«Nous avons le temps pour nous»

Nicolette de Joncaire

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Prévoyance, asset services: le groupe Sturdza reste très familial mais diversifie ses activités. Entretien avec Michaela Zanello Sturdza.


©Nicolas Schopfer

Après quelques années de gestion en binôme avec son père, Michaela Zanello Sturdza a repris les rênes de la Banque Eric Sturdza en mars 2021. Un destin auquel elle n’a pas été préparée depuis son enfance mais qui s’est, en quelque sorte, déroulé naturellement, ce qui lui parait une condition de succès car la transition s’est faite sans contrainte. Aux métiers déjà en place – gestion de fortune, gestion d’actifs, tiers gérants, multi family office, wealth planning , se sont ajoutés récemment la prévoyance pour les comptes de libre-passage et l’asset servicing. Grâce à une bonne performance en 2021, les afflux nets sont en hausse en 2022. Entretien.

Vous avez repris la direction de la banque il y a un peu plus d’un an, à la veille d’un changement de régime difficile sur les marchés. Comme a-t-elle évolué dans ce contexte?

Au terme d’une bonne performance en 2021 et malgré les très mauvaises conditions de marché actuelles, l’afflux net d’argent est en hausse. Obtenir de la performance est compliqué cette année mais notre modèle de gestion orienté sur la proximité avec nos clients est apprécié dans ces années difficiles. Par ailleurs, nous constatons un regain d’appétit de nos clients pour la gestion obligataire classique avec la fin des taux d’intérêts négatifs, une demande que nous avons anticipé et accompagné dans notre offre de produits et services. Il ne faut pas hésiter à être «contrariant». Après tout cela nous avait bien réussi avec la création de Paris Bertrand Sturdza en 2009, en pleine crise financière. Les progrès actuels sont l’aboutissement de tous les efforts consentis en nouvelles offres et en nouveaux talents, plus particulièrement depuis 2018. Notre ratio de mandats gérés est supérieur à la moyenne de celui des autres banques ce qui reflète bien la confiance que nos clients placent dans notre gestion.

«Tout récemment, nous avons lancé un fonds UCITs de Long Short sur les actions américaines en exclusivité avec Crawford Fund Management.»
Comment se porte la gestion d’actifs?

Notre stratégie a toujours été de repérer et d’attirer les meilleurs talents pour en faire profiter nos clients et développer nos compétences de gestion performantes et différenciées dans le temps. Pour la pérenniser, nous avons l’année passée fait un partenariat sur la gestion de notre fonds de valeurs européennes de qualité avec Phileas Asset Management, spécialiste de la gestion Actions et du Long Short Market Neural sur les actions européennes. Tout récemment, nous avons lancé un fonds UCITs de Long Short sur les actions américaines en exclusivité avec Crawford Fund Management. Enfin, cette année, nous assistons au «revival» de notre fonds historique sur le Japon géré par Yukata Uda que vous connaissez bien, un segment du marché mal aimé des investisseurs depuis des années et en plein essor aujourd’hui.

Quelles cartes avez-vous ajoutées à votre main?

Deux métiers se sont développés au sein de notre groupe: la gestion de la prévoyance des comptes de libre-passage et l’asset servicing. Pour ce qui est du premier, on assiste depuis quelques années à une hausse considérable de la gestion privée des comptes de prévoyance par des acteurs de la finance, tels les banques ou les intermédiaires financiers spécialisés. Nous offrons au travers de Coges Corraterie Gestion des solutions dynamiques et performantes pour le libre passage, plan 1E ou compte 3a par exemple, au travers d’un réseau de partenariats avec des fondations de prévoyance indépendantes. Ce métier s’est très bien intégré dans notre activité de tiers gérant notamment. Notre toute dernière «business line» est l’asset servicing avec un ensemble des services à valeur ajoutée proposés aux investisseurs institutionnels. Avec notre ManCo au Luxembourg nous ambitionnons prochainement une super-ManCo, nous permettant de structurer des fonds liquides et illiquides.

Le private equity est très en demande. Qu’offrez-vous à vos clients dans ce domaine?

Grâce à notre réseau, nous avons souvent été en mesure par le passé de sourcer des opportunités sur les marchés privés au travers d’accès à certains fonds exclusifs ou, les années passées, de transactions en pre-IPO. Afin de compléter cette approche, nous nous sommes rapprochés d’une plateforme dont l’objet est d’offrir un accès aux grandes stratégies et aux grands noms du private equity sur base plus récurrente et avec des tickets d’entrée raisonnables.

«Avec 120 collaborateurs dont 76 à la banque, notre taille est gérable humainement.»
Il reste 87 banques sur la place genevoise. Où vous positionnez-vous dans cet ensemble?

Nous sommes un groupe familial ce qui signifie que nous avons le temps pour nous, celui de pérenniser notre vision du métier. Nos clients ont souvent une dynamique semblable à la nôtre et se retrouvent dans notre manière de fonctionner et de gérer leurs biens et leurs successions. Avec 120 collaborateurs dont 76 à la banque, notre taille est gérable humainement. Tout le monde se connait, la direction est accessible à tous et l’ancienneté est de 15 ans.

Comment s’intègre Corraterie Gestion que vous avez également dirigée, dans cet ensemble?

Corraterie Gestion représente un jeu d’expertises complémentaires au service de notre clientèle.

Votre père nous a dit autrefois que la «taille critique d’une banque n’était pas celle de son bilan». Souscrivez-vous à cette vision?

Sans le moindre doute. Grandir, c’est formidable mais amène d’autres contraintes et n’est pas nécessairement un signe de réussite.

Où voyez-vous le futur de votre groupe?

Ce groupe est le bébé de mon père et il me l’a confié. Quelque part, notre futur est largement là où est notre passé: dans l’alignement avec nos clients. Ce qui nous fait avancer est essentiellement ce que nous apprenons d’eux.

D’autres projets en vue?

Oui mais il est un peu tôt pour en parler. En attendant, nous réaménagerons complètement notre siège et déménagerons pendant 10 mois, tous ensemble sur un même étage. Cela renforcera encore la cohésion.

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