seconde moitié de l'année, les investisseurs restent-ils focalisés sur ces thèmes-là ou recherchent-ils au contraire davantage de diversification, que ce soit via d'autres thématiques ou d'autres classes d'actifs que les actions?

Du côté des actions, les thèmes d’investissement liés à la technologie et à l’intelligence artificielle restent largement d’actualité. Les investisseurs continuent de privilégier les actions comme source principale de rendement mais se montrent de plus en plus sélectifs en matière de valorisations, de risques de concentration et de diversification de portefeuille. La vigueur du franc suisse a également accru la prise de conscience des risques de change et des considérations relatives à la couverture de change lors des investissements à l’international.

Par ailleurs, les investisseurs institutionnels suisses continuent de faire preuve d’un fort «biais domestique», en conservant des allocations importantes en actions locales et autres actifs suisses dans le cadre de leur allocation d’actifs stratégique à long terme.

Les investisseurs continuent de privilégier les actions comme source principale de rendement mais se montrent de plus en plus sélectifs en matière de valorisations, de risques de concentration et de diversification de portefeuille.

En ce qui concerne l'omniprésence de la tech et de l'intelligence artificielle (IA) parmi les thématiques d'investissement les plus importantes, certains observateurs du marché évoquent un effet  «aspirateur» de ces thèmes - qui représentent une part toujours plus importantes dans les indices - au détriment d'autres thématiques qui pourraient être tout aussi intéressantes actuellement. Qu'observez-vous?

De manière générale, nous sommes des investisseurs actifs et nous ne nous contentons pas de suivre passivement les grandes tendances. En ce qui concerne les valeurs liées à l'IA, les actions liées à l'IA et à la Tech affichent des valorisations élevées, ce qui appelle à une certaine prudence et à la recherche d'une plus grande diversification.

Concernant les obligations, une certaine nervosité est perceptible suite aux fortes hausses des rendements au cours de l'été. Le rendement des bons du Trésor à 10 ans aux Etats-Unis a, par exemple, dépassé les 5% récemment, comparé à moins de 4% fin février. Les investisseurs craignent-ils cette volatilité?

Les obligations restent une part importante au sein de l'allocation d'actifs.

La saison de la publication des résultats semestriels à fin juin touche à sa fin. Quel bilan d'ensemble en tirez-vous et quelles tendances anticipez-vous pour la suite de l'année 2026?

En Europe, les résultats du premier semestre ont été nettement meilleurs que prévu, la croissance des bénéfices par action (BPA) ayant dépassé les 20% en glissement annuel pour l’indice européen Stoxx 600 – cela en fait le meilleur trimestre en termes de croissance de ces dernières années, sous l’impulsion des secteurs des semi-conducteurs, des matériaux et de l’énergie. Les banques et les services financiers ont également apporté une contribution majeure. Le secteur automobile a été le principal frein.

Et pour la suite de l'exercice?

Les prévisions restent prudentes: bien que le risque de récession soit faible, la croissance européenne est médiocre, la guerre en Iran et les prix de l’énergie incitent à la prudence, et la BCE relève ses taux. Sur le plan global, le contexte des résultats a été encore plus solide, le secteur technologique jouant un rôle de premier plan au Japon, en Corée, à Taïwan et, bien sûr, aux États-Unis. À l’avenir, même si le rythme de croissance des bénéfices va ralentir, le cycle d’investissement en capital devrait permettre aux bénéfices de rester sur une trajectoire ascendante au cours des prochains trimestres, malgré les cycles de hausse des taux, les incertitudes géopolitiques et certaines élections à venir.

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